The Power of Solitude

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Solitude is independence.
– Hermann Hesse

Philippines

When you acknowledge the integrity of your solitude,
and settle into its mystery, your relationships with others take on a new
warmth, adventure and wonder.
– John O’Donohue

India

India

In solitude the mind gains strength and learns to lean upon itself.
– Laurence Sterne

Vietnam

One can be instructed in society; one is inspired only in solitude.
– Johann Wolfgang von Goethe

New York City, USA

Loneliness expresses the pain of being alone;
solitude expresses the glory of being alone.
– Paul Tillich
 

Tibetan Pilgrim

 

Nepal

India

It is good to be solitary, for solitude is difficult;
that something is difficult must be a reason the more for us to do it.
– Rainer Maria Rilke

France

Mexico

Italy

The more powerful and original a mind,
the more it will incline towards the religion of solitude.
– Aldous Huxley

Sri Lanka

Solitude is strength; to depend on the presence of the crowd is weakness.
The man who needs a mob to nerve him is much more alone than he imagines.
– Paul Brunton

Japan

Italy

United States

Whosoever is delighted in solitude is either a wild beast or a god.
– Aristotle

Ethiopia

Paraguay

There is a fellowship more quiet even than solitude,
and which, rightly understood, is solitude made perfect.
– Robert Louis Stevenson

Italy

Afghanistan

Morocco

Since the time of St. Jerome, it was mandatory for any kind of scholar or thinker
to spend time out in the desert in solitude. It’s no coincidence that the desert has been
a major part of the visionary or mystical experience from the beginning of time.
– Bill Viola

New Zealand

The monotony and solitude of a quiet life stimulates the creative mind.
– Albert Einstein

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Brasil

Le chaud tropical, c’est bien plus supportable au bord d’une plage. Google vous dira que les meilleures plages brésiliennes sont en partie sur Bahia. Et puis il y a les îles. L’archipel Fernando de Noronha, au large du nordeste, accessible seulement par avion, cher et paradisiaque ; bien plus proche d’Iguaçu, Florianopolis farcie d’argentins, dont on me déconseillera fortement, et Ilha Grande, juste avant Rio.

Une parenthèse sur les argentins : je n’ai rien contre eux, j’en ai croisé un paquet de sympathiques mais il faut bien dire qu’en groupe, ils ont une tendance à la « j’en ai rien à foutre de rien » qui ne me convient plus. Le respect d’autrui, c’est le minimum. Ou alors je me fais trop vieux. Et en saison, la côte atlantique brésilienne se fait envahir par les argentins. Certains s’y installent.

Ancien refuge pour les lépreux, Ilha Grande est une des multiples îles dans l’état de Rio, ayant toutes le même relief : un ou deux pics recouvert de végétation dense qui tombe dans l’océan, une côte très découpée avec parfois de belles plages. Accessible par bateau seulement, il n’y a pas de traffic, même si on voit à Vila do Abraão, un camion ramasser les poubelles. On retrouve ici aussi le relief pan de sucre de Rio, notamment à Caraguatatuba, avec, en face Ilha Bella, infestée de mouches des sables. Plusieurs options pour le bateau : le moins cher et le plus lent arrive péniblement en début de soirée seulement. Il ramène les tonnes de déchets quotidiens.

Le gros bourg, Vila d’Abraão, compte plus de pousadas que d’habitants. Pas mal de camping également. Très populaire, l’arrivée fut un choc. C’est la pleine saison et pour plusieurs raisons, pour la première fois, je vais réserver à l’avance, ce que je regretterais plus tard.

La baie devant n’est pas très propre, en raison du gros traffic maritime. Il y a même des super-paquebots qui s’en approchent. Ce n’est tout de même pas le port de Rio. Il est très facile de rejoindre rapidement une série de plages plus tranquilles par des sentiers à travers la forêt. Plus on va loin, mieux c’est. Le sable est grossier et jaune, l’eau assez propre et calme. Pour les courageux, le tour de l’île se fait en 4 ou 5 jours. Sinon, il y a des lanchas qui font la navette.

Vers le sud-est, de l’autre côté de la baie, au bout de 40 min à travers la forêt, on tombe sur une série de petites plages sympathiques à l’eau assez claire, qui disparaissent presque à marée haute. On peut continuer jusqu’à l’immense Lopes Mendes, au sud de l’île, ses cocotiers, ses vagues et son sable blanc qui gémit sous les pieds ; la plus peuplée également. Jusqu’à 2h pour revenir au bled. Seuls les tours opérateurs d’Abraão continuent le tour de l’île en lanchas.

Le chemin continue en passant par d’autres petites plages jusqu’à Dos Rios, un pueblo que l’on peut rejoindre depuis Abraão en 2h à travers la montagne. Un parc national protège une baie bien plus à l’ouest.

On remonte sur le côté ouest de l’île. En cherchant sur airbnb, on y voit des chambres jusqu’à 5000 € la nuit. Trop loin également, je n’y mettrais pas les pieds. Plus proche sur le côté ouest d’Abraão, on a quelques plages, comme Feiticeira, plusieurs cascades et la baie Saco do Ceu.

Malgré l’affluence, ça reste très agréable : pas de voiture ou scooter, ça aide beaucoup. Un endroit où on ne voit pas les jours s’écouler. Mais il faut partir. 

Inutile de préciser que les 10 jours Vipassana ont été évidemment annulés.

Je voulais éviter Rio, on va m’y emmener. Un peu plus de 12 millions d’habitants, la deuxième ville du pays, un traffic infernal, une délinquance et une violence qui font peur…. On reste sur ses gardes tout le temps, et on ne laisse rien dépasser. Les braquages de touristes à main armée font rage au niveau du quartier bobo de Santa Theresa et Lapa, à tel point qu’il y a des affiches prévenant le touriste. Le centre-ville historique remonte à l’époque des portugais, et l’on peut y voir de beaux exemples. Les français ont l’air d’être bien présents ici, entre les boulangeries et les noms de places, de rues, ou d’immeubles.

L’immense et superbe baie est appréciable du « Christ rédempteur » en haut du Corcovado. La statue est encore une fois l’oeuvre d’un français. Une vue panoramique pour les uns et les selfies bras en croix pour les autres. Il y a même des tapis exprès au pied de la statue, sur lesquels on s’allonge pour la meilleure photo. Les yeux du Christ sont braqué sur la baie, et non pas sur les strings des plages de Copacabana ou d’Ipanema plus au sud, comme on pourrait croire. Si les noms sont légendaires, la réalité est un peu différente. Le sable est clair et l’eau fraiche, mais bien trop d’immeubles bordent la mer pour être inoubliable. Et les vagues qui tapent sur le sable peuvent être dangereuses. Sans parler de l’affluence. Détail amusant : on arrose des couloirs de sable pour y accéder de la rue sans se fatiguer.

Du Christ, il y a un chemin qui descend jusqu’au jardin botanique, derrière Copacabana, sans avoir besoin de faire le grand tour pour redescendre.

La grande Rio, ancienne capitale, est en crise : les paillettes du Carnaval sont une illusion cachant les problèmes de l’état. Il n’y a même plus assez d’argent aujourd’hui pour payer le personnel des hôpitaux.

On continue sur une plage plus tranquille et cette fois, dans l’état de Bahia au nord. Caraiva est, paraît-il, un petit paradis mais difficile d’accès. Porto Seguro, un peu plus au nord, est une grosse ville balnéaire avec des connexions directes depuis Rio. Le secret d’un séjour de merde : vouloir associer le confort d’une chambre privée et une distance supposée relativement proche des plages supposées pas trop mal, avec une réservation impossible à annuler. Le réveil fut douloureux. Les plages les plus proches sont minables, celles qui sont à peu près à 2 h de bus minimum ; la chambre Airbnb hors de prix avec vue sur les toits, sans parler du fait que j’ai payé la nuit plus cher que les suivants ; le premier hotel sur place et au hasard me fait la chambre bien moins chère et sans réservation ; etc… Bref je vais passer les 12 (!!!) prochains jours à me maudir pour avoir été aussi con.

Le centre historique de la ville est construit sur les hauteurs, le reste s’étale au bord du rio et de l’océan. Une grande barre rocheuse au large casse les vagues, laissant tout le long de vastes plages très peu profondes à marée basse, mais qui disparaissent totalement à marée haute. L’eau est sale, trouble et farcie d’algues. On a pourtant de loin l’illusion d’un beau bleu clair. Un service continu de ferries amènent piétons et véhicules de l’autre côté du rio pour Arraial d’Ajuda, un joli petit village portugais dominant la baie avec un superbe panorama sur la côte depuis l’église. Très touristique. La côte en revanche est une pitoyable succession de resorts construits sur la plage, ne laissant que de grands murs et l’eau. Il faut marcher longtemps avant Pitinga et ses falaises de terre ocre rouge pour avoir enfin la paix, même si l’eau ne fait toujours pas envie. La côte oscille sensiblement jusqu’à Trancoso, où on peut voir enfin quelques cocos sur la plage. Il faut compter 2h de transport minimum pour revenir. La côte continue plus sauvage jusqu’à Caraiva, avec juste avant, la belle plage d’Espelho. Compter 4h de trajet depuis Arraial. 

La côte nord de Porto Seguro passe par la zone imbuvable du tourisme de masse et les resorts associés, jusqu’à Coroa Vermelha. Ne soyons pas difficile, la plage Muta est un bon compromis entre tranquillité et accessibilité. Le bus continue jusqu’à Santa Cruz Cabralia, puis un traversier sur un rio pour rejoindre Santo André, un village franchement peinard mais avec le même type de plage que Muta, et des logements trois fois moins chers que Porto Seguro.

La guesthouse est une petite baraque sympa tenue par un couple d’italiens qui ont choisi d’immigrer, comme beaucoup ici. C’est assez drôle de voir des italiens avec leur attitude du parrain passer leur journée au café.

Je voulais passer par Itacare, la ville surf de Bahia. Mais j’ai envie d’une vraie plage et surtout de calme, puisque Carnaval arrive. Et il faut encore réserver : cette fois, ça sera le moins cher.

On compare l’Ilha de Boipeba à Morro de São Paulo il y a 20 ans, à une heure de lancha rapide depuis Valença. Il s’agit de la côte au sud de Salvador, un dédale de mangroves et d’îles aux plages paradisiaques. Morro de São Paulo est aujourd’hui victime de son succès, une ville partagée entre italiens et argentins. Suivie de Boipeba plus au sud.

L’arrivée à Velha de Boipeba est spectaculaire. Une bande de sable recouverte de cocos s’étend devant le pueblo : un air des Caraïbes qui fait plaisir. Quasi aucun traffic, on circule à pied ou en tracteur. Il y a quand même une ambulance pour les urgences. Un chemin part des plages du pueblo bordant le rio pour longer la côte, alternant forêt et plage. La plupart sont un mélange de sable et de roches, et très peu d’eau en marée basse. Il faut attendre la superbe baie de Cueira pour avoir une vaste plage quasi déserte à l’ombre des cocotiers. Chaque soir, le soleil descend très bas dans les cocotiers, ce qui donne l’impression d’être sur une île minuscule. La lumière devient dorée, et il suffit que la marée soit basse pour laisser de larges surfaces de sable humide qui reflètent le ciel. Comparée à Porto Seguro, ici, c’est le paradis. Et à 20 minutes à pied seulement du pueblo, c’est la meilleure plage. Le chemin continue jusqu’à Morere, un autre petit pueblo et ses guesthouses, dont la petite baie se vide entièrement. Les transports jusqu’à Velha de Boipeba se font en tracteur, attachés à une remorque couverte équipée de sièges. Plus loin, la praia de Bainema, une autre belle plage type Cueira, avec, au fond, la mangrove. On va la traverser, d’abord les pieds dans la boue et l’eau jusqu’à la taille, pour prendre une barque et rejoindre la praia del castilho, une superbe plage très photogénique, dont le récif occupe une bonne partie. L’eau y est très peu profonde, c’est la plage baignoire.

Aussi étrange que cela puisse paraître, le cocotier n’existait pas autrefois en Amériques : il fut importé d’Asie, tout comme le jacquier ou la mangue.

Le Brésil est certes une terre de métissage mais il n’échappe pas au racisme. Le sud plus dynamique, aux origines européennes, donc des peaux claires, reproche au nord basané leur nonchalance, voire leur incapacité à travailler. Quand aux indigènes, ils sont méprisés. Dans toute l’Amérique latine, se faire traiter d’indien est une insulte.

Carnaval est la grosse folie du pays. En gros en février, du jeudi au « mardi gras », la durée dépend en fait de la ville. Salvador a la réputation de commencer une semaine avant, et de finir une semaine après. En fait, les brésiliens ne peuvent attendre : il y a les fêtes pré-Carnaval, et puis les après, comme le défilé du vainqueur à Rio. Les prix triplent, le pays est en branle, et les touristes affluent. J’avais réservé une chambre à Salvador pour voir la fin du Carnaval, mais je préfère largement rester au calme sur l’île. Il y a une tradition pour « mardi gras », où les hommes se travestissent et défilent dans la rue. Le jour dépend évidemment de la région. Ici aussi, on verra le pueblo en fête, avec les locaux en tenue légère, qui défileront derrière une sono tirée par un quad, et qui feront rire leurs femmes. Une ambiance de fête bonne enfant, où on s’excuse quand on bouscule quelqu’un, sans aucun problème, et où tout le monde a le sourire : c’est peut-être ça, l’origine du Carnaval. Une belle surprise.

Le lendemain, dernier jour de vacances, il y a une affluence record vers Salvador. On doit attendre des heures à Mar Grande, au bout de cette péninsule en face de l’immense barre de béton qu’est Salvador, avant d’entasser jusqu’à 200 personnes sur ces bateaux en bois type boat-people et traverser la baie. Ou alors payer le double et passer devant tout le monde : la décision est vite prise.

On sent encore les effluves du Carnaval dans la vieille ville lorsque j’arrive. Les estrades vides sur les places publiques, les gigantesques personnages en papier encore présents, les fagnons au-dessus des rues, et on boit encore en musique dans certains coins. Pelorinho est le centre historique multicolore aux rues pavées. De superbes églises très décorées et des immeubles coloniaux qui frisent parfois le gâteau chantilly, des boutiques à toutous et les pickpockets qui attendent devant, de la musique et des bars, de la capoeira dans la rue et les poses avec les toutous : un joli petit cirque. Et ici aussi, on cultive le détachement sur l’électronique des touristes : il faut savoir se faire discret. Bahia, c’est aussi le berceau de la capoeira. On ne compte plus les clubs à Salvador. Sur les plages de Boipeba, on promène le bérimbau, un instrument à corde unique caractéristique de la musique de la capoeira.

L’aéroport n’est pas très loin : il y a plusieurs bus directs de Praça da Se (Pelorinho) jusqu’au terminal de départ. Mais la durée varie du simple au double, c’est-à-dire de 1h15 à plus de 2h pour une petite vingtaine de kms, non pas à cause du traffic, mais selon l’humeur du chauffeur. Quant à la route empruntée, prendre sur soi : de l’aéroport, on prend une autoroute jusqu’à quasiment le centre, pour faire un demi-tour et la reprendre dans l’autre sens jusqu’à une autre autoroute, même manège dans les deux sens, avant de finir au ras des plages, pas vraiment loin de l’aéroport, sans s’être arrêté pour prendre qui que ce soit, pour finalement retourner au centre….

Paris sous la grisaille et les arbres sans feuilles, c’est encore l’hiver. Ce qui me choquera le plus, c’est le nombre de fumeurs. Pour changer, il y a une grève à Orly : on est obligé de changer d’avion pour arriver bien plus tard que prévu. Bienvenue en France.

p.s. : on est au 100ième post publié !

Iguaçu

Le passage de la frontière à Cuidade del Este, entre le Paraguay et le Brésil, est un flot ininterrompu dans les deux sens, à tel point que tu peux descendre du bus, passer à la douane et remonter dans le même bus 150m plus loin.

Un peu loin, la frontière argentine est une autre histoire. Le bus te dépose à la douane brésilienne mais n’attend pas (pressé pour aller où, va savoir), et tu dois attendre une demi-heure pour le prochain, pour qu’il te dépose à la frontière argentine quelques kilomètres plus loin, pour attendre une demi-heure de plus pour arriver au bled. Il y a plusieurs compagnies de bus et tu dois attendre la compagnie où tu as acheté ton billet. Encore une fois, l’arrivée en Argentine ne te donne qu’une envie, celle de repartir dans l’autre sens. 

Puerto Iguazu est un bled presque agréable, qui ne vit que du tourisme. On est sous les tropiques et pourtant les supermarchés sont guère mieux qu’en Patagonie : le goulag sibérien à comparer au voisin brésilien. Avec ça, un hostel minable où personne n’a rien à foutre de rien : l’air conditionné à fond avec la porte ouverte juste à côté, les patrons en tente derrière qu’il faut réveiller si tu arrives trop tôt, et la fiesta tard sous la fenêtre du dortoir si tu voulais dormir.

La merveille est en fait ces incroyables chutes d’eau que sont Iguazu. En guarani, le nom signifie « grandes eaux ». Le plateau sur lequel coule la rivière Iguazu s’effondre en une série de niveaux jusqu’à 80m de haut, autour d’un énorme U, de plusieurs kilomètres de long. La majorité des chutes sont sur le côté argentin du U. La « Garganta del Diablo », tout au début, est la plus impressionnante de toutes, avec le plus grand volume d’eau qui s’effondre dans un goufre.

Du pueblo, un bus nous amène à l’entrée du parc : bienvenido a disneylandia. Nombre de sentiers/passerelles donnent accès à divers niveaux sur les chutes. Le petit train amène les plus fainéants au niveau de la Garganta, mais il faut quand même traverser à pied les deux derniers kilomètres du fleuve, très large, sur une passerelle pour arriver juste au-dessus du monstre. Une vue impressionnante sur ces eaux qui tombent dans un précipice souvent couvert de brume. Et sur la passerelle, les toutous sont en proie à la maladie du selfie, dont on peut voir les symptômes grimaçant face à une petite boîte tenue en l’air : incurable.

Les autres sentiers passent par la forêt pour arriver au pied d’une série de chutes moins impressionnantes, mais rafraîchissantes. Un point de vue sur une île en contrebas, dont on peut avoir accès avec un bateau moyennant une fortune. Au final, une belle balade de quelques heures et un superbe spectacle.

Le ticket d’entrée permet de revenir le lendemain pour moitié prix.

Aucune raison de moisir ici, retour avec joie au Brésil. Foz do Iguaçu est bien plus gros que son voisin.

Un bus part de la ville jusqu’à l’entrée du parc, un autre disneyland. La queue pour le ticket, puis la queue pour un autre bus qui donne accès aux chutes quelques 12 kms plus loin.

On peut en fait apprécier les chutes du côté argentin avec un meilleur point de vue. Au final, une passerelle descend au premier niveau pour une vue spectaculaire sur l’ensemble de la « Garganta del Diablo », en étant totalement entouré d’eau. Inutile de préciser ici l’affluence pour la photo souvenir.

Pour ceux qui se demandent quel est le meilleur côté, le côté brésilien est plus court mais très impressionnant, puisque l’on est quasi au pied du U. On passe plus de temps du côté argentin mais la vue au-dessus du monstre te laisse un peu sur ta faim. Les deux sont quand même à faire pour apprécier l’ensemble.

Deux orthographes pour la même chose : Iguazu argentin et Iguaçu brésilien.

Paraguay

Après la Patagonie, Puerto Montt fait grincer des dents. Du Mexique jusqu’à la Terre de Feu, ce fut finalement un voyage assez rapide. Maintenant quoi ?

Sous la tempête à Coyhaique, je me suis creusé la tête à essayer d’y répondre. Les montagnes du Pérou sont sous la pluie, il me faut oublier la Cordillère Blanche. Surfer sur la côte ? Passer par l’Équateur que je ne connais pas et sous la pluie ? Avec les chutes Iguaçu de l’autre côté du continent ? Une plage au Brésil ? Et puis il y a maintenant un retour en France à prévoir, mais d’où…

Un séjour Vipassana me ferait aussi le plus grand bien, mais ce n’est pas l’Asie ici, et les centres sont rares et surpeuplés. Buenos Aires et Rio de Janeiro sont les deux rares options. La direction est prise : je m’inscris étrangement à Buenos Aires, bien que j’ai absolument aucune envie de retourner en Argentine. Et pourquoi pas passer par le Paraguay juste avant.

Un bus de nuit pour la capitale, suivi illico d’un autre pour Asuncion et 24 h de voyage à travers l’Argentine, sans s’arrêter. Le passage des Andes, la frontière naturelle entre le Chili et l’Argentine, va être de toute beauté. Ce sont des montagnes de roche brute, virant de l’ocre au rouge, voire au pourpre, un paysage sec et incroyable, à travers lequel coulent quelques rios. Le relief s’applatit avant Mendoza à la nuit. On ouvre les yeux le lendemain sur un paysage à l’horizontale, qui ne changera plus, une agriculture à perte de vue. Un air européen indéniable : il y a même des mobylettes. Et il y fait très chaud. Les premiers palmiers apparaissent, l’air se charge en humidité, les cultures changent et les nuages sont plus noirs. On suffoque à la frontière et on arrive à la nuit à Asuncion.

Le Paraguay est souvent absent des guides de voyages pour l’Amérique du sud. Normal, il n’y a rien à voir. Un pays plat et suffoquant, où pas mal d’européens viennent ici en raison des 10% d’impôts annuels. Le maté est ici aussi très fortement enracinée dans la culture ; il s’agit en fait du téréré, un mélange froid de maté avec d’autres herbes ou saveur comme ananas ou citron. C’est assez drôle de voir le monde se promener dans la rue avec leur thermos recouvert de cuir travaillé, leur bol et la bombicha, la paille de métal. On va au boulot avec, en vacances avec, au supermarché avec, ils doivent peut-être dormir avec aussi.

Mais les apparences tristes cachent en réalité un pays qui fut riche et prospère au 19ième. Le premier train de toute l’Amérique fut assemblé ici pour la première fois. La jalousie des voisins brésilien et argentin, peut-être poussée par les empires coloniaux de l’époque, vont déclancher une guerre qui décimera 70 % de la population paraguayenne (la quasi totalité des hommes) et un tiers du territoire passe aux mains des vainqueurs. Les annales de cette guerre sale sont encore aujourd’hui gardées secrètes au Brésil. Le paraguay se vengera plus tard sur la Bolivie pour annexer une bonne partie du Chaco. L’histoire de ce pays inconnu est assez intéressante pour que l’on s’y penche un peu. Les russes seraient passés aussi. L’histoire se répète puisqu’entre 1970 et 2013, le Paraguay est le pays avec le taux de croissance le plus fort de toute l’Amérique du sud.

Conséquence de l’holocauste, l’immense Asuncion n’a pas de centre historique. Il y règne une canicule infernale, jusqu’à 30 degrés de plus que la Patagonie. Aucune raison de rester si ce n’est pour cet hostel tenu par des bretons, Isla Frances, les crêpes au p’tit déj et la folie du dueño. J’ai eu la bonne idée d’amener des pesos chiliens, difficile à changer sans perdre le quart de la valeur. Seul le dollar est échangé à un taux normal.

Avec l’espagnol, on parle aussi guarani, cette langue étrange des premiers habitants.

Dans le pays, il y aurait quelques vieux centres jésuites qui ont survécu, et classés Unesco, le gros barrage d’Itaipu, et…. Ciudade del Este. Cette ville gratte-ciel au ras de la frontière brésilienne, est un vaste supermarché détaxé pour les brésiliens qui affluent par centaines chaque jour, et où on vend de tout. Il s’agit quand même de la troisième plus grande zone commerciale détaxée au monde.

Cerro Castillo

Le blog prend du retard. Le « rythme » brésilien (cynisme) y est pour quelque chose. Mais comme il pleut sur Bahia, on va faire un effort.

Retour au Chili donc. De Punta Arenas jusqu’à Chaiten, il semble que la Patagonie ai attrapé un mal pluvieux. Je pensais admirer les sommets neigeux de l’avion, mais seul le blanc des nuages est visible. Juste avant d’atterrir, j’apercois le Cerro Castillo bien habillé, ce qui est décourageant. Pendant un moment, je vais regretter de ne pas être resté plus longtemps à Punta Arenas pour essayer de vendre mon sac de couchage. Provisions oblige, je passe par Coyhaique pour attendre une éclaircie. On est lundi, et il est prévue une tempête de neige (?) samedi après 2 ou 3 jours de beau temps. Le lendemain, je rejoins le camping au bas du Cerro Castillo pour être au plus près, et au pire, y passer une semaine au bord d’un ruisseau plutôt qu’en ville. Mardi, temps incroyable comparé à la veille, et quasi forcé de partir. Je vais faire le trek à l’envers pour plusieurs raisons, mais la principale est ce sentier que je n’ai vu sur aucune autre carte, qui permet de rejoindre plusieurs lacs et la vallée Simpson directement au sud de Coyhaique, en contournant le Cerro Castillo, au lieu de revenir sur la route comme tout le monde.

Une heure de marche le long du rio Ibanez en bas du Cerro Castillo pour rejoindre la vallée qui mène au « campo neozelandes ». Le parc Cerro Castillo ne commence que plus haut, et on doit passer par des estancias privées pour y accéder. Il y a forcément un droit de passage : c’est le système chilien. À partir du 1er janvier, il y aura aussi le droit d’entrée officiel au parc. Sur les conseils d’un voisin, je passe en diagonale et rejoins très vite les hauteurs du parc. On est bien plus haut que le ruisseau que l’on entend au fond, à travers le même type de forêt patagonienne déjà rencontré. Le temps est vraiment au beau fixe, pas un nuage, et l’on peut voir l’énorme bloc rectangulaire du Cerro Palo. Il y aurait un autre sentier qui passe à sa gauche et rejoindrait le lago Desierto de l’autre côté. En à peine 2h30, je pose la tente au premier campement au bord d’une rivière, et au début du sentier qui mène au Cerro Castillo. Le chemin continue dans une forêt épaisse jusqu’au campement « neozelandes », bien meilleur d’ailleurs. La vallée s’est élargie en un petit plateau, devenue comme très souvent dans ces endroits plats, une zone marécageuse, mais idéale pour les photos panoramiques. Trois semaines plus tôt, tout était recouvert de neige ; il n’en reste aujourd’hui quasiment plus rien.

Des blocs de roche à la verticale tout autour, qui s’égrainent. La forêt se fait plus clairsemée, et les arbres plus torturés, jusqu’à devenir buissons, puis mousses fleuries au milieu de débris de roche. Un vent fort se lève quand je rejoins le lac Duff, turquoise, tout au fond de cette vallée dans un espace minéral, au pied d’un petit glacier. On est derrière le Cerro Castillo. Redescente jusqu’à la tente.

Le lendemain, le temps est toujours aussi beau pour la montée la plus longue et la plus raide de tout le trek : un peu plus de 800m de dénivelé. Même chose que la veille, la forêt passe des arbres aux arbustes puis buissons jusqu’au premier plateau, dont on peut admirer un panorama spectaculaire de la vallée de la veille jusqu’au lac General Carrera bien plus au sud, dominé par le Cerro Castillo derrière. Le vent commence à souffler. On marche désormais sur ces lamelles de roche entassées, comme si on avait éclaté la montagne en débris. Une belle montée à escalader pour arriver en haut sur un paysage lunaire (ou martien, comme on veut) et voir un nuage sur le Cerro. En contrebas, un beau glacier s’effrite dans un bruit de tonnerre et va rejoindre un autre lac turquoise, la laguna Castillo, qui siège au fond d’un gigantesque bol. Le Cerro Castillo, (2581m), tout proche, est réellement impressionnant, même s’il n’est pas encore tout à fait découvert. Au fond, on voit la forêt qui recommence, et puis la passe du lendemain. Je vais descendre tranquillement et remonter de l’autre côté pour avoir une meilleure vue sur le glacier du flanc droit du Cerro, dont le sommet n’est toujours pas visible. Superbe.

Pas de vent et plutôt pas mal de monde.Le sentier repasse par la forêt jusqu’au campement « bosque », d’où je pourrais enfin voir le Cerro libre.

Le lendemain, ce qui devait être une promenade va s’avérer un test d’endurance. On rejoint facilement un plateau rocheux au pied de la passe étroite, d’où on peut admirer une derniere fois ce superbe massif de roche et glace. Un peu de glace en haut histoire de dire, avant de redescendre sur une vaste vallée. Encore une fois, les indications Conaf sont inexistantes, et retrouver le chemin à la limite de la végétation est toujours aussi délicat. La forêt est superbe. On passe devant la vallée pour aller rejoindre le glacier Peñon. Le sentier est quasi plat et facile jusqu’à un premier campement. Commence alors une route ouverte sur le très large lit rocheux de la rivière, dont on doit suivre. Absence totale d’indications, je passe de la route marécageuse à la forêt, avant de deviner qu’il faut longer la rivière. Je tombe sur le campement « Turbio » quasi par hasard. La rivière empreinte une vallée à gauche et qui mène à la passe et aux lacs que je vais essayer d’atteindre. Le sentier quand à lui contourne une zone marécageuse pour arriver à l’entrée officielle du parc, qui n’ouvrira d’ailleurs que dans 2-3 jours. Une piste part à droite et rejoint la route, le début ou la fin du trek ; à gauche, une autre, jonchée d’arbres morts en travers, comme pour dire ne pas passer. Un air lugubre y règne. Je m’attends à tout, de la route qui tombe à pic dans la rivière à une attaque d’un puma. Avec ça, le temps se couvre, et c’est très clair maintenant, il va neiger, c’est-à-dire un jour en avance sur les prévisions. La piste continue et je vais suivre une empreinte fraîche de cervidé, à moins que ce ne soit encore un « lama chilien ». La piste remonte la vallée avec des signes d’exploitation forestière, malgré que l’on soit toujours dans le parc Cerro Castillo. Elle se divise parfois, mais on trouve des petits tas de roche pour indiquer la bonne direction. Si les torrents occasionnels ont coupé la piste en plusieurs endroits, elle reste toutefois en bonne condition, et semble se diriger où je veux aller. Elle monte, zigzague jusqu’à s’arrêter net. Un sentier continue de grimper dans la forêt. Comme une impression d’être perdu au bout du monde, s’il n’y avait pas ces empreintes fraîches (1 ou 2 personnes). Juste en face, les montagnes disparaissent sous la pluie. Plus question de se poser ici. Je rejoins facilement la limite du vert pour grimper sur ces débris de roche vers la passe. La pluie et le vent finissent par arriver. La passe est comme une énorme colline et peu de pente. Au sommet marécageux, l’eau change de sens d’écoulement pour descendre avec moi. Malgré la pluie qui fouette, cet immense zone de rien sans vie a un certain charme, avec ces mousses de différentes couleurs. De multiples cairns indiquent la route jusqu’à la nouvelle limite des arbres. Le cauchemar commence. Aucun signe, aucun tas de roche, ni trace de sentier, rien. La pente tourne vite à 60 degrés et il faut choisir quel côté de la rivière continuer. Je vais tourner dans ces forêts étranges, descendre et remonter pour redescendre, à essayer de comprendre la carte avec le gps et retrouver le soit-disant sentier, pour finalement descendre quasi à la verticale et rejoindre la rivière, et me poser de l’autre côté, toujours sous la pluie, après une très longue journée.

La pluie continue le lendemain, à la différence que cette fois, c’est de la neige fondue. Je peux voir d’ailleurs toute proche la limite de la neige tombée pendant la nuit. Le jeu est encore une fois de retrouver le chemin dans une nature dense et trempe, sous une pluie constante. Arrive à un point en hauteur dégagé pour voir au loin un gigantesque glissement de terrain sur lequel il faudra passer. Retrouve le chemin et les traces, pour disparaître à nouveau. On arrive au niveau de deux superbes gorges abruptes, avec un passage au-dessus sur cet immense éboulis de roche et de terre instables. J’aperçois un lac, très certainement le Paloma. La pluie va et vient, laissant le temps aux nuages de rouler et découvrir la neige au loin. Je finis par rejoindre non sans mal le sentier. Retour dans la forêt pour arriver à un campement. Tout proche, un sentier mène à un panorama incroyable sur les lacs, disposés les uns derrière les autres le long de cette immense vallée. C’est superbe malgré les nuages, la pluie et le vent glacé. Le sentier alterne par des traversées de brousse, ces espaces plats et herbeux plus ou moins marécageux, et des passages plus secs en forêt. Jusqu’à un pont effondré où les bottes vont essayer de nager. On rejoint alors une piste, qui mène après quelques kilomètres à travers une forêt plus dense au portail d’entrée du parc Cerro Castillo, et plus loin, le joli lago Monreal. Il fait bien meilleur ici, et il pleut beaucoup moins : ça fait plaisir. On peut admirer les incessants mouvements des nuages sur les pics environnants, et y voir une belle couche de neige. Il y a une route qui rejoint le village d’El Blanco sur la route principale qui mène à Coyhaique, 12 kms d’après Maps.me. L’idée de me poser pour la nuit va me pousser à continuer, malgré les heures épuisantes précédentes. Des cultures de sapins alternent avec les prairies à bovin. Je cherche un point d’eau et assez loin des rares maisons. Je continue et continue…. Zéro traffic. D’énormes formations nuageuses roulent au loin : on dirait que c’est là pour rester. Pas de pluie encore mais un sacré vent. Plus loin, je croise un petit camion en sens inverse : une famille nombreuse va partir. Je ne lève même pas le pouce. Dix minutes plus tard, ils s’arrêtent à ma hauteur et m’offre un lift jusqu’au village. Le 12 kms sera en fait 28kms (merci Maps.me). De là, un autre lift quasi immédiat jusqu’à Coyhaique. Autant dire que je suis épuisé. 

Je n’avais pas réalisé mais c’est le réveillon : le temps de se poser dans une guesthouse et tout sera fermé… pour deux jours ! Une ville déserte. Heureusement qu’il me restait encore un peu de bouffe. 

Ce qui va suivre, observé de ma fenêtre, ressemble à un orage apocalyptique, avec neige et pluie abondantes, pour une durée indéterminée. Des formations nuageuses incroyables aux couleurs des jours de colère tournent et s’enroulent indéfiniment. À tel point que je vais fuir la Patagonie à cause de cela. Déluge tous les jours, quelques éclaircies mais aucune visibilité : les montagnes restent couvertes.

Je décide de remonter en stop malgré tout. Je vais bien partir de Coyhaique pour être bloqué 5h à Manihuales 80 kms plus haut, et donc finir par prendre le bus jusqu’à La Junta, encore plus haut. Il pleut, il pleut et il pleut. Je ne reconnais même pas la route jusqu’au niveau de Puerto Cisnes.

Tentative de stop pour Chaiten le lendemain : 7h à poiroter avec un passage incroyable d’hélicoptères (pour ceux qui connaissent)…. Heureusement j’étais sous un abri de bus. C’est bon, demain il a un bus.

Une éclaircie le lendemain et on peut enfin apprécier les environs. La nature est superbe. On va passer au ras de l’énorme parc Corcovado, puis au-dessus du lac Yelcho et se rapprocher du parc Pumalin. On apercevra le volcan Michinmahuida et son superbe glacier.

Chaiten, au bord d’un fjord, est un petit village touristique mais tranquille. Premier jour, déluge. Malgré le temps qui s’améliore le deuxième, je perds toute motivation pour aller voir le glacier. Je recroise un couple de français rencontrés à Punta Arenas.

Un bus et deux ferries nous mène à Hornopiren. Il n’était pas rare d’observer des orques dans la baie, le nom local est d’ailleurs « baie des orques » ; est-ce dû à la température de l’eau qui a changé ou la pollution des élevages de coquillages, mais les orques ne reviennent plus. Un autre petit village sympa, avec, à nouveau, du fromage local.

Mais le temps pluvieux me force la main. La Patagonie, c’est fini. Trois ans qui ne pleuvait pas assez, le bétail mourrait faute d’eau et donc d’herbe. Cette année, un nombre incalculable de cascades descendent des montagnes. Une dernière surprise en route vers Puerto Montt, où il fera beau d’ailleurs : je vais apercevoir deux dauphins tout proches dans la baie.

Tierra del Fuego

Retour au Chili pour Magallanes y Tierra del Fuego, la zone 12 et la dernière terre avant l’Antarctique. Beaucoup de parcs nationaux ici, mais malheureusement inaccessibles pour la grande majorité, comme ce fût le long de la Patagonie. Le continent finit à Punta Arenas ; après, ce ne sont qu’un immense chapelet d’îles.

 Ce que tu payais en dizaines de mille avant, te coûte désormais des centaines de mille ici ; la vie à Punta Arenas est pourtant moins chère qu’à Coyhaique. Mais le touriste est prêt à payer le prix fort sans poser de question, alors…

Puerto Natales est une ville donnant sur une baie bordée de montagnes, et où convergent des milliers de touristes pour le fameux Torres del Paine, à 2h de bus au nord. Bien que ce fût un des objectifs de ce voyage, ce fût également une franche déception.

Le parc est géré par la Conaf comme partout ailleurs au Chili, sauf qu’il y a en plus deux entreprises privées qui se partagent les différents sites de camping ou lodges de luxe, nécessaires si tu marches plusieurs jours : l’est est géré par Fantastico Sur et l’ouest par Vertice. Depuis cette année, un système de réservation sur internet a été mis en place pour limiter l’afflux touristique. Les sites internet fonctionnent évidemment mal, et tu dois attendre plusieurs semaines avant de trouver un camping de libre. Bien choisir parce que tu n’as droit qu’à une nuit par site, et tu dois savoir à l’avance comment vont être tes journées de trek avant même d’y avoir poser le pied : réservé pour le touriste club med en fait. On fait la queue dans les offices de la ville, où le « menu » montre très clairement l’esprit mafieux de ces messieurs : outre l’entrée la plus chère de tout le pays et plus de trois fois de ce que va payer le chilien, le touriste doit également payer plus cher les repas que les nationaux ! On parle des mêmes repas. Et puis il y a ce camping à 90 $ (!?!).

En creusant un peu, on apprend qu’un pont s’est récemment effondré sur le circuit : il faut désormais rebrousser chemin, prendre un ferry hors de prix pour tenter de rejoindre l’autre côté avant la nuit parce que sinon, tu perds ta réservation. Mais personne n’en parle dans les offices et on continue de ramasser des tunes en sachant très bien que la liaison est impossible. Il leur faudra deux semaines pour réparer un pauvre pont pour piéton. La frustration monte vite et beaucoup en sortent déçus. Loin, très loin de l’esprit montagne. Le futur du parc, ça sera très clairement des bobos parfumés en mocassins pour aller promener en montagne et dîner sur des nappes blanches.

La cerise sur le gâteau : malgré le prix exhorbitant des campings et des lodges (150-200 $ la nuit), ces abrutis n’ont même pas été foutu de construire un vrai recyclage des eaux au sein même du parc. Beaucoup plus de touristes que d’habitude l’année passée ont fait débordé les chiottes dans les lacs, et empoisonné par la même occasion les locaux des environs. Un scandale à l’origine du nouveau système de régulation. Ils avaient une année pour tout remettre en ordre et comme d’habitude au Chili, rient n’a été fait, et on continue de vendre du rêve au prix fort.

Alors pour ceux qui veulent quand même y aller, sachez que le billet d’entrée est valable trois jours : arrangez-vous entre vous et allez-y à la journée chacun votre tour avec le même papelar, pour voir les tours suivi du superbe point de vue Pudeta, accessible en bus. Sinon oubliez ce site corrompu pour des sites tout aussi beaux, sans le monde et GRATUITS : Fitz Roy côté argentin, et Cerro Castillo, au sud de Coyhaique. 

Il y a une fois par semaine un ferry TABSA de Puntas Arenas qui rejoint l’île Navarino et Puerto Williams, en face d’Ushuaia, juste avant les îles du Cap Horn. La veille avant la fermeture des bureaux, on apprend qu’il y a trois places. L’envie de rester pour le Torres del Paine (dont je connaissais pas encore l’ampleur de l’horreur) me fera manquer l’occasion : malgré une réservation de plusieurs jours à l’avance pour le suivant, je n’aurais plus la chance d’y embarquer, à moins de payer la classe au-dessus. Les bretons, eux, sont partis. Les sièges sont réservés d’abord pour les habitants de Puerto Williams, et s’il y a des places pour les touristes, on n’est averti que la veille. Les habitants de Puerto Williams payent 6000 pesos, ce que toi, tu payes 105000 ou 148000 ! Puerto Williams est un avant-poste de l’armée juste devant l’Argentine et il y avait bien eu un ferry concurrent et géré par l’armée. Le billet était à 15000 pesos pour les deux compagnies. Mais la complainte d’un touriste (israélien ?) y a mis un terme. Du coup, la TABSA s’est senti poussé des ailes.

Punta Arenas est l’équivalent d’Ushuaia, une ville au bout du monde comme ils disent, une ville insipide où l’on trouve des agences touristiques qui te vendent des tours en Antarctique : A/R en avion et une nuit sur une île en face de l’Antarctique pour 5000 $. Si tu veux y poser le pied, ça démarre à 15000 $… Les croisières sont au départ d’Ushuaia uniquement (compter 7000$). Tu veux aller voir les baleines? 700$ la journée… Et toi, pauvre peloy, tu continues d’user tes crampons sur le béton des trottoirs.

Sur cette pointe du continent sud-américain, le tourisme s’amasse et on croise ou recroise les mêmes personnes. Pas mal d’israéliens qui continuent d’entretenir leur sale réputation : le « je m’impose et je t’emmerde » qui tape sur le système à tout le monde. Les chiliens comme les autres, en ont marre eux-aussi. Même leur gouvernement s’y est mis : l’imbécile israélien à l’origine du feu qui a dévasté le Torres del Paine il y a quelques années, a été relâché en échange d’une promesse de dédommagement. Le type une fois chez lui, Israël a trouvé une autre excuse pour ne pas payer.  

La Terre de Feu est en face, accessible en ferry. Porvenir en est le gros bourg paisible, aux hivers doux. La pampa occupe les deux tiers nord, où rien ne pousse à part les moutons et le vent. Le sud en revanche est une merveille, mais inaccessible en stop. À Punta Arenas, je recroise Horst et son Unimog : la chance me sourit de nouveau. On ira tranquillement se promener 5 jours dans un quasi no man’s land et une vraie belle nature. Ça sera le gros regret de ce voyage : ne pas avoir acheter une bagnole, parce que c’est comme ça que je voulais voyager, à se poser peinard où on veut, et à aller où on veut.

À deux heures de Porvenir, il y a une colonie de pingouins « roi », les mêmes que les « empereurs »  mais légèrement plus petits. Une femme de Santiago y a acheté les terres il y a cinq ans pour monter un soit-disant projet de conservation : 3 planches, un peu de corde et 2 posters pour justifier un ticket d’entrée ridiculement cher. De Cameron, on voit apparaître enfin des arbres, qui poussent dans le sens du vent. De superbes prairies en fleurs suivent. Pampa Guanaco est le point le plus au sud relié par un minivan de Porvenir, et un dernier checkpoint. Les lacs aux alentours sont réputés pour la pêche, comme le Lago Blanco, où on va passer des jours peinards, avec la visite régulière des renards. Plus au sud, la route passe deux cols d’où on peut apprécier le travail dévastateur des castors, une espèce canadienne introduite au début du siècle dernier par les argentins pour profiter du commerce lucratif de la fourrure. Le marché s’est effondré, les castors sont restés. Sans prédateurs, ils infestent désormais la Terre de Feu et les alentours : leurs barrages sur les ruisseaux détruisent les forêts et inondent des hectares qui étaient secs autrefois. Il y aurait des projets d’extermination, mais aujourd’hui, les troncs blancs des arbres morts ponctuent les retenues d’eau : assez triste.

Les cols sont à peine plus de 1300m et on dirait une passe à plus de 5000m ailleurs : juste des débris de roche. De l’autre côté, le lago Fagnano est un immense lac tout en longueur bordé de pics blancs, dont la majeur partie est en Argentine, juste au-dessus d’Ushuaia. Entre le gigantesque parc national Agostini à l’ouest, et le parc argentin Tierra del Fuego à l’est, le tout nouveau parc Yendegaia fait désormais la jonction. Rien n’est encore prêt, et la route est encore en construction. Le paysage est sublime : du bleu du lac au vert des forêts jusqu’au blanc des glaciers.

Caleta Maria est un fjord opposé au lac et dont la splendeur n’a rien à lui envier. Dans cinq ans max, là où il n’y a rien, poussera certainement un pueblo pour touristes. Pour l’heure, c’est encore sauvage et si paisible. Le matin du premier jour d’été, j’ouvre ma tente sur le lac devenu miroir : spectaculaire. Les prévisions météo dans ces régions sont impossibles : on peut avoir les quatres saisons en une journée. Une tempête de neige est annoncée : on passera le col avec de la neige fondue. La Terre de feu doit son nom aux tribus Selk’nam qui entretenaient des feux permanents pour se réchauffer : ils vivaient quasi nus, la peau enduite de graisse. Les colons les ont habillés et ainsi fragilisés : ce fût la fin.

Retour triste à la civilisation. Le temps est décidément trop pourri du côté de Puerto Williams. Et puis tout est plein en raison des fêtes de fin d’année. Encore Punta Arenas donc et sous la pluie, où j’y recroise Katia, l’auto-stoppeuse italienne rencontré à Puerto Cisnes. Pour Noël, on ira voir une chorale désaccordée dans une sorte d’église : maman aurait été très fière. Plus au nord, la terre va trembler très fort à Chiloe : 7.7 sur l’échelle de Richter.

Les prix ont singulièrement augmenté depuis le 15 décembre, le début de la saison haute. Et puis il y a toujours l’esprit malsain argentin : 35000 pour aller de Punta Arenas jusqu’à Ushuaia, 50000 ou 55000 pour revenir… Ushuaia est apparemment une ville insipide aux prix suisses où s’arrêtent les paquebots de croisières : aucune envie d’y perdre mon temps. De là, le bateau-stop a été supprimé pour aller jusqu’à Puerto Williams juste en face : il y a donc un ferry officiel dont les 2h de traversée te coûte plus cher que les 30 h du ferry de Punta Arenas.

Il y a bien un bus qui relie Puerto Montt, tout au nord, mais il faut attendre une ou deux semaines. Les options s’amenuisent, et ma patience atteind la limite : je vais retourner à Coyhaique en avion pour le Cerro Castillo.

La Patagonie dans son ensemble est une terre que l’on brade au plus offrant : les eaux territoriales ont été vendues aux japonais et chinois, les forêts aux entreprises étrangères trop polluantes, etc… Les tunes dans les poches de certains et le futur du Chili ne semble pas très brillant.

Horaires et connexions pour la « fin del mundo »:

De Punta Arenas vers Porvenir : ferry à 9h, du mardi au samedi, dim 9h30. Revient à 14h du mar à sam, 19h dimanche. Pas de service le lundi. 6200 pesos.

Bus de la baie vers Porvenir : 330 pesos ou 1000 pesos selon la compagnie.

Transporte Quelin : 

– de Porvenir vers Cameron : mar ven dim 14h, 1800 pesos. Part devant l’office DAP avenida Manuel Señoret.

– de Porvenir vers Pampa Guanaco : ts les jeudi 6h, 2000 pesos. Part du domicile du conducteur, une tienda appelée Corvi, 1 rue 21 de Mayo, sud de la ville.

De Porvenir vers Cerro Sombrero (nord) d: lun merc ven 17h.

De Punta Arenas vers Puerto Williams : ferry TABSA, ts les jeudi, à 18h ; 30h de trajet. Siège semi-cama : 105000 pesos. Siège cama : 147990 pesos. Part de Puerto Williams le samedi.

En avion avec Aerovias DAP : 

– Puerto Williams : lun merc ven, avion de 90 places ; mar jeu sam, avion de 16 places. 67000 pesos, 10kgs + 5 kgs bagage à main. 1500 pesos par kg supplémentaire. A/R 124000 pesos.

– de Punta Arenas à Balmaceda : 55000 pesos éco, sinon 105000 pesos, 15kgs + 5kgs, 2500 pesos par kg sup.

Bus de Punta Arenas vers Osorno, Puerto Montt et Chiloe : 35000 pesos en basse saison, 45000 ou 50000 en haute, une trentaine d’heure ? 

Argentina

Un panneau planté au beau milieu des bois nous souhaite la bienvenue. De là, la piste chilienne devient un chemin pour randonneur.

Les tours verticales du Fitz Roy (3405m) sont totalement à découvert, ce qui est rare, au fond du lago Desierto qui s’étend devant nous, avec des glaciers dans les nuages sur le flanc droit. Superbe. Le poste douanier est sur la rive du lac, et là, va commencer un sérieux désenchantement : non, l’Argentine, c’est pas le sympathique Chili. Accueil tout juste poli, on campe gratuit autour. Les trois françaises sans tente croisées plus tôt sur le bateau (voir le post précédent) vont poliment être invitées à dormir sur du gros gravier à peine abrité, ou sur des bancs de la largeur de ma main, alors qu’il y a des cabanes, une écurie, bref de quoi loger pas mal de monde proprement.

De là, partent des lanchas pour traverser le lac, et comme aujourd’hui, il pleut, et bien c’est plus cher ! Cinq heures de marche donc pour contourner le lac et arriver trempés de l’autre côté, où la chance (de la blonde) nous offrira un lift jusqu’à El Chalten, avec deux français, père et fils, dans leur voiture de location. On n’interesse évidemment plus les locaux puisqu’on n’a pas payé le prix fort.

Pour faire court, en Argentine, on ne peut retirer que 2000 pesos max (130€ à peu près), auquel on ajoute 96 pesos de commission pour les étrangers (en fait quelque soit le montant) :  bref du vol autorisé. Mais ça ne s’arrête pas là : le nouveau président a supprimé le marché noir et le « blue dollar », qui permettait en fait de voyager honorablement. Et avec cela, une inflation de malade : on doit désormais multipler les prix des guides par trois !!! Les 2000 te font deux jours en fait.

Le rayon légumes rappelle l’ère soviétique, et la boulangère fait la gueule. Sympa finalement ici.

Ah j’oubliais : les bus. On dirait qu’ils ont trouvé un chiffre magique et l’appliquent à tout : 550. Tu vas où ? 550 ! Une sacrée claque dans le budget. Oublies le stop : c’est comme jouer au loto, tu perds ton temps. Beaucoup déchante forcément : c’est juste inabordable.

On file au sud vers El Calafate, une bourgade tapissé de boiseries pour satisfaire le bourgeois, dont la pseudo spécialité est le chocolat (?). Que de la pampa autour, on est loin des paysages chiliens. Le glacier Perito Moreno est à 2h de là, un incontournable en Patagonie. La chance nous sourit encore : on est pris en stop par le camion benne qui fait les va-et-vients quotidiens et on passera l’entrée avec un grand bonjour respectable. 

Le spectacle est incroyable et on ne s’en lasse pas. Descendant des pics comme le Pietrobelli (2950m), ou le Gardener (2400m), c’est un chaos de glace bleutée jusqu’à 70m de haut, venant s’émietter devant nous dans un lac où flotte les derniers blocs. Il avancerait de deux mètres par jour, ce qui en fait un des glaciers les plus rapides. Et malgré la relative proximité, on a du mal à se rendre compte de la taille de certains blocs : les plus beaux d’entre eux font pourtant une bonne trentaine de mètres. On rentre comme on est venu.

Ce glacier tout comme le Fitz Roy fait partie du parc Los Glacieres, un étrange carré sur la carte Chili Argentine où personne ne semble s’y être aventurer pour aller y poser une frontière sur la glace.

On va pousser la chance jusqu’au bout : toujours à trois, avec les deux bretons Matthieu et Marine, on va essayer de partir en stop vers le Chili, qui nous manque terriblement. Marine n’est pas vraiment blonde en fait, et la chance nous tourne le dos : on passera 4h à regarder passer les voitures. Une américaine seule va elle-aussi abandonner : au Chili, elle n’aurait pas attendu plus de 2 minutes. Tout proche, un poteau est recouvert d’inscriptions de ceux qui ont attendu longtemps : le deux jours n’est pas rare. Aller, un bus pour Puerto Natales que l’on s’en aille d’ici por favor : 550 !

Patagonia

La Patagonie, la 11ième région chilienne appelée Aysen, commence au sud-est de Puerto Montt, là où on emprunte la « carreterra austral », une piste de graviers voulue par Pinochet et finie en 1994 seulement, qui relie Villa O’Higgins, 1200 kms plus au sud, plus pour freiner les éventuelles débordements du voisin argentin qu’autre chose.

Terre sauvage et de pionniers, sa colonisation a été encouragée tardivement, vers le début du siècle dernier. Les Chonos (virés de Chiloe par les Mapuches) et les Alakalufs vivaient dans ces immenses espaces de fjords, montagnes et glaciers, forêts dense et rivières d’eau pure, avant que la soif de l’or de l’homme blanc ne les extermine. L’élevage de bétail suivit, et les aléas des éruptions volcaniques. Aujourd’hui encore, peu de monde y vit, et les paysages sont réellement spectaculaires. Une seule route, forcément l’auto-stop fonctionne, même si tout est désormais relié par des transports publics, et ce, jusqu’au bout, à Villa O’Higgins. Pas mal de passage possible en Argentine tout le long, mais très peu sont desservi par des bus : avoir son propre véhicule est un énorme avantage, chose que je regrette depuis la Colombie. J’ai bien tenté de voir ici aussi pour acheter un véhicule, mais les prix astronomiques m’ont laissé sur le trottoir. Il y a aussi l’option moto chinoise : 125 cm3 pour 1000 € neuve, mais ça reste du chinois.

De Chiloe, ou de Puerto Montt, Naviera Austral (www.navieraaustral.cl) relie les fjords du nord de la Patagonie. De Quellon, il y a quatre ferrys pour Puerto Cisnes, et la chance va me faire prendre le plus long, quelques 21 h de trajet. On aura par contre la chance de passer en plein jour au ras du parc Queulat, et son glacier « suspendu », d’où naîssent deux cascades vertigineuses. Avant Puerto Cisnes, une orque va venir tout prêt du bateau.

Puerto Cisnes est un petit bled difficilement relié par des bus, et dont tous les hospedajes affichent complets en raison du nombre de travailleurs venus finaliser la nouvelle route. Je vais planter la tente dans leur parc en plein village. La patience est de mise sur le bord de la route : après deux longues heures, un premier véhicule (Katya et son couchsurfer) rejoindra la route principale quelques 50 kms plus loin, dans une nature sauvage. De là, un autre me fera traverser les 180 kms jusqu’à Coyhaique, la ville de la Patagonie chilienne, avec la chance de Katya l’italienne.

Décrire la route n’est pas facile : on zizague entre les montagnes, on traverse des forêts, on longe des rivières, et des pics pyramidaux ou des bouts de glaciers au fond qui apparaissent et disparaissent. Une nature définitivement belle et sauvage, où rares sont ceux qui ont choisi d’y vivre. On commence à voir plus de prairies et du bétail : on arrive à l’immense vallée de Mañihuales, où l’on peut encore voir les milliers de troncs secs, victimes d’un immense incendie il y a quelques décennies : un étrange spectacle. La route passera par la réserve nationale Simpson, jolie comme une vallée suisse. L’espace s’élargit et c’est le gros bourg de Coyhaique, chef-lieu de la région. 

Le superbe Cerro Castillo (2675m) à une heure et demie plus au sud, doit son nom à son air de château fort dominant d’impressionnants glaciers. Un trek de 5 jours s’en approche mais le temps est contre moi. Sur le pouce, je continue toujours plus au sud. La route y est tout aussi belle et sauvage, et répéter les mêmes mots montagnes-forêts-rivières est bien loin d’y rendre justice. L’espace s’ouvre lorsque la route vient à la rencontre du lago General Carrera, une immense surface balayé par les vents et dont la couleur n’a de cesse de changer. Puerto Tranquillo est une surprise : un petit bled avec presque plus d’agences de tourisme que d’habitants. On vient ici pour les « cavernas de marmol », ces paroies de marbre au ras de l’eau sculptées par les éléments. Il y a aussi le Campo de Hielo Norte, une immense zone glacée (4200 km2) dont une piste approche le pic le plus haut de Patagonie, le San Valentin à 4058m, quelques 60 kms de là. Pratiquement zéro traffic, alors que je pensais devoir marcher les 40 bornes restantes en pleine nature, la chance va venir d’un groupe d’espagnols avec leur pick-up de location. Avec eux, deux autres pouceux qui travaillent au mirador, ce qui nous vaudra une visite gratuite. Le glacier marron recouvert de débris est décevant mais les environs sont superbes. Sur tous les flancs de montagnes, on peut voir des milliers de troncs d’arbres morts et allignés : exploitation forestière ? Il semble que l’on a replanté tout près. Ce spectacle étrange est commun à quasi toute la carretera australe. De Puerto Tranquillo, il y a aussi ces tours pour aller voir de près les glaciers du Campo Norte, dans un fjord sur le flanc ouest : à 200 euros la journée, y a pas foule.

Je pousse la chance et continue plus au sud en passant par un micro pueblo, Rio Puelo, dont une piste approche le champ de glacier de côté est cette fois, au bord de deux lacs. Pour faire du stop sur la carretera, il faut également connaître les horaires de travail. Certains font l’aller-retour entre Coyhaique et Cochrane, 3h de route matin et soir. Je vais ainsi rejoindre le croisement qui va au futur parc Vallee Chacabuco, juste avant Cochrane. Ce fût l’oeuvre du multimillionnaire Tompkins, ex North Face, et de sa femme, pdg de Patagonia. Le rachat massif des terres autrefois d’élevage est encore sujet de polémique parmi les locaux, mais quand on a les moyens, on fait ce que l’on veut. Le parc rejoindrait le parc Jeinimeni au nord et le Tamango au sud. Le huemul, un cervidé en voie d’extinction y est protégé. Il s’agit d’une zone bien plus aride, un genre de steppe sans aucun cours d’eau, qui contraste avec le reste, où seuls les guanacos sont visibles. Je ferais demi-tour avant même de rejoindre l’entrée. J’apprendrais plus tard que l’on y attend des bourgeois en mocassin plutôt que des trekkeurs, évidemment.

Après de longues heures d’attente au bord d’une route en construction, je vais rejoindre Cochrane. Je croise un allemand, Horst, et son monstre, un Unimog, ces camions Mercedes 4×4 utilisés par les pompiers ou pour des travaux forestiers. Un détail qui aura son importance bien plus tard.

Étant donné le traffic de plus en plus rare, et le temps qui se dégrade, je prend le bus jusqu’à Caleta Tortel. La route rejoindra le Rio Baker de plus en plus large, et la vallée marécageuse. Malgré la pluie, on peut y apercevoir quelques glaciers perdus dans les nuages. Caleta Tortel est un village particulier : construit dans une crique, on y circule sur des passerelles et des escaliers de bois. On y vit encore du commerce de l’Alerce, ce cyprès imputressible. J’y ferais une belle rencontre : un couple de bretons, Matthieu et Marine (www.elcaminoinciertoblog.wordpress.com), avec qui on va partager un bout de chemin ensemble (et bien se marrer). Voyager avec une blonde, c’est voyager avec un porte-bonheur au Chili : ça fait marrer tout le monde, mais ça marche !

Quasiment au bout de la route, les bus ne sont pas quotidiens, et il faut prendre la chance quand elle se présente. Un autre bus dans la foulée pour Villa O’Higgins et la fin de la Patagonie nord. On ne croisera que des touristes en camping-car : oublies le stop. Les forêts se font de plus en plus rares, c’est souvent des surfaces de roche brute. De là, il faut traverser l’énorme lac glacé San Martin, au ras du Campo de Hielo Sur, une autre belle tâche blanche sur la carte, 16800 km2 de glace quand même, forcément impassable : pour continuer plus au sud, il faut passer en Argentine. Au pueblo, on attend donc le touriste de pied ferme : deux agences (et donc deux tailles de ferry) se partagent cette traversée juteuse, 44000 pesos pour à peine deux heures. En passant directement par le capitaine, là où on embarque à 3 kms, il y a moyen de payer la moitié. Mais on a de la chance (y a une blonde avec nous) : après avoir annulé le service dû à un mauvais temps en début de semaine, ils partent demain, et il y a de la place, ce qui est rare. Il y a également un bus qui rejoint le ferry, et qui, pour 3kms seulement, te dépouille gentiment des derniers pesos qui te restent.

Le lac est vert de gris et ce fût une superbe traversée. On peut voir au loin un petit bout du glacier. Et on ne reste pas trop long sur le pont avec ce vent glacé. Encore ces arbres morts dans les hauteurs : vraiment étrange.

Le ferry fait un arrêt à Candelario Mancilla et la douane chilienne, pour ceux qui veulent traverser en Argentine. Il continue pour rejoindre l’énorme glacier O’Higgins. Sur le pont, je discutais avec un groupe de françaises (dont une blonde) quand le capitaine vient nous voir en nous demandant pourquoi on ne continue pas vers le glacier. Le prix pardi (35000 de plus, donc plus de 100 € au total) ! Et puis pour s’amuser, on demande pour 15000. « Mais bien sûr ! » qu’il répond. Ne jamais sortir sans sa blonde,  qu’on vous dit. Moment de flottement, elles ont un ticket pour traverser l’autre lac, je voulais rattraper les deux bretons partis avec l’autre ferry plus rapide : une autre fois. Et puis j’apprendrais également que pour revenir à Villa O’Higgins, on paye seulement la moitié. Je reste convaincu qu’en allant directement au bateau le matin même à Villa O’Higgins, sans passer par les agences, on paye aussi la moitié.

Une piste remonte vers l’intérieur des terres et rejoint le lago Desierto côté Argentine, à 5h de marche : une belle balade en forêt si le temps est au beau.

Chile

Les extrêmes se rejoignent : le Chili devient une copie des pays nord-américains. Tout y ressemble, des maisons lego en bois au système économique privatisé, où l’éducation, les hôpitaux, etc…sont payants, une ressemblance jusqu’aux flics (carabineros) et douaniers qui sont tout aussi fins que leur version de l’hémisphère nord. Et le passage du Pérou au Chili en fut une belle démonstration : on laisse passer 20 personnes par demie-heure seulement. La chose prend en fait 5 minutes chrono, sans aucun contrôle sérieux malgré le papelar que l’on remplit interdisant à peu près tout, pour laisser le monde poiroter dehors en plein soleil les 25 minutes restantes (on est dans le désert, je le rappelle), et qui finiront par être trois bonnes heures. Pendant ce temps-là, les fachos jouent avec leur téléphone, ou rigolent bien entre eux. Quant au passage d’étrangers motorisés, il semble manquer toujours un tampon. Ambiance.

Le désert continue donc puisqu’on s’approche de l’Atacama, la zone la plus aride de la planète. Et je continue à longer la côte. Arica, une petite ville balnéaire, où je peux dire définitivement adieu aux fruits exotiques, voire aux fruits qui ont du goût en général. C’est l’équivalent des vacances de Toussaint (une semaine) et le pays entier est en branle : quasi aucune place dans les bus et à destination restreinte seulement. Comme quoi, mon pressentiment était bien fondé. Envie de descendre vite malgré tout vers le sud de ce pays tout en longueur : 4000kms de long sur 160 de large. Antofagasta dans la foulée, une ville où les mineurs viennent dépenser leurs tunes durement gagnées, et donc une ville chère, et insipide, sauf si les putes et les bars, c’est ton truc. Beaucoup d’immigrés colombiens des Caraïbes ici, des blacks qui semblent passer leur temps à se pomponner dans les multiples salons de coiffure pour homme, et dont se plaignent la majorité des chiliens. De là, on va normalement à San Pedro de l’Atacama pour visiter l’équivalent de ce que l’on trouve juste à côté en Bolivie : désert, formations rocheuses type lunaire, geysers, etc… Du déjà-vu qui ne m’emballe pas : j’ai plus envie de tranquillité que de disneyland. Je continue donc le long de la côte pour atterrir à La Serena, une grosse bourgade endormie autour d’une grande baie, avec un ou deux beaux pics dans de l’eau glaciale pour les vaillants.

Depuis Copiapo plus au nord dans les terres, on a une région viticole dont on tire entre autres le pisco : qui, d’entre le Pérou et le Chili, l’aurait inventé, est un sujet de grand débat.

La vallée de l’Eyqui, plus dans les terres, est aussi une zone où l’on voit des soucoupes volantes, des hippies en communauté, et des montagnes magnétiques.

L’espagnol est différent au Chili et pour la première fois, j’ai du mal à me faire comprendre. Ça ne s’arrangera pas vers le sud : on s’approche plus de la purée que du littéraire. Mais les chiliens sont vraiment sympathiques, et ça ne posera aucun problème.

Valparaiso sur la côte, plus au sud. La carte postale parle d’une ville artiste bohème, avec ces ascenseurs pour passer d’un quartier à un autre, étalés sur les côteaux qui dominent le Pacifique. Suivant les époques et les modes, les quartiers ont été tantôt populaires tantôt bourgeois, des maisons en tôle ondulée aux superbes manoirs en bois. Mais pas mal de ruines malgré tout en attente d’une rénovation. Beaucoup d’artistes s’y seraient installés, et c’est devenue une des villes incontournables pour le graf’, où on organise même des concours. Voir le site du Museo a Cielo Abierto. Des quartiers entiers en sont recouvert, et il y en a pour tous les goûts. Mais les chiens peuvent parfois devenir un vrai problème dans certains quartiers comme Polanco, farci de fresques. Du côté du port maritime, si les grues modernes et les containers dominent, le quartier respire les problèmes. Et c’est où on trouve les superbes squelettes d’immeubles en pierre, classé Unesco. Au-dessus, on trouve le quartier bobo de Cerro Alegre, lui aussi classé Unesco, avec le magnifique musée d’art, dont l’architecture est clairement art déco, et puis les deux anciennes églises des premiers colons. Pas vraiment d’organisation, il semble que l’on a posé les baraques où on pouvait, ce qui laisse aujourd’hui un dédale de petites rues connectées par des escaliers qui cachent parfois des surprises.

Les allemands ont immigré au Chili bien avant les fugitifs nazis, et y ont amené un peu de leur culture : architecture (églises et maisons en bois), cuisine comme la kuchen (tarte sucrée aux multiples variantes) ou le berlin (un chou type donut rempli de crème), religion (lutherisme)… Il n’est d’ailleurs pas rare de croiser un blond aux yeux clairs. C’est la région de Temuco et les multiples lacs plus au sud qui a attiré la majorité allemande, les paysages leur rappelant un peu le Tyrol.

Le jour se lève sur des forêts humides et un brouillard matinal. Un changement dramatique du paysage qui fait plaisir, mais qui garantie un réveil humide sous tente. On trouve au ras de la frontière argentine une succession de parcs nationaux comme le Tolhuaca, Conguillio, Huerquehue ou Villarrica, entourés de réserves nationales (zones tampons) pour protéger des forêts autour de cônes blancs de volcans, et où l’on trouve l’étrange Auracaria, un épineux, ou l’Alerce, pouvant vivre plusieurs millénaires (une pousse de 1mm par an seulement) et très prisé pour son bois imputressible. Seulement le gouvernement chilien prend le touriste pour une vache à lait : on doit payer double ou triple à l’entrée ; quant au camping, juste une zone plate sans rien, mais nécessaire si tu veux explorer sérieusement, c’est tout simplement le double de ta chambre d’hôtel ! Bref une sale mentalité qui restreint l’accès à la journée : totalement débile. Étrangement, cette discrimination existe aussi au quotidien pour les locaux. En raison de cela, je passe le parc Conguillio pour pousser jusqu’à Villarrica au bord du lac du même nom, et dominé par le volcan (2861m) du même nom, et un des plus actifs du Chili. Le parc Huerquehue est de l’autre côté du lac, derrière Pucon, un autre disneyland que j’évite avec soin. Le paysage est superbe : forêt, montagnes, rivières d’eau pure… En discutant avec un garde forestier à l’entrée du parc, le gars comprend tout à fait mon point de vue sur le tarif exorbitant du camping et m’autorise à y passer une nuit gratuite. Et j’y serai seul. Le trek à la journée fait le tour de 4 lacs à travers une belle forêt mixte et quelques cascades. J’y croiserai une énorme migalle, peut-être un autre nom, mais dont le corps fait la moitié de la palme de ma main. Dûe à la densité de la forêt, les sites pour camper sauvages sont très rares. Une belle balade. Le campement est en redescendant vers une autre belle vallée, d’où on peut apercevoir le lac Caburgua. La perle est cachée plus haut : peu de monde font un tour à la laguna Angelina. On pourrait presque y entendre le battement des ailes des anges.

Au lieu de revenir sur mes pas, un chemin descend vers le lac Caburgua et traverse de superbes pâturages où le bétail y est très clairement heureux. Le retour sur une route suit les chalets bourgeois posés juste au-dessus d’une eau bleue transparente, et des plages de galets.

Retour sur Villarrica, suivi de Linca-Ray endormie au bord d’un autre joli lac, le lago Calafquén. Vraiment tranquille.

Le temps se dégrade mais je m’entête, j’irai faire un tour à Valdivia. Je passerai presque deux heures à chercher une chambre sous la pluie de plus en plus forte, juste avant un déluge. Oublies les parcs en bord d’océan, ça ne va pas s’arranger.

Un autre saut vers le sud vers un autre lac, le lago Llanquihue, et un autre cône volcanique, Osorno 2652m, recouvert de neige. Il devient de plus en plus dur de trouver une chambre à prix raisonnable et Puerto Varas n’échappe pas à la règle. Frutillar est un petit village pitturesque au bord du même lac et très clairement allemand.

Les cuisinières en fonte sont le coeur de la maison chilienne : à la fois cuisinière, four et chauffage au bois, il y règne autour une température tropicale. Il y a également en permanence une bouilloire pour le maté, cette infusion d’herbe argentine adoptée par les chiliens du sud. Bien mieux que les pauvres hostels où un lit en dortoirs te coûte plus cher qu’une chambre privée toute équipée !

Le parc national Vincente Perez Rosales est le plus vieux parc chilien autour du lago Todos Los Santos et quelques autres volcans comme le Puntiagudo (2498m), le Casablanca (1990m), et le Tronador (3478m) à la frontière argentine. De l’autre côté, Bariloche, un autre paradis (argentin) pour le trek. C’est là que le Che et son compadre auraient traversé dans leur voyage à moto. Le temps s’éclaircit et je file plus au sud vers Cochamo, en bordure d’un fjord, d’où on peut rejoindre en 5-6 heures de marche un des sites phare mondiaux pour l’escalade, autour de La Junta. Surnommé le Yosemite du sud, on trouve des murs de grimpe incroyables et pour tous niveaux. La roche y a une rare adhérence, même mouillée. Plusieurs treks à la journée partent des prairies-camping au bord de cette rivière au vert étonnant, pour se rapprocher des murs, à travers des forêts de gigantesques épineux multi-centenaires, ou rejoindre un sérieux point de vue panoramique sur les deux vallées, en se rapprochant du Cerro Arcoiris. Pour ce dernier, on a droit à des passages en cordes quasi au-dessus d’un précipice, avant de trouver un premier plateau rocheux, suivi de la neige encore bien présente. Le sommet est plutôt inaccessible, mais la vue est extraordinaire. Un autre trek sur plusieurs jours rejoint une passe suivie de deux lacs, et la frontière argentine à Paso El Leon.

À quelques dizaines de kilomètres au sud de Cochamo, il y a la vallée Rio Puelo, que l’on peut remonter jusqu’à l’Argentine, et rejoindre El Bolson : prévoir un bon budget pour la traversée des lacs.

Retour sur mes pas et je passerai le parc Vincente Rosales pour descendre sur Chiloe, une île un peu speciale au sud-est de Puerto Montt l’insipide. L’île aurait été un bastion de résistance farouche face au gouvernement de Santiago. Ce fût également la terre des Mapuches, avant que les espagnols ou leurs maladies européennes ne les achèvent. L’architecture y est unique, comme ces églises en bois construites sans clou, et aujourd’hui, 16 d’entre elles sont classées au patrimoine mondial de l’Unesco. Elles se distinguent par un clocher sans cloche à trois niveaux. La cloche est en fait un son électronique des plus misérables. Et comme au Canada, les murs des églises comme des maisons sont recouverts de shingles d’alerce (petites plaques fines superposées), dont on multiplie les superpositions et les découpages, pour un résultat étonnant.

Ancud, au nord-est, est une petite bourgade de pêcheurs qui vivaient de l’élevage de saumons et de crevettes, jusqu’à ce qu’un récent scandale sanitaire ne vienne y mettre un sérieux coup de frein. La chaine européenne Arvi était un des principaux acheteurs ; aujourd’hui, c’est l’Irlande qui se charge de redistribuer en Europe. Il y a aussi un site protégé sur la côte, le Monument Natural Islotes de Puñihuil, pour observer les pingouins de Magellan et de Humboldt, en voie d’extinction. Également cormorans, pélicans et éventuellement une otarie. Trois petites îles et un mini-dysneyland sur la plage d’où partent régulièrement des barques pour observer une dizaine de manchots. Le bus local passe à seulement trois ou quatre kilomètres de là, sur les hauteurs.

Dalcahue est un joli petit village de pêcheurs, avec cette fois des bateaux, et qui a gardé de charmante vieilles maisons en bois. De là, on traverse en ferry pour l’île Quinchao et d’autres villages typiques, avec leurs églises Unesco.  Avant de rejoindre Achao, le bus passe par le village de Curaco de Velez, et de beaux exemples de maisons historiques, dont l’alerce a viré au noir. Achao, une grosse église pour les amateurs de charpente, et une baie endormie avec vue sur la neige des montagnes de l’autre côté.

Castro est la grosse ville de Chiloe, où on a décidé de repeindre la grande église Unesco en jaune et mauve. Tout au sud, au bout de l’île, Quellon, d’où partent les ferrys pour la Patagonie, dont on voit d’ici les sommets blancs de quelques volcans, et sous un coucher de soleil incroyable.

Peru

Un passage en douane éclair. Toujours le même lac Titicaca, mais de ce côté, l’économie se porte clairement mieux. Le premier bus était rempli de touristes tout équipés montagne, et plus propres que neufs : le Pérou est aussi beaucoup plus touristique, et plus cher. Avec toutes les histoires farfelues que j’ai pu entendre ou lire sur le Pérou, j’ai approché le pays avec appréhension. Ce fut en fait une belle surprise et un très bon contact avec les locaux.

Puno est une grosse ville insipide dont les rives dégagent une forte odeur. D’ici, on peut aller visiter les îles flottantes Uros, où les Aymaras continuent de tresser ces roseaux et vivent du tourisme. D’autres îles également mais je préfère rester sur le souvenir de l’Isla del Sol. Plus accessible, certainement à l’occasion du printemps, il y a en ville un défilé de différents costumes représentant chaque ethnie, et chacun accompagné d’un orchestre type bandas (en mieux). Et le marché local est descendu dans la rue : des centaines de stands proposent de tout, de la patate à la chemise américaine d’occaz. Les chapeaux y font défaut, la seule chose que je cherche depuis que le colombien s’est désintégré en Bolivie, et curieusement introuvable à La Paz, bien que tous ou presque porte un chapeau.

De Puno, c’est soit Cuzco au nord et sous la pluie apparemment, soit l’ouest avec Arequipa et le soleil du désert. La route remonte le lac et une zone marécageuse pour s’élever vers les hauts plateaux désertiques. Des sommets blancs apparaissent et disparaissent, comme ces superbes lacs que l’on croise. Et puis on a droit à un contrôle sanitaire qui interdit tout fruit et légume, alors que l’on est malgré tout dans le même pays. Voir perdre mes précieux avocats sans aucune raison me fait hausser le ton, ce qui fait perdre les moyens au type qui oubliera la moitié des pommes.

On va passer par la Reserva Nacional Salinas y Aguada Blanca et sa faune invisible. Et puis une série de volcans apparaissent, que la route contournera.

Arequipa est une grosse ville au climat désertique, au pied de trois volcans dont le Misti (5822m), dégagé de tout « mist » (brouillard). La ville blanche garde de superbes bâtiments coloniaux et religieux, construits avec une belle pierre de taille, et blanche. Le marché y est décevant, et sans restos. Outre les fruits, on y trouve des chapeaux de toutes tailles, et dont la fibre vient du nord, et à des prix gringos malgré une qualité bien moyenne. Une bande intérieure de cuir y est toujours présente, ce qui rend au final le chapeau insupportable.

Plusieurs restos végétarien ici, voire vegan, qui proposent des menus complets qui font plaisir.

Le canyon de Colca est l’un des plus profonds au monde, formé par mouvement tectonique, et abrite le rapace le plus grand au monde, le fameux condor avec ses 3.20 m d’envergure et une vraie sale gueule. On y trouve également le colibri le plus grand au monde. La route frôle les 4600m d’altitude avant de redescendre en interminables lacets vers Chivay. On peut voir les terrassements incas qui ont taillé la vallée en escaliers verdoyants. De là, on va longer le rio et le canyon vers Cabaconde. La vue y est spectaculaire : des sommets à plus de 5000 et un rio au fond à plus de 1000m en dessous de la route. On aperçoit de l’autre côté les routes taillées dans la montagne, croisées de chemins plus anciens. Le condor est facilement observable et reconnaissable par cette bande argenté sur le dos et les ailes.

Il y a entre autres deux chutes d’eau dans une crevasse au loin à une très grosse journée de trek : 1000m à descendre pour remonter quasiment autant de l’autre. C’est en fait un classique andin, chose que je vais vérifier (ou subir) maintes fois.

Au lieu de retourner vers Arequipa, il y aurait un trek intéressant qui rejoindrait la vallée d’Andagua, la vallée de « los volcanos ». On construit une route depuis Cabanaconde vers Choco, et le bus ne peut passer que les dimanches lorsque les travaux font une pose. Il y a aussi un pick-up qui peut partir en semaine quand il y a assez de monde. Il faut avoir le coeur bien accroché quand on descend les interminables lacets taillés sur une section quasi verticale jusqu’au rio pour remonter de l’autre côté jusqu’aux travaux. Il faut maintenant attendre que le type de la pelle mécanique arrête d’ouvrir la montagne, pour passer sous des éboulis éventuels et au-dessus du vide. Choco (2600m) est à peine à demi-heure de marche : dans ce désert minéral, le vert des terrasses avec le bruit de l’eau qui court est un vrai délice. La passe Cerani quand à elle est à 5150m, ce qui laisse 2500m à grimper ! On commence raide le lendemain avec un interminable 1200m de dénivelé, en laissant le rio tout en bas. Cactus et buissons en fleurs, dont une bleue et son parfum intense. On change de vallée, et la pente redevient normale. Un petit ruisseau fait du bien, avec des vaches qui se baladent sur de l’herbe rase. 1800m de grimpe et ça sera le premier jour. Départ tôt le lendemain pour les 700m qui restent. Le relief devient minimaliste et la roche multiplie les couleurs. Il y a un lac (une flaque en fait) d’où naît le ruisseau, donnant cette belle cascade aux sculptures de glace. Un mouvement de panique chez les viscachas à mon approche (sorte de lapins avec une longue queue).

Sur la gauche, une première pente raide suivie d’une sorte de petit plateau où des vicuñas se promènent, pour remonter raide vers un dernier plateau et une autre grande flaque d’eau sur le dégel. Aucun chemin : les seules traces sont celles des animaux. De là, il faut passer entre deux éboulis, roche crème à gauche et roche grise foncée noire à droite, pour arriver au pied de la passe, et sa dernière pente en poussière de roche. En haut, on peut voir un des triples volcans Coropuna (6400, 6405, et 6290m). Un énorme éboulis de roches de différentes tailles m’attend de l’autre côté, où je trouve en bas des empreintes fraîches d’un félin. Les 2000m de descente vont s’avérer être un cauchemar qui va durer deux jours. Je suis le relief puisqu’aucun chemin n’est visible, et descend vite avant de tomber sur une forêt de Queñoa, ces gros arbustes étranges déjà rencontrés au parc Sajama. Un ruisseau émerge soudain. Au loin, sur le flanc droit, il y a un semblant de chemin en pointillé, ponctué par des éboulements qui ont eu raison d’une bonne partie. À gauche, au fond, un chemin plus net et des prairies en amont (donc chemin oblige). Tout au fond, ce qui semble être le village de Chacha. Je laisse le dernier accès à l’eau et tente par la gauche à travers ces arbres devenus buissons où il fait forcer le passage, sur des traces de vaches. Je tombe sur un abysse. Remonte plus haut pour trouver un passage qui descend au fond d’un rio sec, pour remonter de l’autre côté sur des pentes très raides. Un petit jeu qui va durer longtemps : suit un chemin à travers une jungle de branches qui explosent en poussières et feuilles mortes, pour aboutir à un précipice, trouve une autre route, rebelote… Arrive sur les prairies et toujours aucun chemin net. Il y a maintenant mêlé aux herbes, des cactus branchus de petites tailles mais dont les épines de 10 cms s’enfoncent profondément dans la chair, emportant par la même occasion une branche de ce cactus. Encore une bataille pour arriver à ce chemin qui est clairement abandonné mais que je peux suivre, avec quelques passages sérieusement dangeureux…pour finir net à une dizaine de mètres au-dessus du rio qui tombe en cascade. Je suis quasi à sec d’eau et d’énergie, mais il me fait pourtant remonter la vallée pour trouver un passage vers le rio tout en bas, pour remonter jusqu’en haut du versant opposé et tenter de suivre l’autre chemin sur l’autre crête. Je tombe finalement sur le passage du bétail qui passe par là pour changer de versant. Après une pose hydratation, je vais me poser un peu plus haut à la nuit tombée dans encore une forêt de Queñoa, après plus de 10h de marche et de batailles. Aucun bruit, aucune vie ne semble exister : la vallée de la mort. Même cette forêt a un côté glauque, avec cette mousse sur des branches torturées. Reste à remonter la pente le lendemain et suivre un semblant de chemin de vaches encore, et la même lutte que la veille, à forcer le passage à travers ces arbres, à descendre à travers ces buissons et ces cactus (et leurs souvenirs douloureux). Arrive tout en bas d’un autre versant au niveau d’un autre rio, où le chemin s’évanouie encore une fois. Reste à carrément escalader la pente en s’accrochant aux herbes sèches pour arriver au seul bout de chemin clair de toute la vallée, non-dépourvu de cactus encore et encore.

Arrive lessivé en bas du village de Nahuira et la route. Le cauchemar est enfin terminé. Une longue pose au bord du rio et 1h plus tard le long de la route qui contourne le lac et ces superbes terrasses, Chacha se fait enfin voir. Un village très sympathique où il fait clairement bon vivre. Outre le fromage frais local, la région est tristement passionnée de corrida, même si ici, on ne tue pas le taureau. Quant au trek, on m’avouera que personne ne passe par là (ah ouais ?), et les derniers touristes, c’était il y a un an.

Je voulais rejoindre Ayo plus au sud pour sa laguna Mamacocha apparemment superbe mais c’est la feria : comprendre un village de bourrés et corrida… Ça sera Andagua, sur une nouvelle route qui passe à travers de ce qui semble être d’immenses tas de roches, comme si on avait pulvérisé la montagne en des milliards de morceaux. Andagua, qui n’a franchement pas le charme de Chacha, siège au milieu d’une vallée parsemée de petits cônes tronqués, vestiges récents d’une sérieuse activité volcanique. De Chacha également, on pouvait voir une énorme coulée de lave qui a bouché la vallée, et coupé le lac.

Le meilleur attendait en fait non loin comme toujours. La route remonte lentement le long d’une vallée verdoyante aux curieuses formations rocheuses, où seuls vivent des bergers et leurs troupeaux, pour arriver sur un spectaculaire plateau lunaire à 4900m, dominé par les trois volcans Coropuna (6400m) et leurs glaces éternelles : un décor incroyable, qui me fait regretter une nouvelle fois de ne pas avoir un véhicule. Suivie d’une descente vertigineuse vers un village de cow-boys, puis Arequipa le lendemain.

Je voulais visiter l’autre grand canyon, celui de Cotahuasi, formé par érosion et le plus profond au monde (enfin paraît-il). Mais ma claque des cactus, l’envie de changer de décor va me mener à Cuzco.

Cuzco (3400m) signifie nombril du monde chez les Incas, devenu aujourd’hui nombril du monde touristique péruvien. Il semble y voir parfois plus de touristes que de locaux. Le centre-ville respire l’Espagne, avec ces églises fardées d’or, ses haciendas aux balcons de bois sculpté et ses passages en colonnades. La plupart sont construits sur des murs incas inclinés, dont les pierres jointent parfaitement les unes aux autres ; ce système de construction résiste apparemment bien mieux aux séismes. Le temps est finalement au beau, avec des averses en fin de journée. Beaucoup de ruines incas autour de Cuzco, dans ce qu’ils ont appelé la vallée sacrée, et au delà, presque toutes regroupées sous un « boleto touristico ». Je laisse ma part aux toutous, pour voir seulement l’incontournable Machu Picchu et Choquequirao. Il y a également des salines incas autour de Maras, où on fait sécher l’eau chargée en sel et à 22 degrés sur un puzzle de terrasses très photogéniques : les années d’exploitation ont vu l’ensemble se recouvrir d’une bonne couche de sel, qui tranche avec le brun rouge de la terre.

Plus loin, à Moray (3500m), les Incas ont travaillé une cuvette naturelle en terrasses circulaires : il y aurait jusqu’à 15 degrés de différence entre le bord extérieur et le fond, leur permettant de tester ou d’acclimater différentes variétés. C’est une belle balade depuis le pueblo de Maras, à travers ces parcelles de terre brun-rouge, et des pics blancs qui se découvrent timidement. Au pied de ce plateau, coule la rivière Urubamba, et passe par Ollantaytambo, un charmant petit village, où on trouve encore des ruines. La région aurait été occupée depuis très longtemps.

Va se poser maintenant le problème du ticket du Machu Picchu. Officellement le nombre de visiteurs est limité à 2500/jour pour protéger le site, un chiffre que l’on peut surveiller en ligne. Officieusement en pleine saison, il y aurait de 7000 à 8000 personnes par jour, sur en gros un stade de foot (sans les gradins et un sentier à sens unique au milieu de beaucoup de ruines). Si on ne peut acheter son billet à Cuzco qui respecte les quotas, à Aguas Calientes, au pied du Machu Picchu, c’est différent : ton billet portera une autre date et ça passe. Mais ne connaissant pas le manège, et n’étant pas sûr de trouver un billet pour le lendemain à Aguas Calientes, les transports étant compliqués et aucune envie d’attendre des jours là-bas, je retourne à Cuzco, où il me faut maintenant attendre une semaine. Direction Choquequirao.

Cachura (2600m) est le départ du trek : 2 jours aller et 2 retour. Il y avait une boucle pour ne pas revenir sur ses pas, ce qui est toujours pénible, mais un glissement de terrain y aurait définitivement mis un terme. Pour rejoindre le Machu Picchu, on parle de 8 jours au moins : ça sera donc un aller-retour. On longe tranquillement la montagne le long d’une route jusqu’au mirador. Un taxi jusque-là fait gagner 2h de marche. La vue est spectaculaire : des pics à + de 5000 qui tombent abrupte vers un canyon. Les pentes sont très raides : si c’est beau, c’est aussi un cauchemar pour y trekker, avec des dénivelés de débile. Du mirador (2945m), c’est une descente interminable vers le rio en bas (-1500m, un plaisir en sens inverse) pour remonter très raide de l’autre côté (une succession de lacets de plus de 45 degrés de pente et 600m). Parti à 6h du mat de Cuzco, j’arrive à la nuit (19h) au campement Santa Rosa (2150m). Dû à la basse altitude, à la chaleur et au nombre de chevaux qui y passent, on a droit à cette vermine de petite mouche qui te percent la peau, suibie d’une démangeaison d’une semaine dès que tu y touches. Tout le monde se fait ravager la peau, et c’est évidemment pire près du rio. Un cauchemar qui disparait en haute altitude.

Reste 3h de marche, qui débute par une autre grimpe de débile pour accéder au campement au pied du site, sans oublier de se faire plumer pour le billet d’entrée, comme toujours au Pérou. Choquequirao (3035m) est un site modeste construit sur une crête, avec des terrasses en contrebas. Y a pas foule, c’est le moins qu’on puisse dire. J’apprend avec plaisir que Yanama n’est qu’à 2 jours de marche, d’où il y a une possibilité de transport : je ne me taperais donc pas la route en sens inverse, en évitant également un retour sur Cuzco. Les plus belles photos du site se font en fait d’au-dessus, de la passe à 3200m, d’où on redescend vers un autre rio (1900m), le pire endroit pour ces mouches. La montée vers Maizal (3000m) qui suit, est encore un test mental, où la chaleur et les lacets interminables te désèchent : j’aurais bu ce jour-là presque 5l d’eau, bouffe comprise. Il y a deux campements en haut : j’irai au second qui fait face à un glacier au loin, d’où naît un ruisseau qui tombe tout droit en cascade vertigineuse. De mon côté par contre, l’eau est trouble et au compte-goutte. Reste une marche enfin à la fraîche pour rejoindre la passe à 4200m, en passant par des mines artisanales qui tirent des entrailles de la montagne un minerai d’argent de qualité. Descente rapide vers Yanama, avec de la vraie montagne en face, l’énorme glacier du Saksarajuq (5945m).

Il y a bien une route mais trouver un van qui part, c’est une autre histoire. On me promet un départ à 4h du mat le lendemain. Le temps se dégrade sérieusement : un orage éclate pour un concert de 5h de flotte et d’éclairs. Le lever du soleil va révéler la dernière surprise : il a beaucoup neigé à basse altitude, et la vallée a été repeinte en blanc. Il semble bien que je vais devoir désormais passer les 4600m à pied : cinq heures du mat, il n’y a évidemment pas âme qui vive. On me dit plus tard qu’il faut attendre midi. Six heures du mat, surprise : un type va partir. On sera trois pour un spectacle inoubliable, un univers blanc sous le soleil et le meilleur moment du trek. Il faudra quand même casser la glace pour arriver en haut. De la passe, la vue sur l’autre vallée est tout aussi incroyable, avec le pic pyramidal du Salcantay (6271m) et du Tukarway (5928m). Redescente vers la vallée de Collipapampa où plus je descend, plus je croise des troupeaux de touristes, qui s’évertuent à trekker sur des routes poussiéreuses sans aucun intérêt et farcies de mouche, en ayant payé une fortune en plus : no comment. Je passe de la glace aux bananiers en quelques heures.

Santa Theresa est un avant-goût du cirque d’Aguas Calientes. Outre le train hors de prix qui arrive directement de Cuzco, on peut rejoindre Aguas Calientes le long des rails à partir d’Hydroelectrica, à 20 min en taxi de Santa Theresa. Une balade qui s’avérera plutôt sympathique (parce que personne aussi) et qui remonte le rio bordé de falaises à pic recouvertes de végétation. Arrive à la verrue de béton qu’est Aguas Calientes. Hotels de luxe et pizzerias, marché aux souvenirs, bref ici, ce n’est plus le Pérou, c’est une machine à fric. Plus personne ne se salue, on fait la gueule et on voit les péruviens qui jouent les gringos à faire leur jogging ??!!

Il y a 1600 marches ou plus pour rejoindre le Machu Picchu, ou une demi-heure à peine en bus qui dépose les toutous frais et dispos à l’entrée. Moi qui croyais être en basse saison, à cinq et demi du mat, il y a déjà une queue de 200 personnes qui attendent le bus, mais beaucoup moins sur les marches. Après le récent trek de débile, et sans le sac, les marches sont une promenade de santé. En haut, la vue est spectaculaire : le site domine au-dessus de ce relief en motte de beurre comme on peut voir en Asie. Bien plus impressionnant que Choquequirao, les ruines sont aussi plus intéressantes : temples, habitations, terrasses, pierres magnétiques, avec toujours cet assemblage parfait des pierres, quelque soit la grosseur. Le matin tôt permet d’apprécier le site à sa guise. À 10h, il y a déjà saturation du site : trop de monde et ça gâche franchement tout. Sens de visite, pas le droit de manger, pas de plastique (enfin en principe), pas le droit de sauter… De plus en plus de régulations pour limiter les dégâts mais la machine à fric rapporte trop pour réellement limiter le traffic. Je redescend donc pour revenir le même jour sur Santa Theresa, où je croise tellement de monde cette fois sur les rails que l’on aurait dit un exode, puis Cuzco le lendemain avec un bus interminable. Il y a eu un contrôle en descendant la passe pour les sacs trop gros de coca. Une chose assez drôle : on en trouve partout mais on ne peut pas en transporter. Les péruviens sont ailleurs timides à ce sujet, contrairement aux boliviens.

Pour mes séjours à Cuzco, j’avais trouvé une belle chambre à proximité de deux marchés excentrés, loin des troupeaux et qui me permet de toujours rester à l’heure péruvienne. Le proprio est franchement sympa et je m’y sens comme à la maison.

En regardant la carte, j’avais remarqué ce beau massif blanc au sud-est de Cuzco : il s’agit de la montagne Ausungate (6384m), sacrée pour les incas mais encore aujourd’hui pour les quetchuas, avec plusieurs autres aux alentours des 6000. Un trek d’une semaine fait le tour avec 2 passes au-dessus de 5000. Mais il est bien trop tard dans la saison pour risquer quoi que ce soit. Il y a aussi ces lignes Nazca dans le désert, mais je ne ferais pas deux jours de bus pour juste un vol d’une demi-heure au-dessus.

L’envie de voir le Pacifique me fait revenir sur Arequipa, puis Mollendo sur la côte, une ville balnéaire. Ce n’est pas vraiment ce à quoi on pense quand on parle de plage. Le désert avance jusqu’à l’océan, et on y a jeté du béton et une raffinerie. Le sable est gris, comme le ciel bas. Quelques restes de maisons en bois qui, pour la plupart, finissent de pourrir. Un excentrique millionaire a fait construire au siècle dernier un beau manoir sur un rocher au-dessus de la plage centrale. Si son style arabisant devait dominer autrefois, le béton moderne l’a bien rattrapé aujourd’hui : il y a même une raffinerie juste derrière. Un petit village qui reste tranquille malgré tout avec un marché intéressant : le ceviche (marinade de poisson cru) est à l’honneur, mais c’est du poisson volant… Le soleil sort, et l’océan redevient bleu ; le sable reste gris et l’eau glaciale. Les derniers jours à profiter du Pérou, avant le Chili : j’ai comme une appréhension qui me retient un peu ici. J’irai à Ilo également, un port industriel avec une belle promenade en bord de mer et encore des restos fruits de mer. La route qui mène à Tacna tout proche de la frontière longe la côte désertique et ses plages sauvages avant des plantations d’oliviers. On trouve même une mosquée à Tacna.

Bueno, bamos a Chile.