Sri Lanka

Il fait chaud, et rien que ça, c’est une bénédiction. Juste 2 jours de préparation avant de rejoindre Na Uyana, pour un peu moins de 2 mois.

Dès le début, j’ai eu cette impression d’y être depuis trop longtemps : j’ai déjà envie de partir. C’était comme si j’avais récupéré ce que j’y avais laissé. La pratique s’approfondit, et les semaines passent. Pas la même équipe de l’année dernière, loin de là, ce qui me laisse dans un silence bénéfique.

On brasse le passé, cette éternelle ré-édition de ce qu’on croit avoir été, jusqu’à découvrir un nouvel angle. Oups. Les lectures de Pathwork sont une nouvelle fois d’une précieuse aide.
Les choses changent à l’arrivée d’un co-méditateur croisé l’année dernière, qui, lui, aime parler ; normal, il est italien. Et la pratique s’en ressent. Ce qui sera le début de la fin, enfin une excuse de plus pour l’esprit.
Et puis j’ai la visite de vipères, « hump-nose viper », qui passent la nuit en boule là où tu mets les pieds, de la même couleur de la terre pour arranger les choses. Oui monsieur, c’est mortel, mais lentement… Sinon ça te laisse l’endroit nécrosé. Un mâle d’abord essaiera de rentrer, puis fera le veilleur au ras de ma porte pendant 4 longues nuits et 4 jours. La pluie le délogera. Apprendre à voir la réalité telle qu’elle est, c’est aussi voir que le serpent a plus peur que toi, et qu’il cherche lui-aussi un endroit peinard. Un autre jour, je croiserai 3 types de serpents jusqu’à 2m, dont un qui jouait dans l’eau comme un enfant !
Deux sales tiques plutôt douloureux, une espèce (la bonne pour Lyme) sur les 22 présentes au Sri Lanka, et des puces éventuellement. Un jeune anglais plutôt sale et pas très intelligent, aime à garder les chiens errants autour.
Une bactérie vient couronner le tout : pas de diahrrées, mais des douleurs vives et soudaines à l’estomac. Je commence à sortir pour aller chercher des médocs ayurvédiques, qui ne feront rien. Va déjà trouver quelqu’un qui veuille bien te comprendre. Et ils ne connaissent pas le charbon actif ici, alors que j’en trouvais au fin fond de l’Indonésie.

Je resortirais pour aller voir l’hopital ayurvédique, sans plus de succès, et puis le plein d’antibiotiques au cas où.

La maladie de Lyme est bien présente au Sri Lanka, malgré ce que les docs locaux peuvent en dire. Difficilement dépistable en Europe, alors tu parles ici ! Je vais voir comment les morsures évoluent. Sinon 15 jours d’antibios comme en Malaisie. La douleur disparait assez vite, les plaies n’évoluent pas beaucoup, si ce n’est les démangeaisons.
Les antibios (cyproflaxine+métronidazole, puisque tinidazole est interdit ici) me débarasseront enfin de la douleur au bide, chose que je savais depuis le début, mais on veut écouter les autres…
Bref on vit toujours des choses intéressantes dans ces retraites.

Et puis surprise, mon frère arrive au Sri Lanka : pendant 10 jours, avec un collègue et un chauffeur, il cherchera les productions locales d’huiles essentielles. L’excuse parfaite pour m’échapper. Moha, delusion.

Après avoir passer les jours en tailleur les yeux fermés à l’ombre fraîche de la forêt, me voilà une bonne partie de la journée en voiture dans le traffic et la chaleur. L’impression d’avoir pris un bus en pleine face : courbatures et douleurs dans les yeux ?!? Dukha, souffrance.

La communication au Sri Lanka est bien compliquée. Leur anglais très approximatif n’a rien à voir avec…l’anglais. Est-ce un chinois d’origine rwandaise qui leur a appris, bref y a bien des mots, mais la signification est totalement différente. Et je ne parle pas de la prononciation. Forcément c’est dur. Et avec ça, ils ne t’écoutent pas. Quant tu leur parles, ils ne retiennent en général que le dernier mot, ou l’avant-dernier, avec lequel ils font leur sauce. Tu leur dis Hambatota, ils comprennent Badulla… « On peut payer cash ? – Noooo no no ! ….only cash ! » Mais qu’est-ce qu’il a compris encore ?!

Le plus bel exemple, le petit déj’ « continental » : 2 toasts margarine avec café ! Ah oui continental !…
Ou alors ils te disent tout et son contraire dans la même phrase. C’est loué et c’est pas loué… Jusqu’à raconter n’importe quoi.
Dans le monastère, c’était la version soft « sous contrôle ». À l’extérieur, tu te rends compte du désastre. Et comme partout, le blanc est riche, il doit payer plus cher. C’est là où tu vois qu’ils ne sont pas brillants : même un local paiera ses légumes ou ses fruits plus chers s’il arrive à moto plutôt qu’à pied ! Avijja, ignorance.

Le deuxième jour, on atterrira vers le sud de Colombo. Après avoir trouvé un hotel, au lieu d’aller vers les restos à 100m à côté, le chauffeur nous amène dans un coin perdu où le prix du repas (thaï ?!? Ben voyons…) est celui de la chambre. Ben oui, Gégé a envie qu’on lui paye un resto de luxe. On bouge et là, on atterrit cette fois dans un resto indien qui coûte le double du précédent. Mais on va le ramener à sa réalité de sri lankais : il fera la gueule devant son plat à 120 roupies au lieu de 3500 !

Encore une fois, le gars n’est intelligent. On lui refuse ce resto ridiculement cher, alors il ira dans le premier boui-boui qu’il trouve, de cuisine musulman dont qu’il avouera lui-même ne pas aimer leur bouffe : mais pourquoi t’es rentré alors ?!? Même si tu lui dit d’aller là et là, parce qu’on sait que c’est meilleur, la tête de mule a décidé que, alors… Comment lui faire comprendre que ce que l’on cherche, c’est précisément ce qu’il cherche à fuir, c’est à dire la vie sri lankaise ?

L’impression aussi que ces chauffeurs veulent vivre la vie de luxe des blancs telle qu’ils croient la voir, cette vie de rêve telle qu’ils se l’imaginent, avec ces restos et ces hotels de luxe qu’on leur paye. Là, ils peuvent vivre la grande vie, loin du sri lankais moyen. Du coup, le rappel à la réalité est un peu dur.

Mais je ne suis pas là pour me prendre la tête avec lui. Il fait son taf, et je n’ai rien à dire. Je préfère partir de mon côté au bout de 4 jours.

Hikkaduwa, une ville balnéaire où on ne compte plus les hotels, les uns sur les autres, coincés entre le vacarme de la nationale qui leur passe au ras, et le chemin de fer, à peine plus loin… Avec évidemment le boom-boom-boom des discothèques. La réalité de la côte sud-ouest surdéveloppée.

Il faut descendre vers Weligama peut-être pour trouver un peu moins de bruits. Le coeur de la ville est encore sri lankais. Et il y a encore des bons plans pour la bouffe.

Je trouve une guesthouse familiale un peu à l’écart. La baie est belle, mais il y a au moins 200 planches qui s’essayent dans les vagues molles devant les dizaines de location de planches, et avec un boom-boom soft mais permanent, ce que tu ne voies pas sur les photos (jour de pluie en bas).

Presque une semaine totalement léthargique, l’esprit vide, avec envie de rien. J’oublie Tangalle, une autre plage, mouais…et le fameux monastère Sithulpawa, devenu une attraction touristique. Il fait dire qu’il fait chaud.

La vie prendra une décision pour moi : je découvre que ma carte visa a été piraté (-1400€). La suite, c’est donc un retour en France, puisque ce bout de plastique est inutilisable. Voyager sans, ça se fait mais rentrer dans un pays comme la Turquie sans billet de retour peut poser un sérieux problème aux passages des douanes.

Dernière semaine plus au nord cette fois, sur la péninsule sableuse de Kalpitiya, une zone tamile, avec un gros projet de développement touristique qui décolle tout doucement. Le cauchemar lié au tourisme n’est pas encore arrivé, même si on en voit les prémisses. Pour l’heure, seules les cabanes de pêcheurs occupent encore la vaste plage.

Le vent vaut de l’or ici : on vient de mai à juillet pour le kite-surf, tandis que les éoliennes font partie du paysage..

Production de sel, plantations de cocotiers, et un peu de maraîchage dans cette zone plutôt maraîcageuse : l’eau n’est jamais loin.
Peu de touristes en cette période hors-saison.

Ne pas aller à Kalpitiya, puisque c’est apparemment une base marine qui fait face à un lagoon. Il faut descendre avant, à Kandakuli pour se rapprocher des plages.

La bouffe est un peu le problème ici. Quelques rares shops vendent le minimum. Pas grand-chose d’autres, mise à part les hotels-resorts au bord de la côte qui font du tout compris, mais on parle en $, alors bonjour les prix ! Il faut marcher pour trouver le « Francis restaurant » et ses prix locaux, à côté d’une église, à Kandakuliya.

Je trouve donc ici un calme propice pour rattraper le retard sur le blog. Et puis, on peut aussi admirer le coucher de soleil, chose qui manquait dans le sud. La chaleur devient oppressante, à tel point que même eux, en parlent dans les journaux.

Un dernier moment de paix en couleur, avant de partir. Retour en Europe…en hiver.

L’aventure continue.
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Jordanie

Comme pour les feux d’artifices, le meilleur est à la fin. Et ça sera l’apothéose.

On se prendra évidemment la tête à l’aéroport, parce qu’elles ne savent pas se remuer ni accepter qu’on le leur disent. L’impression de voyager avec des ados qu’il faut ré-éduquer.

Une amie de Kerem, Raïda, est supposée nous héberger sur Amman. Ils étaient colocs à Istanbul, et elle lui avait promis de lui payer ce voyage. Accueil chaleureux, tout le monde est sous le charme, et à peine débarqué, mon pote commence déjà à faire des plans sur la comète. Accueil hystérique il faut dire, et trop beau pour être vrai. Assez vite, on ne la verra plus, pas même pour nous dire au revoir. Peut-être à partir du moment où Kerem a dû lui demander des tunes. En attendant c’est « habibi » par ci, « habibi » par là. Elle nous amène chez une amie à elle, Suzanne, une américaine mariée à un syrien, un couple adorable, ici depuis quelques années. Suzanne s’est payé le luxe d’une « house of dreams », un projet d’une maison d’artiste qui, à terme, devrait accueillir différentes expos, workshops, etc… Si vous avez fessebouc, vous pourrez voir de quoi ça l’air. En attendant, c’est un peu un grand moulin ouvert à tous, les installations délabrées, avec un guest permanent, « sky »(ouaiiiis, « skaï » …), un jeune syrien qui plane sévère. On est en plein quartier hype s’il en est un, curieusement autour de l’Alliance française.

La plupart des sites peuvent se faire à la journée depuis Amman. L’idée était d’éviter de dépenser trop. On y restera donc 2 semaines sur 3…à rien faire. Si ! À se prendre la tête….

Les transports en commun ici sont un casse-tête invraisemblable, mais à 4, on peut partager un taxi pour à peu près le même prix, avec une liberté de mouvement en plus. Seul, c’est juste ridicule. Curieusement, dans la capitale, les taxis sont peut-être les moins chers au monde : il y a les taxis jaunes privatifs, et les blancs collectifs (« service »).

La Jordanie est donc un pays très cher, même pour les locaux. Pas de chauffage central, on se chauffe avec ces « gazinières » à feu ouvert, qui t’empoisonne plus avec le CO2 émis que ne te réchauffe. En été, canicule, il y a la clim, mais on s’en passe, vu que l’électricité est trop chère. Il fera plus froid dedans que dehors. Il pleut, ce qui n’arrange rien.

La bouffe est un mélange de saveurs venues de Syrie, ou du Liban. Les sandwicheries falafel est ce qui se fait de moins cher : 40-50 centimes d’euros, et surtout, une des très rares options végétarienne. J’en n’ai jamais mangé autant, et d’aussi bonnes.

Amman est une ville calme, paisible mais sans vraiment de charme, et qui n’a pas la vie de Beyrouth, à ce qu’on me dit. Quelques beaux grafs, notemment sur l’égalité des sexes : bon courage ici. Une société lourdement patriarcale, avec les violences conjugales qui vont avec. Raïda travaille sur le sujet.

Le site archéologique principal est sur un plateau dominant la ville : on peut y voir des milliers d’années d’histoire. Un détail sur l’ancienne statue d’Hercule, qui arbore un percing génital.

Petra, au solstice d’hiver avec la pleine lune, c’était le plan convenu. Et il a fallu que je me battes pour les bouger. Kerem léthargique (ben oui encore un plan où on lui paye tout ou presque, du coup il oublie vite ce qui était convenu), les 2 autres, pas d’argent soit disant (alors qu’est-ce que tu fous là ?). « Oui, mais pas 3 jours, juste 2, « etc… On y resta finalement 4 jours, et elles voudront rester plus…

En arrivant à la nuit, juste devant l’hotel que je leur ai fait réservé, ils parlent déjà de changer, parce que l’accueil était froid… On finira plus tard par changer pour moins cher, mais ils regretteront le confort du premier…

Wadi Musa est une ville d’hotels et de restos, où comme dans tout le pays, sauf dans la capitale, il y a un menu avec les prix touristes (×2, 3 ou 4), et les prix locaux. Devant moi, un gamin paiera 4 sandwichs falafels pour le prix d’un pour moi. Le lendemain, je ne paierais que le double : ils sont sympas…

Classé patrimoine mondial à l’Unesco, Petra (Rekem, puis Nabataea à l’origine) fut la capitale des Nabatéens, un peuple de nomades commerçants qui avaient le contrôle des caravanes sur toute la région, le seul moyen de transport de l’époque. Si le site était fréquenté depuis des milliers d’années (sanctuaires sacrés), ce n’est qu’en 300 av JC, qu’il devient significatif, avant de passer aux mains des romains en 106, qui depuis longtemps jalousaient les richesses de ce peuple, et qui rebaptiseront la ville du nom de Petra. Judicieusement caché dans un canyon en zone désertique, la ville est invisible et difficilement attaquable, ce qui leur permit de résister à de nombreuses attaques. Ils parlaient un dialecte arabe mais leur origine confondent les scientifiques.

L’importance de la ville décline avec l’avènement du transport maritime. En 363, un tremblement de terre va détruire pas mal de structures, et même si on voit apparaître plus tard les églises des chrétiens byzantins, la ville tombe dans l’oubli. Elle n’est « découverte » qu’en 1812.

Le site est majestueux, c’est le moins qu’on puisse dire. La finesse des sculptures, d’influence largement grecque, l’ingéniosité développée pour la collecte et la conservation de l’eau, attestent d’un raffinement et de connaissances peu communes. La roche est majoritairement rosée, avec de fines strates plus foncées, rouge, lit-de-vin ou noire, ce qui donne un résultat hallucinant.

Et c’est immense. 3 jours pleins, ça suffit juste à voir la majorité du site. Beaucoup sont cachés dans des canyons parallèles. Je fais ma visite seul, vous l’avez compris, les ados ne pouvant se bouger qu’à partir de 11h du mat. Le site ouvre de 6h à 17h.

Le matin, lorsque la majorité s’entasse devant le « Trésor », pour y voir passer un rayon de soleil (pas avant 8h), le reste du site est vide. Pas de bédouins, pas de touristes. Et c’est magique. Même au mois de décembre, le soleil tape fort à midi. La nuit par contre, la température descend sévère.

Trois tribues bédouines vivaient sur le site depuis des lustres, jusqu’à ce que le gouvernement les relocalise dans de nouveaux villages à l’extérieur pour s’en mettre plein les fouilles avec les tickets d’entrée vendus à prix d’or. Rien n’est bien-sûr reversé aux bédouins. Aujourd’hui seule une tribue survit à Petra dans les caves, parties excavées dans la roche, que ce fut un tombeau ou un temple, avec pour revenu, les tea-shops, les promenades à cheval, et le racollage pour soit-disant obligation d’un guide sur certains sentiers. Leur technique est agressive, très agressive, notamment vis-à-vis de la femme occidentale. S’il y a eu des histoires d’amour interraciale dans le passé, voir le livre « Mariée à un bédouin » de Van Geldermalsen, aujourd’hui tous croient y avoir un accès libre, avec leur approche Groland, leur chanson romantique pitoyable et leur flûte. Et ça marche sur certaines… LA blague !

On accède au site par un étroit canyon en pente douce, le Siq, sur plus d’un kilomètre. Un peu avant l’entrée, se trouve deux blocs cubiques, appelés à juste titre « pierre des djinns ».

Tout comme dans Indiana Jones, le Siq débouche sur l’incroyable « Grand Trésor », ou Al-Khazneh : effet garanti. Son nom vient d’une légende : des pirates auraient cachés leur butin dans l’urne tout en haut de la façade, que des bédouins au début 20ième, dans leur ignorance, ont percé de balles pour voir s’il y avait quelque chose. On ne peut plus rentrer dans la structure : une série de caméras observe jour et nuit le site. Il y a un point de vue d’en haut du canyon, que les nomades vont essayer de te vendre sans relâche.

Puis l’espace va s’ouvrir, après être passé devant quelques tombes royales. On peut voir un amphithéâtre, et ce qui devaient être les habitations, une série de caves excavées dans la roche un peu partout autour. Un peu avant, part sur la gauche, un escalier taillé dans la roche qui mène sur le sommet plat du canyon.

On y trouve un espace avec deux obélisques pyramidaux de pierre face à face, et un peu plus haut, ce qu’ils appellent « place du haut sacrifice », où l’on trouve sculpté dans la roche, un autel, une base de temple et une citerne d’eau. Ce chemin redescend vers d’autres trésors, comme ce système de stockage et de distribution de l’eau. Plus bas, on trouve les thermes, et une salle étrange, qui fait penser à une piscine thérapeutique.

Une superbe série de tombes, et de temples d’inspiration sumérienne et on rejoint l’axe principal.

Revenons à l’amphithéâtre. L’espace s’aggrandit encore, et sur la droite en haut, on peut voir les « tombes royales », tombes, temples, immenses, les uns à côté des autres. Il semble que l’on soit sorti du canyon : en fait, il s’agit d’une cuvette plutôt plate avant de retrouver d’autres canyons. Là, on trouve le « Grand temple » romain dont il ne reste pratiquemment rien, au fond, un joli temple d’inspiration égyptienne, avec, sur la butte à droite, d’autres restes de temple et une église byzantine au sommet.

Un des plus beaux sites est ce qu’on appelle le « Monastère », ou Ad-Deir, 50m de haut sur 45 de large, une bonne demi-heure d’escaliers à travers un canyon de toute beauté.

Des chrétiens s’y étaient établis mais il est évident que ce monument massif était autre chose auparavant. Admirable.

Étant au bord du plateau rocheux, on peut aussi y admirer un vaste panorama sur le désert en contre-bas. Et on peut également voir au loin la tombe d’Aaron, le frère de Moïse, au sommet plat d’un autre plateau rocheux. Il faut passer par Petra pour y accéder au plus court (7-8h de marche).

Autant de canyons, de plateaux, de petits corridors, autant de trésors à découvrir. Le temps est malheureusement limité et c’est dommage.

Pour soit-disant économiser une nuit, nos 2 ados espagnoles ont eu la merveilleuse idée de tenter de passer la nuit sur le site, ce qui est évidemment formellement interdit. « The real bedouin experience ! »…Pauvres abruties !

Malgrès nos vaines tentatives de leur ouvrir les yeux, elles vont se trouver les 3 pires racailles du site, qui, on l’apprendra par la suite, n’ont même pas de respect pour leur propre clan. Ils sont donc surveillés de près par la police et les autres : il y a eu quand même une histoire d’empoisonnement d’un type pour essayer de violer sa nana, une histoire étouffée pour ne pas avoir le gouvernement impliqué.

Ils finiront donc par être virés par la police. Mon pote s’y est joint, pour garder un oeil dessus. Je le vois rappliquer au milieu de la nuit, puisqu’on partage la chambre, hein ! Elles prendront un dortoir à 5€ où elles ne dormiront pas, pour ne pas dépenser 20 € à 2. Mais elles finiront par se payer une nuit à presque 80€ sur la Mer Morte… Bref.

Elles ont contacté Ghassab, un local qui a passé 18 ans en Allemagne, un des rares sur lequel tu peux compter. On ira donc chez lui, dans un de ces villages spécial bédouin, juste au-dessus de Little Petra, à quelques kilomètres du site majeur. Un ami d’un ami de Suzanne, on a donc un super deal, et un tour gratuit dans le désert. Une américaine est là pour l’aider un peu dans son business de guide. La veille de Noël, il nous offre le repas dans une de ses caves. Au premier coup d’oeil, en parlant de nous, il dira à l’américaine : « mais qu’est-ce qu’ils font ensemble ? ». Encore aujourd’hui, je me demande.

Le lendemain, il va bien nous débriffer sur les conditions réelles des sites ici, et nous demander à surveiller les 2 imbéciles d’espagnoles. C’est grâce à lui si elles ont pû s’en tirer avec la police la nuit dernière. Il connait très bien ces 3 racailles, et c’est encore grâce à lui, que l’histoire d’empoisonnement n’a pas dégénéré.

Et l’ex-copine de Kerem viendra quand même me dire : « mais je ne lui dois rien ». Je l’aurais giflé.

On vient d’annuler le trip gratuit dans le désert (Wadi Arab) parce que madame est malade. En même temps, ça caille sévère.

Et rebelotte. Ces 2 connes se coltinent 2 racailles cette fois depuis Little Petra qu’elles vont ramener à la maison, alors qu’ils y sont interdit de séjour. Pas un mot pour les repousser, rien. Et encore, on était là. La tension monte sans un mot. Un des types lui a offert une boisson pour soigner son mal de gorge. Tu te rappelles l’histoire d’empoisonnement ? Ça fait rien, l’autre avale le truc. On est prêt à bondir. Parmi nous, il y a un « rangers » qui garde un oeil puisque Ghassab est parti. L’ambiance s’apaise quand ils partent et tout le monde va passer les 2 prochaines heures à essayer de leur faire comprendre les conséquences de leurs actes débiles…

Et bien devines quoi ? Elles ne vont rien trouver de mieux que de partir juste après et à la nuit vers un autre village bédouin. Du fond du désert où il était avec un groupe, Ghassab reçoit un appel des villageois l’avertissant de la situation. Ultimatum : si elles ne reviennent pas dans l’heure, elles ne reviennentpluus ici. On les voit rappliquer rapidos, mais toujours sans avoir appris la leçon.

Le lendemain, changement de plan à la dernière seconde, on remonte sur Amman au lieu de regarder les options à Aqqaba pour un ferry pour l’Égypte. Je vais amèrement regretter de ne pas être parti de mon côté, une décision que je ne me pardonne pas. Bon, je voulais aussi voir le site du Baptiste…ok…

D’Aqaba, il y a un ferry pour Nuweiba, et Dahab au sud, la ville balnéaire égyptienne au bord de la Mer Rouge, et ses sites de plongée. Le Mont Sinaï n’est pas loin. Un gars de Chypre m’en avait dit tant de bien. Plus chaud, moins cher, plus cool… Le problème est le prix A/R du ferry : 160$ ou plus, avec à refaire le visa jordanien (où ?), puisque celui payé en ligne avec le Jordan Pass n’a qu’une entrée simple. Parce que là, les bédouins, j’en cognerais bien un ou deux. En discutant avec l’américaine, je me suis rendu compte de la réalité du village. Ghassab se demmerde donc il a réussi, et quand il est pas là, on vient se servir. Il a dû faire le ménage autour de lui.

Bref retour sur la pluie glaciale de la capitale, mais plus de « habibi » cette fois.

La Jordanie est aussi une terre d’accueil. Beaucoup de syriens, forcément ; les plus sympas d’ailleurs. Et ne leur parlez pas d’Isräel : c’est la Palestine, ce qui est vrai.
« T’as construit ta maison avec tes mains, tu y vis avec ta famille et un jour, y a un type et sa famille qui vient s’installer dans la moitié, en disant que c’est à lui. » Méthode isräélienne, approuvée par l’ONU, et les ricains.

Madaba, la ville des mosaïques, et fief chrétien. La Bible à ciel ouvert : dans cette région du monde, on peut voir l’emplacement de la plupart des villes historiques qui y sont citées.

Et on recommence : incapables de prendre une décision, ils me reprocheront d’avoir réserver 3 nuits dans un hotel, pour finalement y rester 4 nuits….

On partage les chambres n’est-ce pas, 2 et 2. Mais comme les amoureux sont pingres, et dehors il fait froid, et que la lesbo ne peut plus voir Kerem en peinture, alors tu les voies rappliquer dans ta chambre pour passer du temps côte à côte mais sur leur téléphone, alors que tu as envie de te reposer. What the f…?

Il m’a fallu 2 jours pour les convaincre de partager un taxi et faire 3/4 sites dans la journée. Mais même si tu leur dis « demain telle heure », les ados en sont incapables. Pas avant 10-11h. On attend, on attend, et on renvoie le taxi, 1, 2 fois. Insupportable.

Maqaba fut la nouvelle capitale après Petra (2-7ième siècle). On y trouve beaucoup, beaucoup d’églises, avec mosaïques au sol, le classique de l’époque. Jusqu’à ce qu’un évèque (?) ne s’en offusque et fera enlever tout visage ou représentation du corps, laissant les compositions défigurées.

Notons la basilique grecque orthodoxe St George avec la plus vieille carte de la région en mosaïque. Le parc archéologique, dont la rosace géométrique au sol du Hippolytus Hall, salle principale, est un puissant dessin dynamique. Les cryptes de l’église du prophète Elie. Et bien d’autres.

Si la ville regorge de trésors archéologiques, côté bouffe, c’est la misère.

Mount Nebo, au nord de la ville, est l’endroit où Moïse mourut en apercevant la Terre Promise. Les dernières collines rocheuses avant la vallée plate du Jourdain. On y a construit une église, avec multiples additions au cours des siècles, et où les messes commanditées se suivent.

On peut y admirer de superbes mosaïques. L’énergie est certes spéciale. Tout comme le panorama. En contrebas, il y a une source d’eau dit de Moïse, avec un fort taux vibratoire. Jéricho en face, et Jérusalem qui n’est pas si loin.

On est au ras de la frontière avec l’Israël, et donc par mesure de sécurité, on doit prendre un bus (on prendra le dernier de justesse) qui va traverser un no man’s land au ras du grillage-frontière, jusqu’au fleuve du Jourdain. On voit des églises neuves de différents styles mais vides, dans un silence de mort, avec l’armée qui veille.

Ils ont retrouvé le site présumé du baptême du Christ, en se basant sur des commentaires du 3 ou 4ième siècle décrivant l’endroit. La rivière ne coule plus à cet endroit aujourd’hui, mais on peut voir les fameuses marches de marbre qui descendent, et les ruine d’une église au-dessus.

On continue vers la rivière actuelle, la frontière, où on peut voir sans mal, à 5 mètres max, le côté isräelien qui célèbre en musique, avec filles en maillot sur un quai aménagé, tandis que de ce côté, le panneau police se noit en silence, sous le regard froid des mitraillettes.

Jérusalem est à 19kms… Alors oui, on y pense. Mais si un européen peut rentrer sans problème en Isräel (90 jours gratuit), il me faudra revenir pour mon vol depuis Amman. Frais de sortie isräélien : 60$. Plus un nouveau visa jordanien, même de transit. Ça fait vite cher la semaine. Et un vol Jérusalem-Amman est bien sûr hors-de-prix. Là non plus, ça ne devait pas se faire.

Coucher de soleil sur la Mer Morte, d’une des plages non-payantes (rares), et fermée par l’armée dès 17h puisque bon nombre ont tenté de traverser ici vers un avenir meilleur. Surveillance par hélico.

Le lendemain, Kerem me plante là au taxi, il repart seul vers Amman (un nouveau coup de théâtre). Je vais voir un autre site de mosaïque, Umm ar Rasas, ancienne garnison romaine devenu village chrétien. Quelques mosaïques, au milieu d’un champ de pierres retournées, où on peut encore voir la construction des toits de l’époque : des dalles de pierre, reposant sur des voutes en pierre. Toit plat, de terre et pierre. L’eau était sous la ville, dans d’immenses cavités souterraines, dont on voit les puits ronds.

Une impressionnante vue sur le Wadi Mujib, surnommé le Grand Canyon de l’est, au-dessus du barrage, depuis Al Lahun.

Et un tour sur cet étrange site qu’est Mukawir, ancienne garnison romaine sur un promontoir étrange, là où le Baptiste est supposé avoir été décapité. Avant les romains, ce devait être un sanctuaire ou un lieu de culte, tant cet endroit est étrange. Un énorme réservoir (plusieurs centaines de mètre-cubes) a été creusé au sommet. La vue sur la Mer Morte est bluffant.

Pas très loin se trouve les bains de Ma’In.

Retour à Amman, pour le dernier acte.

Visite de Jerash, au nord d’Amman, une superbe ville greco-romaine et ses magnifiques vestiges. Le temple de Zeus et ses colonnes gigantesques, l’inachevé temple d’Artémis, le cardo avec ses colonnes, les façades sculptées des fontaines, etc… On peut encore voir les anneaux en fer (?) des regards en pierre donnant accès aux canalisations sous les rues.

Ça y est, une fois de plus, on est encore arrivé au point où une Grande décision est à prendre : mon pote doit parler à son espagnole, ça ne va plus. Gigi « rien à foutre » fuit le mélodrame théâtral et finalement, ils décident de ne plus continuer comme ça.

Juste un ènième répétition du même épisode, mais en moins dramatique. C’est officiellement fini, ce qui n’était d’ailleurs pas complètement officiel avant non plus…

Lorsque je monte dans le bus qui m’amène à l’aéroport, j’ai cette impression de sortir d’un cauchemar.


O brother…

La Turquie, ça faisait longtemps. Je vais retrouver mon pote Kerem, et ses plans foireux. Cette fois, j’en suis bien conscient. Et puis je n’avais pas beaucoup d’idées pour cet hiver. Ah, je vais pas être déçu.
D’abord Istanbul, cette immense mégalopole de 20 millions d’habitants qui continue de fasciner tous ceux qui la visitent. À cheval entre Europe et Asie, que le détroit du Bosphore sépare, cette ville a manifestement quelque chose de magique.
Il faut laisser Sultanahmet et Taksim pour goûter la Turquie côté asiatique autour de Kadikoy. On logera chez une pote à lui, très sympa. On trouve juste à côté le fameux « kukies », un resto-bakerie à la turque, où on te fait goûter tout ce qui sort du four. Forcément, ça fait rester, surtout lorsque dehors t’attend la pluie hivernale. Mon pote est un fin connaisseur de la cuisine turque (jusqu’à en être chiant), et donc on visitera QUE les restos.

Mise à part Hagia Sofia (« Sagesse Sacrée »), une superbe ex-cathédrale grecque orthodoxe transformée en mosquée. Construite de 537 jusqu’en 1453, elle restera pendant presque 1000 ans, la plus grande cathédrale du monde, avant que Séville ne lui vole la vedette. Consacré au Logos, un autre nom pour le Christ. Je vous laisse le soin de regarder les détails sur Wikipédia.
Et on ne construisait pas n’importe où à l’époque, comme on fait aujourd’hui. Surplombant le Bosphore, on trouve forcément sur le site des phénomènes géobiologiques remarquables, parfois marqués au sol. Malheureusement trop de monde, surtout un vendredi, pour réellement les étudier.
De belles découvertes. C’est là où je vais me familiariser avec le myrrhe, l’encens du Christ on va dire, et la myrthe, associées au secrets d’Éleusis et consacrée à Aphrodite.
De là, un vol pour Dalaman tout au sud et retrouver un vrai plan foireux. Mon pote séjourne chez un « docteur » guérisseur qui n’utilise que des plantes. Il a une vraie connaissance, et en a sélectionné 1000, ce qui est suffisant d’après lui pour tout guérir. Et il a guérit des cancers entre autres ; on vient le voir d’un peu partout. Il a un petit local, où il fait sécher ses plantes et mon pote l’aide à faire ses préparations : il est supposé apprendre. Mais le doc dans la cinquantaine avancée, est alcoolique : il fait même son alcool. À partir de 4-5h du soir, parfois bien plus tôt, l’atmosphère devient vite glauque, lourde, et qui continue de s’alourdir d’heure en heure, à mesure que le doc se noit. Tout le monde s’efface pour ne pas réveiller le monstre. Il vit quand même avec une nana plus jeune un peu spéciale (il faut l’être), qui gère le côté administratif. Sans elle, il est perdu. Elle a vécu en Allemagne et parle bien mieux anglais.
Mon pote est surtout là parce qu’il est nourrit et blanchit, et il peut fumer tant qu’il veut. Tous ses plans tourne autour de ça. Et c’est pour ça que c’est foireux. Il doit faire quelques heures de boulot, mais à l’entendre, c’est un esclave… Le doc n’a pas perdu pas la boule, et voit très bien comment est mon pote. L’apprentissage est laborieux.
Avant de descendre vivre sur la côte, le doc s’était construit un chalet dans les montagnes pas très loin, dans une superbe forêt de sapins. On aura la chance d’y aller…que pour une heure ou deux.
Le doc a eu certaines expériences là-bas, et le lieu est vraiment spécial, il est vrai. Mon pote y a passé un hiver, avec le minimum et la neige, et ça lui a fait du bien. Le problème, c’est l’eau. Il y a bien une source, mais elle est loin (2h à pied). Il fait vraiment froid, en cet fin novembre. Dommage. Ils finiront par s’engueuler, ce qui nous permettra de claquer la porte et aller vers un autre plan vers Antalya.

On ira chez un vieux couple de zicos sympathiques, qui ont bien baroudé et qui avaient une guesthouse sur la côte. Avec le développement sans controle et l’ambiance qui va avec, ils ont décidé de tout vendre et de venir s’installer dans cette paisible forêt de pins, avec de la myrthe partout. C’est une sorte de ferme woofing sans en être une, atypique. Tout est de bric et de broc, la plupart donné par des amis. La douche est solaire, ce qui nous vaudra une douche hebdomadaire, lorsque le déluge veut bien s’arrêter. Par chance, il y a une baraque en construction où je pourrais m’installer. Un détail mais mon pote dort à l’intérieur avec le poêle à bois, et je campais à l’extérieur. Les quelques jours de beau du début ont fait place à un déluge permanent. Les nuits sont froides, les jours pluvieux. Et ce n’est pas vraiment intéressant de rester enfermé avec tout le monde qui fume la journée longue. Cette baraque fut vraiment une bénédiction. On se fera rattraper par la neige à peine plus haut, avant de partir vers Konya.
Là encore, mon pote s’en donne à coeur joie sur la fume, et sur le frigo (et la bouffe que j’ai payée en grosse partie…) à tel point qu’ils vont venir s’en plaindre. Rebelotte : plus de boulot, l’autre se plaint, tout en donnant en plus des leçons aux autres, etc… Je fais mon truc dans mon coin, point.
Après une dizaine de jours, on a un vol pour Ankara, que l’on manquera parce que l’autre voulait s’arrêter manger quelque chose…
On séjourne chez ses vieux, un couple avec la vraie hospitalité turque. Et mon pote qui n’a toujours pas de tunes, s’est commandé un téléphone à plus de 400€…

Un mot sur le train turque, surtout entre Ankara et Konya. Chaque année, il déraille avec quelques morts au passage. Le train qui a suivi le nôtre n’a pas échappé à la règle : 20 morts.

La suite vaut un livre. Il a rencontré une espagnole l’année dernière avec qui « c’était magique »… Son idée fut de l’inviter à partager ce voyage en Jordanie. Une pote à elle est venue aussi. Un voyage cauchemar, dont les prémisces se feront sentir à Konya, la ville où ils se sont rencontrés.
La neige couvre les collines lorsqu’on arrive à Konya, la ville du soufisme, dont la belle époque remonte à Rumi, le fameux poète perse du 13ième siècle, né en Afghanistan, connu sous le nom de Mevlana, (« notre maître »), et son maître, Shams Tabrizi, qu’il rencontrera ici. Leur rencontre fait encore écho de nos jours.

Le mausolé à son nom attire de nombreux pèlerins venus lui rendre hommage, dont beaucoup d’iraniens : la présence du maître se fait encore sentir. Après lui, ses élèves vont fonder l’Ordre Mevlevi, ou l’Ordre des Derviches Tourneurs, qui influencera profondément le soufisme jusqu’à aujourd’hui. Ataturk l’avait interdit, avant d’être remis au goût du jour.
En l’honneur de Rumi, chaque année pendant une dizaine de jours, est organisé le festival soufi « Seb-Ãrus ». Cette année (2018), c’est la 745ième année après la mort de Rumi.
Chaque jour, on peut voir gratuitement et apprécier la dance des Derviches, appelée Sema, en musique. Voir et comprendre leur chorégraphie d’où se dégage un profond respect. Le programme du soir est payant. Autour de Mevlana, on organise des soirées privées mais ouvertes à toutes, où la musique populaire est à l’honneur. C’est un peu les soirées hippies, avec le côté mystique, et surtout sans les dreadeux en trance (ouf !). Une vraie belle énergie de partage.
Il y aussi le Sikhr (sikir), où j’accroche pas vraiment. Dans une salle, les hommes devant, les femmes derrière, on va répéter/chanter/hurler ? le nom d’Allah jusqu’à la trance. Il y a bien de la musique, mais l’énergie parait brutale, presque fanatique.
Cela reste un très beau évènement. On peut également découvrir les instruments de musique et leur fabrication, les fameuses peintures réalisées sur/dans l’eau (le résultat est plutôt psychédélique), les calligraphies, la confection des chapeaux en feutre, etc….

Le vieux maître dervishe (sikke rouge, le chapeau de feutre conique) entre en dernier sur le sema, une « scène » ronde de parquet poli. Comme les autres, il a salué avant d’entrer, comme un judoka salue le tatami. Il va rejoindre une peau de chèvre posé à terre, parfois tentée en rouge, qui signale sa place. Les dervishes attendent par ordre d’ancienneté en bordure et à sa gauche. Salutations. Puis le plus vieux d’entre eux s’approche du maître de cérémonie, salue, et s’approche à portée pour que le maître de cérémonie l’embrasse sur le sikke. C’est alors que le dervishe va commencer à tourner, les autres vont répéter la même gesture. D’abord les bras sont croisés sur le torse, puis descendent sur les hanches, le long du corps, pour remonter petit à petit dans leur position tendus vers le haut. Chacun adapte selon son confort, la tête est parfois penchée, tournée, un bras légèrement plié etc…
Lorsque tous les dervishes sont passés devant le maître, la dance ne dure pas très longtemps. Il y a toujours quelqu’un qui seconde le maître et qui surveille les dervishes « en trance ».Tous s’arrêtent à un signal. On se regroupe en périphérie. Salutations. On repasse devant le maître. Etc…
La dernière session, le maître s’avance au milieu des autres mais tourne bien plus lentement en se tenant le col d’un bras. On se regroupe en périphérie puis chacun passe devant le maître, empoigne sa main droite (type bras de fer) et chacun embrasse la main de l’autre. Tous vont répéter ce geste : le dervishe le plus âgé va passer à droite, le deuxième plus vieux après lui, etc, et chacun va embrasser la main de chacun (excusez la formule…) jusqu’à ce que le plus jeune soit passé. Salutations. Le maître traverse la scène, saluera avant de partir. Suivit de tous les autres…

La soirée de clôture se déroule dans un stade avec le président Erdogan, accompagné de toute ses huiles. Après les élocutions vides des bien placés, un orchestre nous fait une version pop soft d’un morceau déjà entendu ailleurs chez les derviches : on voit clairement à qui c’est destiné. Suivent au moins une quarantaine de dervishes avec le remplacement de l’orchestre (merci), pour un show impressionnant. (Vidéos sur youtube)

C’est là où tu peux contempler le pathétisme de la nature humaine. Puisque les salutations des derviches prenaient trop de temps, on allume les lumières, et on voit alors que la plupart des huiles avaient déjà désertée. Le fan club des huiles s’amassent autour des verreux, applaudissements, on crie, on accompagne les huiles jusque dans les vestiaires. Les dervishes sont encore sur la scène, à faire leur truc, imperturbables. C’est quand même en leur honneur que ce festival a lieu. Les dervishes un fois sortis, le peu de monde respectueux qui reste va enfin applaudir.
O brother….vous l’aviez oublié n’est-ce pas ?…
Kerem et son espagnole, ils sont ensembles mais pas ensembles. Une minute, c’est l’amour, l’autre, on s’écharpille. Les journées sont longues… Et pour des raisons qui ne valent même pas la peine de les écrire ici, tant c’est futile. Ils se voyent 2 semaines tous les 6 mois, forcément c’est compliqué. Lui, en concours pour la meilleure performance théâtrale du siècle, et l’autre, une ados compulsive de 35 balais « je fais ce que je veux et je t’emmerde »… Elle a fait du mannequina, faut dire. Sa pote, une lesbo sympa mais tout aussi perdue, qui n’est jamais sortie de son pays. Le moindre mot crée des ouragans émotionnels : on se croirait au collège, option théâtre.
Oh happy days…

Et on va en Jordanie ? Ensemble ?…

O2 Backpacks

Il m’a fallu renvoyés 3 sacs (Osprey, Granite Gear,…) avant de prendre la décision l’été dernier de fabriquer mon propre sac, avec mon propre cahier des charges, puisque le marché de l’outdoor reste insatisfaisant. Des heures et des heures de recherches sur le net pour les matériaux, et assez d’inspiration pour sauter le pas.
Un sac le plus simple possible, et pour cause, je couds à la main, pas de machine. Un sac étanche, facile à vivre, modifiable et confortable, le tout aux alentours du kilo, pour porter une quinzaine de kgs. Et un fond plat pour tenir debout TOUT SEUL SVP.
Challenge réussi : O2 backpacks, le premier du nom est né. Parce que 2 « O » en acier, pardi !!!

Basé sur le système de portage très satisfaisant de mon ancien Osprey Variant 52 modèle 2012, il fait 1.100kg, soit 1/3 en moins que l’Osprey, pour la même capacité, +ou- 50l.

Barre centrale de soutien extérieure, et amovible, recyclée d’un autre Osprey dur à cuire modèle 1999 : remplace la plaque intérieure que l’on voit souvent sur les sacs UL. Plus costaud, et plus confortable, tout en laissant au sac une certaine souplesse. Elle vient se loger dans un adaptateur qui m’a permis d’utiliser la ceinture du Variant sans rien modifier.

Les deux bretelles sont reliées par une double pièce de Cordura 400D, elle-même cousue au sac. Une sangle de 20mm renforce le point d’attache de chaque bretelle. Voir 2ième photo. La jointure entre cette double pièce et le corps du sac a été étanchéifiée par du Seamgrip. À toute épreuve…

Renfort des bretelles ergonomiques au niveau des épaules en polyéthylène souple 2mm. Mousse Evazote 10mm, tout simplement incroyable ; dommage que ce soit trop lourd pour un matelas de sol, le confort est remarquable quoique trop chaud. Recouverte d’un mesh 3D noir, dont le quadrillage 3D justement a l’avantage de mieux respirer et donc de sécher plus rapidement.

Dessus des bretelles et pièces de renfort en Cordura étanche 400D ; bref on vous l’a dit, à tout épreuve.

J’ai utilisé le fameux packlight VX21, le nouveau classique qui a remplacé le non-moins fameux Dyneema, qui lui, n’était pas très étanche apparemment, et plus coûteux. Intérieur blanc pour plus de luminosité : ça m’avait fait aussi sourire jusqu’à ce que je me rende compte maintenant que c’est mieux.

Design tube : une couture sur tout le long, qui se cache derrière la barre centrale. Plus large en haut qu’en bas, et plus profond aussi : c’est un peu la hotte du Père-Noël. On parle ici d’une différence de moins de 10cms.
Coutures étanches grâce au Seamgrip.

Fermeture classique sac étanche « roll-on » : 3 tours et c’est étanche. J’ai dû y coudre un velcro à l’intérieur, pour la bonne et simple raison que sans, ça s’ouvre tout seul. On retrouve ce même velcro chez tous les confrères UL.

Ce genre de sac a tendance à partir vers l’arrière. Pour corriger ce problème, les 2 extrémités de l’ouverture viennent se rabattre (ou se cliquer) sur les bretelles, avec ajustement : un système 2-en-1 pour fermer et ramener le sac contre le dos.

Les cordelettes de compression 4mm se rejoignent sur la face arrière par 2 fois sur 2 « O » en acier. L’ensemble est facilement ajustable, et complètement amovible, et/ou peut être remplacé par des sangles 10mm. Grand nombre de combinaisons possible, selon les besoins. Ai rajouté en bas, entre le bas du ventre et le dessous plat, une protection en Cordura pour protéger cette zone qui souffre le plus lorsqu’on pose un sac chargé (voir 1ère photo).

Une large poche intérieure pour les babioles. Et une grosse poche +ou- étanche à la ceinture, un truc que je rêvais depuis longtemps. Enfin un endroit pour mettre mon téléphone, les tunes, cartes etc… Tout est là, immédiatement accessible.

Et pour les puristes, j’ai utilisé un fil nylon 60Nm, doublé, puis quadruplé. Et des aiguilles de merde…pardon, normales.
Emporté en voyage, il fait merveille. Tout d’abord, le confort m’a agréablement surpris. Facile, pas de zips-poches inutiles.

Évidemment je le protège au passage des aéroports et de leurs services déplorables.

MAIS, mais, mais…comme rien n’est jamais parfait, j’ai appris de mes erreurs.

Essayez de rouler une feuille de papier en tube conique. Les 2 extrémités ne sont ni parallèles ni régulières : pratique pour coudre un fond plat….J’ai dû donc retailler et perdre de précieux centimètres pour la fermeture du sac, qui est désormais trop juste. Dommage.

Autre conséquence : le dernier point de rappel pour les cordelettes de compression (au-dessus des bretelles) est donc un peu trop haut, et ne sert pas vraiment à grand-chose.
Les attaches du col « roll-on » avec les bretelles ne permettent de régler la longueur des sangles que dans un seul sens, ce qui est un sérieux handicap sur une bretelle. On ne peut le régler qu’une fois le sac posé… Au lieu de recycler mon vieux matos, je vais acheter des « buckles » double-sens…

Pas si pratique les noeuds marins des cordelettes. Ne jamais les défaire totalement, sinon tout le système s’effondre. Mais ce fut vite monté…

Le design tube expose les coutures du fond plat en première ligne. Prochaine édition : design en « U », avec la même profondeur en haut et en bas cette fois.

Moins important, la ceinture a tendance à se séparer de la barre de soutien lorsqu’on manipule le sac en touriste dans un bus : un peu ennuyeux.
Sans plaque intérieure, le dos a tendance à s’arrondir et faire parfois appuyer la barre de soutien sur la colonne : loin d’être inconfortable, se sent en fait surtout sur des mouvements de rotation brusque ou en se baissant.

Et ce velcro que je ne voulais pas mettre : on s’y accroche régulièrement. Il faut rouler le col pour pouvoir « travailler » correctement.

Le VX21 est un peu fragile avec ces 70D. Le prochain, je lui colle le VX42, avec 400D, pour pas grand-chose de plus en terme de poids. Et les attaches rapides type escalade me font bien envie, plutôt que les attaches classiques en plastique, plus légères.
Fabriquer son matos est une belle prise de tête, et une belle aventure. Tu sais de quoi tu parles. Malheureusement et encore une fois, les lois économiques européennes nous brident sur des matériaux comme le Dyneema pour les tentes : prix ×2 minimum !!! C’est beau l’Europe hein ?

Fournisseurs :

extremtextil.de (cher)

profabrics.co.uk (choix limité)

Householder

« To Potaliya », Majjhima Nikaya 54.

« …Householder, there are these eight things in the Noble One’s Discipline that lead to the cutting off of affairs. What are the eight ? With the support of non-killing of living beings, the killing of living beings is to be abandoned. With the support of taking only what is given, the taking of what is not given is to be abandoned. With the support of thruthful speech, false speech is to be abandoned. With the support of unmalicious speech, malicious speech is to be abandoned. With the support of no rapacity and greed, rapacity and greed are to be abandoned. With the support of no spite and scolding, spite and scolding are to be abandoned. With the support of no anger and irritation, anger and irritation are to be abandoned. With the support of non-arrogance, arrogance is to be abandoned. These are the eight things, stated in brief without being expounded in details, that lead to the cutting off of affairs, in the Noble One’s Discipline »….

Right now there are Tibetan Buddhist monks in a temple in the Himalayas endlessly reciting mantras for the cessation of your suffering and for the flourishing of your happiness. Someone you haven’t met yet is already dreaming of adoring you. Someone is writing a book that you will read in the next two years that will change how you look at life. Nuns in the Alps are in endless vigil, praying for the Holy Spirit to alight the hearts of all of God’s children. A farmer is looking at his organic crops and whispering, « nourish them. » Someone wants to kiss you, to hold you, to make tea for you. Someone is willing to lend you money, wants to know what your favorite food is, and treat you to a movie. Someone in your orbit has something immensely valuable to give you — for free. Something is being invented this year that will change how your generation lives, communicates, heals and passes on. The next great song is being rehearsed. Thousands of people are in yoga classes right now intentionally sending light out from their heart chakras and wrapping it around the earth. Millions of children are assuming that everything is amazing and will always be that way. Someone is in profound pain, and a few months from now, they’ll be thriving like never before. From where they are, they just can’t see it . Someone who is craving to be partnered, to be acknowledged, to arrive, will get precisely what they want — and even more. And because that gift will be so fantastical in it’s reach and sweetness, it will quite magically alter their memory of angsty longing and render it all « So worth the wait. » Someone has recently cracked open their joyous, genuine nature because they did the hard work of hauling years of oppression off of their psyche — this luminous juju is floating in the ether, and is accessible to you. Someone just this second wished for world peace, in earnest. Some civil servant is making sure that you get your mail, and your garbage is picked up, that the trains are running on time, and that you are generally safe. Someone is dedicating their days to protecting your civil liberties and clean drinking water. Someone is regaining their sanity. Someone is coming back from the dead. Someone is genuinely forgiving the seemingly unforgivable. Someone is curing the incurable. You. Me. Some. One. Now. ~ Danielle LaPorte via Mary Standing Otter ART: Caroline Maniere

https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=730128560696899&id=100010992853459

L’agriculture du génocide

https://youtu.be/Yq4GIMnxgKs

Un documentaire très révélateur de deux ingénieurs agronomes qui ont quitté le cursus bête et méchand pour dénoncer cette agriculture du génocide et offrir des solutions pour simplement redonner vie à la Terre.

On passe aussi par le mythe du labour, le mythe du plus gros tracteur = les plus grosses couilles, la qualité de ce qu’on enseigne aujourd’hui aux ingénieurs (ça, on s’en était déjà rendu compte), etc…

On défonce le sol, on le tue, du coup on a besoin d’apports chimiques pour cultiver, qui contribue par ailleurs à l’appauvrissement du sol. On produit une plante malade maintenue artificiellement, qui rendra le corps malade, et aura donc besoin d’apports chimiques (« médecine » comme ils disent, et produit par la même boite !)…

Des solutions : http://www.lam-21.com/artc/fr/

Ps : d’autres vidéos sur youtube ; chercher Claude Bourguignon.

Comme celle-ci : https://youtu.be/VS10A0vQ_tc

Le lait de vache, ce beau poison…

Le lait de vache pasteurisé contient 59 hormones actives, 53 puissants antibiotiques (juste 100 fois plus qu’il y a 25 ans), quelques herbicides, pesticides, et dioxines (juste 200 fois le seuil de risque), un peu trop de pus, de sang et de merde, sans compter l’impact sur les animaux eux-même : une vache laitière produit 10 fois plus qu’il y a 50 ans.

80% des vaches américaines sont atteinte de leucémie….. et nourries comme les consoeurs européennes de maïs OGM et autres farines animales, que l’on retrouve dans la plupart de croquettes pour chien et chat, appelées pudiquement « protéines animales »…

Mais buvez du lait, c’est tellement bon pour votre santé !!!

Même chose pour les fromages : « coeur de lion »? Non, coeur de Monsanto !

https://www.scoop.it/t/produits-laitiers-pasteurises-danger : une série d’articles pour se réveiller. Il n’est jamais trop tard.

La troisième révolution

Lettre de Fred Vargas : la troisième révolution

Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.

Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal.

Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s’est marrés.
Franchement on a bien profité.

Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.

Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.

« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.

Oui.

On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié :
Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi.

Évidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix. On s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.

Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille, récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés).

S’efforcer. Réfléchir, même.

Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.

Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d’échappatoire, allons-y.

Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.

Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore ».

Fred Vargas
Archéologue et écrivain

Les vacances au Lanka

Un retour de quelques semaines sur l’île avant le vol vers l’Europe, et un peu de tourisme pour découvrir la côte Est.
En sortant de l’aéroport, je réalise qu’il fait moins chaud ici qu’à Pénang ! Je n’aurais pas parier gros là-dessus.
Longtemps interdite pour cause de guerre civile, la côte Est de l’île semble offrir des (centaines ?) kilomètres de plages sauvages, parsemées de village de pêcheurs en majorité musulmans. L’océan y est plus agité et le tourisme n’a pour l’instant touché que certains spots protégés où la baignade est sans risque, mais le développement va très vite depuis la fin de la guerre.
Trincomalee est la grosse bourgade du nord, que l’on rejoint après avoir traverser une région très plate, parsemée de nombreux lacs, parfois très grands. Une petite ville paisible avec un incroyable resto vég tout près du terminal de bus. Même si l’immense baie est sympathique, on vient ici surtout pour Uppuveli et Nilaveli plus au nord.
On quitte le Sri Lanka lorsqu’on approche de la première, un endroit mystérieusement élu chic sur les kilomètres de plage ininterrompus depuis Trincomalee : chaque mètre carré a été vendu à des grands hotels, déjà construits ou en voie de. Ils ont découpé le territoire en parcelle entourée de hauts murs avec un signe « à vendre » ou « vendu ». C’est heureusement la basse saison et on peut encore négocier sa chambre. Les prix s’envolent pour le reste.
La plage est certes sympathique mais rien d’exceptionnel, sauf ce bunker, vestige de la guerre, devant lequel les poubelles s’entassent. C’est la limite officielle entre la plage touristique et le chiotte des pêcheurs, qui viennent reluquer le touriste entre deux bronzes. Pas de sales bestioles dans l’eau, qui n’est pas forcément d’un bleu irréprochable non plus. La nuit, seuls 2 ou 3 bars-restaurants (pour l’instant) illuminent le sable. Un d’entre eux essaie un boom-boom-boom timide pour les trois pelés en terrace.
Nilaveli est plus tranquille encore, mais sans ombre sur la plage, et ici, l’ombre, ça compte beaucoup. Plus haut, c’est le désert humain ou presque.
Le bus longe la côte vers le sud, et c’est tant mieux : on peut apprécier les kilomètres sauvages où le tourisme ne s’est pas encore arrêté. Jusqu’à Passikudah, où on sent une nouvelle fois le cirque qui recommence. La plage sera de sable blanc, dans une baie calme propice à la baignade, mais aussi aux algues marines qui viennent un peu ternir le tableau.
On descend toujours et les villages deviennent de plus en plus musulman. L’impression d’être au bout du monde.
Les voyages en bus sri-lankais, s’ils ont l’avantage de pouvoir apprécier le paysage vu la vitesse moyenne ridicule du machin, se transforment assez vite en cauchemar interminable quand ils se croient obligé de battre des records de capacité. Plus d’air, plus de paysage, et trois ou quatre types affalés sur ta tronche, ou le bide moue d’une mama bien en chair et avec le sourire, ravie de voir d’aussi près et dans le bus un de ces étrangers, certes en train d’étouffer dans le gras, mais la vie est dure ici aussi.
Pottuvil est la ville avant Arugam bay, le spot de surf probablement le plus connu de l’île. Une longue plage coupée en deux par un passage qui disparait presque à marée haute, alimentant un vaste lagoon intérieur. À partir duquel commence le village des touristes, un autre genre cette fois, la culture surf n’drugs, heureusement là encore, hors saison. Sans parler de la faune festive qui devrait arriver en masse d’ici deux semaines, puisque le temps se gâte à Mirissa au sud (la Goa sri lankaise), on trouve plusieurs pics, dont le plus intéressant est « Baby point », une belle droite sur du reef, au bout de la baie. Il faut suivre les locaux pour découvrir les autres spots plus au sud selon le swell.
De là remonte une route vers les hauteurs des plantations de thé, et les villes touristiques comme Ella, un joli site devenu une caricature dont on m’a fortement conseillé d’éviter.
J’avais eu beaucoup de mal à croire à des montagnes au Sri Lanka, mais il parait qu’il peut geler à certains endroits, une chose très difficile à imaginer du bas des plaines suffocantes.
Le relief ondule à partir de Monagala, la route se fait sinueuse, les points de vue de plus en plus intéressants. Les plantations de thé commencent à apparaitre, jusqu’à devenir omniprésentes, partout où l’homme peut marcher.
La chaleur est encore bien pesante à Badulla. C’est le début (ou la fin) de la ligne de chemin de fer la plus prisée des touristes, et la plus chère forcément, en direction de Colombo. Elle passe par d’incroyables panoramas, différentes altitudes jusqu’à presque 2000m pour redescendre vers la folie urbaine de la capitale. C’est simple, le ticket jusqu’à la prochaine station (2-3 kms) ou jusqu’à Colombo (200 bornes), c’est le même prix. Tu veux une réservation pour un siège ? C’est 5 fois le prix. Et tout est déjà réservé à l’avance. L’idée de prendre le train depuis Badulla, passer les sites notables comme le pont aux 9 arches, descendre à Haputhale pour quelques jours et remonter dans le train jusqu’à Kandy, devient un bus qui vient ajouter quelques heures de plus de fatigue, et passer subitement de l’été tropical à l’hiver anglais. Pluie et brouillard. Les chambres ont cette odeur moisie désagréable. Si la côte Est, où la saison va commencer, est sous le soleil, la saison se termine dans les montagnes, où il pleut de plus en plus souvent. La mousson arrive sur le sud-ouest de l’île.
Haputhale, un tout petit village sur une crète à 1431m d’altitude, une situation privilégiée pour un panorama incroyable…les bons jours. Bien moins fréquentée que d’autres, il doit quand même y avoir plus d’hotels que d’habitants.
Le soleil se lève sur le haut des , les creux étant encore noyés sous la brume. On peut y apprécier de bien curieuses lignes végétales que sont les plantations de thé, qui suivent les ondulations des collines, qui font et refont le paysage, et qui donne à l’ensemble un air de gigantesque jardin anglais.
Le train, qui est plus confortable que je ne l’aurais imaginé, va continuer à grimper jusqu’à Pattipola (1898m), le point le plus haut, en passant par une belle forêt de vieux eucalyptus majestueux. L’air y est frais comme si la glace était tout proche.
Un coup d’oeil sur le début du parc national de Horton plains, un plateau entre 2100 et 2300m et ses espèces endémiques, avant de redescendre doucement, à travers un paysage de plus en plus chaud et peuplé.
Kandy, la ville touristique par excellence autour de son petit lac, et le fameux temple de la « Dent », une relique du Boudha conservé ici. On y trouve aussi le siège de la Buddhist Publication Society (BPS).
La spécialité, le jus de fruit frais. À une époque, un type a eu l’idée d’en faire et maintenant, y a pas un resto sans son jus de fruit. La bonne température, de bons restos, les bakeries avec toutes les douceurs sri lankaises, bref on se rattrape après la bouffe infecte d’Haputhale. Ça reste une ville et le calme de la côte me manque.
Retour au monastère Na Uyana, pour plusieurs raisons, notamment celle de ne pas être dehors pour le long week-end de célébration de fin d’année sri lankaise (13-14-15 avril). J’arrive dans les heures creuses où je ne trouve personne. Je dois attendre 16h pour revoir des visages connus. Je vais passer 2 semaines « en bas », dans le vortex politique du monastère, loin de l’isolement béni précédent.
Ñanavira et son livre « Clearing the path » (d’où est tiré le post « In and Out »), est une référence (enfin pour tous qui ne sont pas noyés dans la superstition religieuse). D’origine anglaise, il a vécu les vingt dernières années de sa vie au Sri Lanka où il fut ordonné moine. Souffrant terriblement de plusieurs maladies, il atteindra le premier des 4 stages d’éveil, avant de finir tragiquement. « Les sri-lankais ne sont pas équipé intellectuellement pour pouvoir comprendre le Dhamma ». Si cela peut choquer, il n’en est pas moins vrai.
L’homme asiatique a sû conserver le Tipitaka à travers les siècles, mais ce fut comme un objet sacré posé très haut sur un piédestal, dont on ne cherche pas à ouvrir et encore moins à appliquer les enseignements. À noter que le Sri Lanka avait perdu le Tipitaka au 16ième siècle ; après un concile boudhiste en Birmanie dans les années 1950, le Dhamma est revenu avec les techniques de méditation de Mahasi Sayadaw.
Les suttas sont considérées comme les enseignements du Boudha. Mais on préfère les textes bien plus tardifs, l’Abhidhamma, écrit par des hommes qui avaient déjà oublié de regarder ces mêmes suttas, et qui ont pondu un texte obscur, à l’opposé de la simplicité originelle, et qui reflète très bien leur manque de réalisation. Aujourd’hui, la contribution de l’occidental moderne et de son esprit critique semble bien être un sérieux dépoussiérage du Dhamma, pour abandonner toutes ces superstitions ridicules et arriver au plus près de l’enseignement du départ. Le très respecté Ajhan Chah disait bien : « l’Abhidhamma, c’est de la merde de poulet ! ».
Mais pourtant on s’y accroche « puisqu’on ne comprend pas les suttas qui paraissent contradictoires » ! (Discours d’un moine sri-lankais à Na Uyana).
De belles rencontres, comme il n’y en a que dans des endroits pareils, et on est tous du même avis.
Paris au printemps, et on y a tous cru sur le moment.

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