Peru

Un passage en douane éclair. Toujours le même lac Titicaca, mais de ce côté, l’économie se porte clairement mieux. Le premier bus était rempli de touristes tout équipés montagne, et plus propres que neufs : le Pérou est aussi beaucoup plus touristique, et plus cher. Avec toutes les histoires farfelues que j’ai pu entendre ou lire sur le Pérou, j’ai approché le pays avec appréhension. Ce fut en fait une belle surprise et un très bon contact avec les locaux.

Puno est une grosse ville insipide dont les rives dégagent une forte odeur. D’ici, on peut aller visiter les îles flottantes Uros, où les Aymaras continuent de tresser ces roseaux et vivent du tourisme. D’autres îles également mais je préfère rester sur le souvenir de l’Isla del Sol. Plus accessible, certainement à l’occasion du printemps, il y a en ville un défilé de différents costumes représentant chaque ethnie, et chacun accompagné d’un orchestre type bandas (en mieux). Et le marché local est descendu dans la rue : des centaines de stands proposent de tout, de la patate à la chemise américaine d’occaz. Les chapeaux y font défaut, la seule chose que je cherche depuis que le colombien s’est désintégré en Bolivie, et curieusement introuvable à La Paz, bien que tous ou presque porte un chapeau.

De Puno, c’est soit Cuzco au nord et sous la pluie apparemment, soit l’ouest avec Arequipa et le soleil du désert. La route remonte le lac et une zone marécageuse pour s’élever vers les hauts plateaux désertiques. Des sommets blancs apparaissent et disparaissent, comme ces superbes lacs que l’on croise. Et puis on a droit à un contrôle sanitaire qui interdit tout fruit et légume, alors que l’on est malgré tout dans le même pays. Voir perdre mes précieux avocats sans aucune raison me fait hausser le ton, ce qui fait perdre les moyens au type qui oubliera la moitié des pommes.

On va passer par la Reserva Nacional Salinas y Aguada Blanca et sa faune invisible. Et puis une série de volcans apparaissent, que la route contournera.

Arequipa est une grosse ville au climat désertique, au pied de trois volcans dont le Misti (5822m), dégagé de tout « mist » (brouillard). La ville blanche garde de superbes bâtiments coloniaux et religieux, construits avec une belle pierre de taille, et blanche. Le marché y est décevant, et sans restos. Outre les fruits, on y trouve des chapeaux de toutes tailles, et dont la fibre vient du nord, et à des prix gringos malgré une qualité bien moyenne. Une bande intérieure de cuir y est toujours présente, ce qui rend au final le chapeau insupportable.

Plusieurs restos végétarien ici, voire vegan, qui proposent des menus complets qui font plaisir.

Le canyon de Colca est l’un des plus profonds au monde, formé par mouvement tectonique, et abrite le rapace le plus grand au monde, le fameux condor avec ses 3.20 m d’envergure et une vraie sale gueule. On y trouve également le colibri le plus grand au monde. La route frôle les 4600m d’altitude avant de redescendre en interminables lacets vers Chivay. On peut voir les terrassements incas qui ont taillé la vallée en escaliers verdoyants. De là, on va longer le rio et le canyon vers Cabaconde. La vue y est spectaculaire : des sommets à plus de 5000 et un rio au fond à plus de 1000m en dessous de la route. On aperçoit de l’autre côté les routes taillées dans la montagne, croisées de chemins plus anciens. Le condor est facilement observable et reconnaissable par cette bande argenté sur le dos et les ailes.

Il y a entre autres deux chutes d’eau dans une crevasse au loin à une très grosse journée de trek : 1000m à descendre pour remonter quasiment autant de l’autre. C’est en fait un classique andin, chose que je vais vérifier (ou subir) maintes fois.

Au lieu de retourner vers Arequipa, il y aurait un trek intéressant qui rejoindrait la vallée d’Andagua, la vallée de « los volcanos ». On construit une route depuis Cabanaconde vers Choco, et le bus ne peut passer que les dimanches lorsque les travaux font une pose. Il y a aussi un pick-up qui peut partir en semaine quand il y a assez de monde. Il faut avoir le coeur bien accroché quand on descend les interminables lacets taillés sur une section quasi verticale jusqu’au rio pour remonter de l’autre côté jusqu’aux travaux. Il faut maintenant attendre que le type de la pelle mécanique arrête d’ouvrir la montagne, pour passer sous des éboulis éventuels et au-dessus du vide. Choco (2600m) est à peine à demi-heure de marche : dans ce désert minéral, le vert des terrasses avec le bruit de l’eau qui court est un vrai délice. La passe Cerani quand à elle est à 5150m, ce qui laisse 2500m à grimper ! On commence raide le lendemain avec un interminable 1200m de dénivelé, en laissant le rio tout en bas. Cactus et buissons en fleurs, dont une bleue et son parfum intense. On change de vallée, et la pente redevient normale. Un petit ruisseau fait du bien, avec des vaches qui se baladent sur de l’herbe rase. 1800m de grimpe et ça sera le premier jour. Départ tôt le lendemain pour les 700m qui restent. Le relief devient minimaliste et la roche multiplie les couleurs. Il y a un lac (une flaque en fait) d’où naît le ruisseau, donnant cette belle cascade aux sculptures de glace. Un mouvement de panique chez les viscachas à mon approche (sorte de lapins avec une longue queue).

Sur la gauche, une première pente raide suivie d’une sorte de petit plateau où des vicuñas se promènent, pour remonter raide vers un dernier plateau et une autre grande flaque d’eau sur le dégel. Aucun chemin : les seules traces sont celles des animaux. De là, il faut passer entre deux éboulis, roche crème à gauche et roche grise foncée noire à droite, pour arriver au pied de la passe, et sa dernière pente en poussière de roche. En haut, on peut voir un des triples volcans Coropuna (6400, 6405, et 6290m). Un énorme éboulis de roches de différentes tailles m’attend de l’autre côté, où je trouve en bas des empreintes fraîches d’un félin. Les 2000m de descente vont s’avérer être un cauchemar qui va durer deux jours. Je suis le relief puisqu’aucun chemin n’est visible, et descend vite avant de tomber sur une forêt de Queñoa, ces gros arbustes étranges déjà rencontrés au parc Sajama. Un ruisseau émerge soudain. Au loin, sur le flanc droit, il y a un semblant de chemin en pointillé, ponctué par des éboulements qui ont eu raison d’une bonne partie. À gauche, au fond, un chemin plus net et des prairies en amont (donc chemin oblige). Tout au fond, ce qui semble être le village de Chacha. Je laisse le dernier accès à l’eau et tente par la gauche à travers ces arbres devenus buissons où il fait forcer le passage, sur des traces de vaches. Je tombe sur un abysse. Remonte plus haut pour trouver un passage qui descend au fond d’un rio sec, pour remonter de l’autre côté sur des pentes très raides. Un petit jeu qui va durer longtemps : suit un chemin à travers une jungle de branches qui explosent en poussières et feuilles mortes, pour aboutir à un précipice, trouve une autre route, rebelote… Arrive sur les prairies et toujours aucun chemin net. Il y a maintenant mêlé aux herbes, des cactus branchus de petites tailles mais dont les épines de 10 cms s’enfoncent profondément dans la chair, emportant par la même occasion une branche de ce cactus. Encore une bataille pour arriver à ce chemin qui est clairement abandonné mais que je peux suivre, avec quelques passages sérieusement dangeureux…pour finir net à une dizaine de mètres au-dessus du rio qui tombe en cascade. Je suis quasi à sec d’eau et d’énergie, mais il me fait pourtant remonter la vallée pour trouver un passage vers le rio tout en bas, pour remonter jusqu’en haut du versant opposé et tenter de suivre l’autre chemin sur l’autre crête. Je tombe finalement sur le passage du bétail qui passe par là pour changer de versant. Après une pose hydratation, je vais me poser un peu plus haut à la nuit tombée dans encore une forêt de Queñoa, après plus de 10h de marche et de batailles. Aucun bruit, aucune vie ne semble exister : la vallée de la mort. Même cette forêt a un côté glauque, avec cette mousse sur des branches torturées. Reste à remonter la pente le lendemain et suivre un semblant de chemin de vaches encore, et la même lutte que la veille, à forcer le passage à travers ces arbres, à descendre à travers ces buissons et ces cactus (et leurs souvenirs douloureux). Arrive tout en bas d’un autre versant au niveau d’un autre rio, où le chemin s’évanouie encore une fois. Reste à carrément escalader la pente en s’accrochant aux herbes sèches pour arriver au seul bout de chemin clair de toute la vallée, non-dépourvu de cactus encore et encore.

Arrive lessivé en bas du village de Nahuira et la route. Le cauchemar est enfin terminé. Une longue pose au bord du rio et 1h plus tard le long de la route qui contourne le lac et ces superbes terrasses, Chacha se fait enfin voir. Un village très sympathique où il fait clairement bon vivre. Outre le fromage frais local, la région est tristement passionnée de corrida, même si ici, on ne tue pas le taureau. Quant au trek, on m’avouera que personne ne passe par là (ah ouais ?), et les derniers touristes, c’était il y a un an.

Je voulais rejoindre Ayo plus au sud pour sa laguna Mamacocha apparemment superbe mais c’est la feria : comprendre un village de bourrés et corrida… Ça sera Andagua, sur une nouvelle route qui passe à travers de ce qui semble être d’immenses tas de roches, comme si on avait pulvérisé la montagne en des milliards de morceaux. Andagua, qui n’a franchement pas le charme de Chacha, siège au milieu d’une vallée parsemée de petits cônes tronqués, vestiges récents d’une sérieuse activité volcanique. De Chacha également, on pouvait voir une énorme coulée de lave qui a bouché la vallée, et coupé le lac.

Le meilleur attendait en fait non loin comme toujours. La route remonte lentement le long d’une vallée verdoyante aux curieuses formations rocheuses, où seuls vivent des bergers et leurs troupeaux, pour arriver sur un spectaculaire plateau lunaire à 4900m, dominé par les trois volcans Coropuna (6400m) et leurs glaces éternelles : un décor incroyable, qui me fait regretter une nouvelle fois de ne pas avoir un véhicule. Suivie d’une descente vertigineuse vers un village de cow-boys, puis Arequipa le lendemain.

Je voulais visiter l’autre grand canyon, celui de Cotahuasi, formé par érosion et le plus profond au monde (enfin paraît-il). Mais ma claque des cactus, l’envie de changer de décor va me mener à Cuzco.

Cuzco (3400m) signifie nombril du monde chez les Incas, devenu aujourd’hui nombril du monde touristique péruvien. Il semble y voir parfois plus de touristes que de locaux. Le centre-ville respire l’Espagne, avec ces églises fardées d’or, ses haciendas aux balcons de bois sculpté et ses passages en colonnades. La plupart sont construits sur des murs incas inclinés, dont les pierres jointent parfaitement les unes aux autres ; ce système de construction résiste apparemment bien mieux aux séismes. Le temps est finalement au beau, avec des averses en fin de journée. Beaucoup de ruines incas autour de Cuzco, dans ce qu’ils ont appelé la vallée sacrée, et au delà, presque toutes regroupées sous un « boleto touristico ». Je laisse ma part aux toutous, pour voir seulement l’incontournable Machu Picchu et Choquequirao. Il y a également des salines incas autour de Maras, où on fait sécher l’eau chargée en sel et à 22 degrés sur un puzzle de terrasses très photogéniques : les années d’exploitation ont vu l’ensemble se recouvrir d’une bonne couche de sel, qui tranche avec le brun rouge de la terre.

Plus loin, à Moray (3500m), les Incas ont travaillé une cuvette naturelle en terrasses circulaires : il y aurait jusqu’à 15 degrés de différence entre le bord extérieur et le fond, leur permettant de tester ou d’acclimater différentes variétés. C’est une belle balade depuis le pueblo de Maras, à travers ces parcelles de terre brun-rouge, et des pics blancs qui se découvrent timidement. Au pied de ce plateau, coule la rivière Urubamba, et passe par Ollantaytambo, un charmant petit village, où on trouve encore des ruines. La région aurait été occupée depuis très longtemps.

Va se poser maintenant le problème du ticket du Machu Picchu. Officellement le nombre de visiteurs est limité à 2500/jour pour protéger le site, un chiffre que l’on peut surveiller en ligne. Officieusement en pleine saison, il y aurait de 7000 à 8000 personnes par jour, sur en gros un stade de foot (sans les gradins et un sentier à sens unique au milieu de beaucoup de ruines). Si on ne peut acheter son billet à Cuzco qui respecte les quotas, à Aguas Calientes, au pied du Machu Picchu, c’est différent : ton billet portera une autre date et ça passe. Mais ne connaissant pas le manège, et n’étant pas sûr de trouver un billet pour le lendemain à Aguas Calientes, les transports étant compliqués et aucune envie d’attendre des jours là-bas, je retourne à Cuzco, où il me faut maintenant attendre une semaine. Direction Choquequirao.

Cachura (2600m) est le départ du trek : 2 jours aller et 2 retour. Il y avait une boucle pour ne pas revenir sur ses pas, ce qui est toujours pénible, mais un glissement de terrain y aurait définitivement mis un terme. Pour rejoindre le Machu Picchu, on parle de 8 jours au moins : ça sera donc un aller-retour. On longe tranquillement la montagne le long d’une route jusqu’au mirador. Un taxi jusque-là fait gagner 2h de marche. La vue est spectaculaire : des pics à + de 5000 qui tombent abrupte vers un canyon. Les pentes sont très raides : si c’est beau, c’est aussi un cauchemar pour y trekker, avec des dénivelés de débile. Du mirador (2945m), c’est une descente interminable vers le rio en bas (-1500m, un plaisir en sens inverse) pour remonter très raide de l’autre côté (une succession de lacets de plus de 45 degrés de pente et 600m). Parti à 6h du mat de Cuzco, j’arrive à la nuit (19h) au campement Santa Rosa (2150m). Dû à la basse altitude, à la chaleur et au nombre de chevaux qui y passent, on a droit à cette vermine de petite mouche qui te percent la peau, suibie d’une démangeaison d’une semaine dès que tu y touches. Tout le monde se fait ravager la peau, et c’est évidemment pire près du rio. Un cauchemar qui disparait en haute altitude.

Reste 3h de marche, qui débute par une autre grimpe de débile pour accéder au campement au pied du site, sans oublier de se faire plumer pour le billet d’entrée, comme toujours au Pérou. Choquequirao (3035m) est un site modeste construit sur une crête, avec des terrasses en contrebas. Y a pas foule, c’est le moins qu’on puisse dire. J’apprend avec plaisir que Yanama n’est qu’à 2 jours de marche, d’où il y a une possibilité de transport : je ne me taperais donc pas la route en sens inverse, en évitant également un retour sur Cuzco. Les plus belles photos du site se font en fait d’au-dessus, de la passe à 3200m, d’où on redescend vers un autre rio (1900m), le pire endroit pour ces mouches. La montée vers Maizal (3000m) qui suit, est encore un test mental, où la chaleur et les lacets interminables te désèchent : j’aurais bu ce jour-là presque 5l d’eau, bouffe comprise. Il y a deux campements en haut : j’irai au second qui fait face à un glacier au loin, d’où naît un ruisseau qui tombe tout droit en cascade vertigineuse. De mon côté par contre, l’eau est trouble et au compte-goutte. Reste une marche enfin à la fraîche pour rejoindre la passe à 4200m, en passant par des mines artisanales qui tirent des entrailles de la montagne un minerai d’argent de qualité. Descente rapide vers Yanama, avec de la vraie montagne en face, l’énorme glacier du Saksarajuq (5945m).

Il y a bien une route mais trouver un van qui part, c’est une autre histoire. On me promet un départ à 4h du mat le lendemain. Le temps se dégrade sérieusement : un orage éclate pour un concert de 5h de flotte et d’éclairs. Le lever du soleil va révéler la dernière surprise : il a beaucoup neigé à basse altitude, et la vallée a été repeinte en blanc. Il semble bien que je vais devoir désormais passer les 4600m à pied : cinq heures du mat, il n’y a évidemment pas âme qui vive. On me dit plus tard qu’il faut attendre midi. Six heures du mat, surprise : un type va partir. On sera trois pour un spectacle inoubliable, un univers blanc sous le soleil et le meilleur moment du trek. Il faudra quand même casser la glace pour arriver en haut. De la passe, la vue sur l’autre vallée est tout aussi incroyable, avec le pic pyramidal du Salcantay (6271m) et du Tukarway (5928m). Redescente vers la vallée de Collipapampa où plus je descend, plus je croise des troupeaux de touristes, qui s’évertuent à trekker sur des routes poussiéreuses sans aucun intérêt et farcies de mouche, en ayant payé une fortune en plus : no comment. Je passe de la glace aux bananiers en quelques heures.

Santa Theresa est un avant-goût du cirque d’Aguas Calientes. Outre le train hors de prix qui arrive directement de Cuzco, on peut rejoindre Aguas Calientes le long des rails à partir d’Hydroelectrica, à 20 min en taxi de Santa Theresa. Une balade qui s’avérera plutôt sympathique (parce que personne aussi) et qui remonte le rio bordé de falaises à pic recouvertes de végétation. Arrive à la verrue de béton qu’est Aguas Calientes. Hotels de luxe et pizzerias, marché aux souvenirs, bref ici, ce n’est plus le Pérou, c’est une machine à fric. Plus personne ne se salue, on fait la gueule et on voit les péruviens qui jouent les gringos à faire leur jogging ??!!

Il y a 1600 marches ou plus pour rejoindre le Machu Picchu, ou une demi-heure à peine en bus qui dépose les toutous frais et dispos à l’entrée. Moi qui croyais être en basse saison, à cinq et demi du mat, il y a déjà une queue de 200 personnes qui attendent le bus, mais beaucoup moins sur les marches. Après le récent trek de débile, et sans le sac, les marches sont une promenade de santé. En haut, la vue est spectaculaire : le site domine au-dessus de ce relief en motte de beurre comme on peut voir en Asie. Bien plus impressionnant que Choquequirao, les ruines sont aussi plus intéressantes : temples, habitations, terrasses, pierres magnétiques, avec toujours cet assemblage parfait des pierres, quelque soit la grosseur. Le matin tôt permet d’apprécier le site à sa guise. À 10h, il y a déjà saturation du site : trop de monde et ça gâche franchement tout. Sens de visite, pas le droit de manger, pas de plastique (enfin en principe), pas le droit de sauter… De plus en plus de régulations pour limiter les dégâts mais la machine à fric rapporte trop pour réellement limiter le traffic. Je redescend donc pour revenir le même jour sur Santa Theresa, où je croise tellement de monde cette fois sur les rails que l’on aurait dit un exode, puis Cuzco le lendemain avec un bus interminable. Il y a eu un contrôle en descendant la passe pour les sacs trop gros de coca. Une chose assez drôle : on en trouve partout mais on ne peut pas en transporter. Les péruviens sont ailleurs timides à ce sujet, contrairement aux boliviens.

Pour mes séjours à Cuzco, j’avais trouvé une belle chambre à proximité de deux marchés excentrés, loin des troupeaux et qui me permet de toujours rester à l’heure péruvienne. Le proprio est franchement sympa et je m’y sens comme à la maison.

En regardant la carte, j’avais remarqué ce beau massif blanc au sud-est de Cuzco : il s’agit de la montagne Ausungate (6384m), sacrée pour les incas mais encore aujourd’hui pour les quetchuas, avec plusieurs autres aux alentours des 6000. Un trek d’une semaine fait le tour avec 2 passes au-dessus de 5000. Mais il est bien trop tard dans la saison pour risquer quoi que ce soit. Il y a aussi ces lignes Nazca dans le désert, mais je ne ferais pas deux jours de bus pour juste un vol d’une demi-heure au-dessus.

L’envie de voir le Pacifique me fait revenir sur Arequipa, puis Mollendo sur la côte, une ville balnéaire. Ce n’est pas vraiment ce à quoi on pense quand on parle de plage. Le désert avance jusqu’à l’océan, et on y a jeté du béton et une raffinerie. Le sable est gris, comme le ciel bas. Quelques restes de maisons en bois qui, pour la plupart, finissent de pourrir. Un excentrique millionaire a fait construire au siècle dernier un beau manoir sur un rocher au-dessus de la plage centrale. Si son style arabisant devait dominer autrefois, le béton moderne l’a bien rattrapé aujourd’hui : il y a même une raffinerie juste derrière. Un petit village qui reste tranquille malgré tout avec un marché intéressant : le ceviche (marinade de poisson cru) est à l’honneur, mais c’est du poisson volant… Le soleil sort, et l’océan redevient bleu ; le sable reste gris et l’eau glaciale. Les derniers jours à profiter du Pérou, avant le Chili : j’ai comme une appréhension qui me retient un peu ici. J’irai à Ilo également, un port industriel avec une belle promenade en bord de mer et encore des restos fruits de mer. La route qui mène à Tacna tout proche de la frontière longe la côte désertique et ses plages sauvages avant des plantations d’oliviers. On trouve même une mosquée à Tacna.

Bueno, bamos a Chile.

Bolivia

En arrivant par l’est, on se rend vite compte que la Bolivie n’est pas fait que de montagnes, comme on pourrait croire. Les Andes ou l’altiplano ne couvre en réalité qu’un tiers du pays, en gros l’ouest. Au sud-est, on a le grand désert du Chaco, qui s’étend loin au Paraguay. À l’est, des plaines plus ou moins marécageuses dans la continuation du Pantanal brésilien, avec d’étranges bestioles comme les jésuites et ménonites. Et tout au nord, la forêt amazonienne. Entre la Cordillera Real au nord de La Paz et la jungle plus au nord, on a les Yungas, vaste territoire fertile où la coca est la principale production, et où on déconseille au touriste de s’y aventurer. Si les boliviens machouillent la coca depuis des lustres, l’intérêt majeur est ailleurs : la Bolivie en serait le deuxième ou troisième producteur mondial. Le nouveau président et ancien pousseur de coca, Evo Morales, a d’ailleurs fait passé la coca comme patrimoine culturel en 2009. Il avait même promis de supprimer le coca-cola américain du pays. La boisson est encore là et les autres semblent fermer un oeil sur les plantations. Il a aussi légalisé le travail infantil.

Santa Cruz est une ville carrefour en plaine sans intérêt. Je découvre le nouveau système des hébergements. Si partout dans le monde « hostal » veut dire le moins cher avec dortoirs, ici, ce sont en fait les hotels de luxe, et les plus chers. « Alojamiento » et « hospedage » sont les deux catégories les moins chères. « Hostel » vient après, avec des dortoirs parfois deux fois plus cher qu’une privée. Et « residential » est encore un poil au-dessus.

Les montagnes commencent un peu plus loin, lorsque l’on s’approche de Samaipata (1700m), un pueblo bien sympathique qui semble attirer comme un aimant toute sorte de monde : 32 nationalités différentes s’y seraient installées, entre néo-hippies et baroudeurs. On raconte que ce serait « l’incroyable » site magnétique del Fuerte tout proche qui en serait la cause. Perché comme beaucoup tout en haut d’une montagne, balayé par des vents violents, siège un énorme rocher nu et sculpté par les Chanè, qui se seraient établis là bien avant les Incas, qui suivirent après, et puis les espagnols en dernier. En fait aujourd’hui patrimoine de l’Unesco, on fait payé cher l’entrée pour à peine s’en approcher. Seule la vue d’en haut sur le gigantesque parc Amboro vaut la peine, et ce, avant les portes payantes.

Les épineux se mélangent aux feuillus avec enfin de l’air frais. Quelques jours tranquilles à camper même sous la pluie. Il y a un petit marché local avec en extra, les différents pains que chaque babos s’évertue à faire. Il y a même un turc qui propose des gözlemes, c’est dire !

On continue ici à vénérer la déesse mère des Incas, Pachamama, et les poubelles continuent de gonfler les rivières.

L’envie de voir l’altiplano me pousse vers Sucre (2810m), une ville dont la splendeur passée est encore appréciable, et où les gaz d’échappement m’étouffent. L’air y est sec et frais, et mes nasaux supportent mal après des mois sous les tropiques. Le marché vaut le détour, ne serait-ce que leurs salades de fruits montées en étages avec de la chantilly.

Il y a autour des balades de quelques jours comme ce chemin inca à descendre ou encore le (faux) cratère Maragua. Mais les paysages semblent guère intéressants, et il se met en plus à pleuvoir. 

Un bus de jour cette fois pour le sud et le fameux salar de Uyuni. Je découvre les bus panoramiques : il y a en fait une rangée de sièges tout à l’avant, au dessus du chauffeur, qui offre une vue incroyable. Ce sont aussi des fours solaires.

On laisse le relief sec et désolé de Sucre, ou seuls semblent pousser des buissons épineux et des cactus, pour monter vers les hauts plateaux où enfin on peut voir ce qui sera des cultures dans quelques mois. Les bosquets d’eucalyptus font parfois une apparition dans ces espaces gigantesques. On croise des troupeaux de lamas. Le premier coup d’oeil à l’animal m’a fait penser à un chameau laineux (la gueule, la forme du corps et des pattes arrières…), ce que confirmera plus tard une petite recherche sur le net. Camélidé domestiqué, il descendrait du guanaco sauvage.

On redescend vers Potosi dominée par sa montagne d’argent qui a fait la fortune de la ville autrefois. Aujourd’hui, c’est un pueblo hideux que l’on passe dans un environnement aride. La route va maintenant traverser des paysages incroyables jusqu’au salar. Des étendues de sable où l’eau y a creusé des canyons de roches, ponctué par quelques pueblitos oubliés dans le temps, avec toujours des montagnes au loin. Parfois la route passe le long d’un rio, et une autre végétation apparaît comme ces touffes d’herbes de la pampa. L’eau semble extrêmement rare ici, et l’idée d’aller trekker devient sérieusement plus compliquée. Des panneaux indiquent « passage de lamas » ou encore « passage d’autruches » ! Il y a aussi des vicuñas, un genre de lama sauvage orange rouille et moins de laine, dont le fameux alpaga (blanc pour le coup) serait la version domestiquée. Véritable peluche vivante, l’alpaga est capable de déclencher l’hystérie générale chez les toutous qui ont un caniche. Sa laine est bien plus chaude et bien plus chère que son grand cousin. La chair semble être également appréciée.

La roche revient ponctuée de cactus, des plissements géologiques gigantesques de différentes couleurs et de superbes vallées arides : on traverse le parc national de Yura. Dans ces endroits en apparence dépourvus de vie, il y a toujours un troupeau de lamas, quelques maisons en brique de terre et du monde qui semblent résister aux pires conditions de vie. Les montagnes s’espacent, on passe quelques mines, l’horizon s’applatit et on arrive au plus grand salar du monde, le salar d’Uyuni (3600m et 10582 kms carrés) entouré de volcans bien au-dessus de 5000m volcans mais dépourvus de neige, et où on se les gèle. Il gèle tous les matins (-5 degrés) mais l’air y est tellement sec qu’il n’y aucune trace nulle part, mais qui continue à faire souffrir mon pif. 

Il y a pas si longtemps, Uyuni était un pueblo oublié du désert de sel jusqu’à ce que le tourisme en fasse un incontournable du pays. Il doit y avoir maintenant 80 agences les unes à côté des autres qui proposent toutes le même tour jusqu’à répéter les mêmes mots, quitte à dire ce que le touriste veut bien entendre. On ne compte plus les hotels et les pizzerias, à croire que le touriste ne mange que ça.

Dans les incontournables, il y a le « tour » d’une journée avec visite d’un cimetierre de train et un hotel de sel pour seulement peut-être une heure ou deux sur le salar, juste assez de temps pour prendre les photos trompe-l’oeil dont internet est farci. Ah j’oubliais, il y a aussi un détour sur une « île » avec quelques cactus au milieu du salar où l’on paye (encore) pour juste grimper dessus.

Et puis il y a le « tour » de 3 jours, en fait 2 jours 1/2, où le programme précédent inclut la visite de plusieurs lacs colorés vers la frontière chillienne, geysers et une source d’eau chaude, avec non-inclue, l’entrée exhorbitante de la Réserve Nationale de Faune Andine Eduardo Avaroa. Six à huit personnes dans une jeep pour une vraie fortune au total. 

Sur les photos, ça a l’air pas mal du tout. La réalité est tout autre. Il s’agit en fait de payer pour être en troupeau, où toutes les jeeps de toutes les agences se retrouvent au même endroit en même temps, où la bouffe est du foutage de gueule et l’ambiance est une mauvaise version club med, à faire des heures et des heures dans une jeep. Roule roule, stop, photo, roule roule, stop, photo…On va même m’avouer que la couleur des lacs dépend en fait du vent et de la pluie, et qu’en ce moment, c’est pas terrible. 

Au passage, c’est étrange cette façon qu’ils ont de s’exprimer face au touriste : on dirait un aide soignant dans un centre d’handicappés mentaux. À croire que ça plait à certains. 

Bref il m’a fallu beaucoup d’effort pour finalement booker le « tour » d’une journée, un peu à contre-coeur mais puisque je suis là blablabla, on connait la chanson, les trois jours à disneyland m’étant définitivement impossible… Pour finalement obtenir le remboursement le jour même quand les choses ont évidemment commencé à tourner au vinaigre dès le départ.

En creusant un peu, il y a des bus locaux pour tous les pueblos autour du désert et pour des prix locaux. Le bus de Llica va passer exactement où passe le troupeau, pour continuer et traverser en entier le salar, ce que les jeeps ne font pas. À mourir de rire.

Le sable et la roche avant le sel, où curieusement de l’eau coule ici, faisant pousser juste assez d’herbe pour les vicuñas.

La surface du salar n’est pas lisse mais s’organise en hexagones plus ou moins réguliers comme une ruche, un relief probablement dû à l’évaporation et au vent.

Cette couche de sel parfois profonde sur laquelle l’on peut rouler sans soucis révèle aussi des pièges : trous, effondrements ou bourbiers qui ne gèlent jamais. 

Les photos sont incroyables mais il y a curieusement une distortion au niveau de l’horizon.

Llica est un petit pueblo à la limite du salar et du parc national du même nom, où aucun toutou ne vient s’aventurer puisqu’il n’y a ni internet ni pizzerias. 

Je voulais faire un tour dans ce parc sauvage (et sans sentier) et rejoindre un autre village de l’autre côté d’un volcan d’un peu plus de 5100m. Je vais apprendre une dure leçon sur les apparences : l’air est en fait tellement sec que les distances apparaissent beaucoup plus courtes qu’en réalité. Avec ça, une carte topographique sur mon téléphone qui oublie des pans entiers de montagne, bref obligé de faire demi-tour avant d’être épuisé par la chaleur et le manque d’eau. Dix heures de marche avec le sac pour rien, à marcher sur de la petite roche qui roule sous le pied au milieu de buissons secs, épineux, et cactus en fleurs. Les seules sources d’eau sont à la limite du salar, en bas, et qui vont se perdre dans le sel. D’en haut, je pouvais apercevoir des pics neigeux à la frontière chilienne dans un silence absolu. Des lamas bien haut et des lapins en bas.

Retour à Uyuni pour reprendre mes habitudes locales. La ville est couverte par le marché hebdomadaire et on trouve de tout. Et je vais même trouver des autruches.

Tupiza est une ville plus au sud d’où s’organisent d’autres « tours » de 4 jours plus chers certes, mais qui font le circuit en sens inverse et qui donc évitent le gros du troupeau. La bouffe est sérieusement mieux également.

C’est curieux, la plupart des visages ici, burinés par le soleil, les yeux bridés, pourrait parfaitement être des Himalayas. Le costume semble être la seule différence. Est-ce la preuve d’une origine commune ?

Il y a le dimanche un bus pour Quebrada chico à l’entrée de la Réserve Nationale de Faune Andine Eduardo Avaroa , et à côté du volcan Uturuncu (6008m) : il semble y avoir là-bas une balade intéressante à faire autour en rejoignant plusieurs lacs, une région témoin de l’activité volcanique qui laisse un étrange paysage. Mais ce serait attendre encore 4 jours et l’envie de remonter sera la plus forte. Un bus passe par Oruro, une autre ville minière, pour continuer le lendemain vers Patacamaya. De là, part vers 12h le seul van pour le parc national de Sajama. On partira avant, dans un van pour Tambo, un pueblo quasi à la frontière chilienne et qui va nous déposer à l’entrée du parc. On passera par des reliefs incroyables, comme ces plissements à 45 degrés, ou encore ces canyons où l’eau a taillé des cathédrales de roches. En face, au bout de la route semble-t’il, siège le plus haut sommet bolivien, le Sajama à 6542m. On le voit des dizaines de kilomètres à la ronde et il semble être tout seul surgit au milieu de nulle part.

De l’entrée du parc au village, il y a 14 kms de sable ou l’équivalent, en plein midi et en zone aride. Une fois délesté d’un gros billet pour le droit d’entrée réglementaire, le gars en charge et bien chargé nous laisse là en nous promettant de nous amener au village après son déjeuner. Revient l’animal encore plus chargé, pour finalement s’inscrire au registre et puis tourne en rond en attendant cette fois des tunes pour le lift. Bref il finira par nous amener gratos comme promis mais juste avant le village pour pas que son chef ne le voye…

Sajama (4200m) est un petit pueblo avec une charmante vieille église, au milieu d’un paysage lunaire entouré de volcans à plus de 6000m apparemment facile d’accès. La feria est tout juste terminée et ça sent la gueule de bois. Les poubelles volent au vent. Quelqu’un a eu l’idée de construire des piaules en voûte et toit de chaume pour les touristes, et le modèle s’est répété. Dans les attractions, un mirador à peine au-dessus du pueblo, un 5000m pour s’amuser et une vue incroyable sur le Sajama et sa tête glacée, des geysers (enfin de l’eau qui bouillonne), avec plus loin des bains chauds, ou quelques lacs d’altitude. L’eau des rivières semble là-aussi très chargée en minéraux, quand on voit ces larges dépôts blancs sur les rives. Pas mal de bestioles paraît-il, mais à part les lamas omniprésents, y a pas grand-chose. Revenir à chaque fois au pueblo me tanne, parcourir des heures sous le soleil et sur du sable, encore plus. C’est bien connu, on ne vient pas en Bolivie pour la bouffe. Je suis à plat, à bouffer du riz et une rondelle de tomate en guise de salade. Malgré un accès facile, je ne tenterai donc pas le 6348m juste derrière.

Le même minivan part à 6h du mat : on doit donc attendre dans le froid et le noir pour être sûr d’avoir une place.

Il y a un truc avec les constructions en Bolivie qui me laisse perplexe : on voit partout des baraques minuscules posées au milieu de nulle part, parfois en grappe comme jetées au hasard, sans personne, et laissées en plan. L’autre grand classique, c’est un haut mur de brique qui entoure… rien, mais on les construit les uns à côté des autres. Quand ce n’est pas tout juste deux murs à angle droit qui finiront par s’effondrer. Les villes ressemblent à ce qui resterait d’un holocauste nucléaire : rien n’est jamais fini, la brique reste à nue, pas de fenêtre et on bouche avec ce qu’on peut. Et on construit encore et encore, et partout. 

L’approche de La Paz vaut son pesant de cacahuètes : tout en chantier. Les routes défoncées en attendant une conduite ou un nouveau terrassement, les baraques fantômes, et la vie qui s’organise dessus. Étrange. L’alto (4100m) est la partie haute de la capitale avec l’aéroport, et en fait la capitale la plus haute du monde. Et puis on descend dans le trou (3600m) où l’on peut voir l’étendue de la bête, avec un téléphérique qui traverse la ville, et quelques sommets blancs comme le Huana Potosi (6088m), le sommet disneyland que tous s’empresse de grimper, ou plus au sud, l’Illimani (6438m).

Pollution record : les rues sont toutes en forte pente et le mauvais gasoil sort bien noir. Ville insipide, où les supermarchés proposent un peu plus de trucs. Chose extraordinaire : on trouve des restos végétariens voire vegan. Je trouve enfin de l’alcool à brûler, appelé en fait « alcool des mineurs », une potion à 96 degrés pour se donner du courage quand il faut descendre dans la mine. On le trouve partout (fallait juste connaître le nom) dans ces stands de rue où on vend aussi de la coca avec une pâte miracle noire ou blanche sans laquelle il n’y aurait pas d’effet : il s’agit de la cendre de quinoa à laquelle on rajoute une saveur comme la cannelle, qui révèle en fait la substance active de la coca. Pas super comme goût mais ça marche. Et puis il y a la rue des sorcières qui te vendent toutes sortes de décoction pour tous les maux imaginables. Je n’ai pas réussi à savoir à quoi servait les bébés lamas (ou autres bestioles) déséchés que l’on voit pendus. 

Un autre classique de la ville, la majorité tombe malade et je n’y couperais pas : toujours sympa de rôter l’oeuf pourri. Avec ça, la pleine lune de septembre nous réserve une autre surprise : le temps se met à la pluie sur les montagnes. Ça tombe bien, je devais aller trekker au nord de La Paz, dans la Cordillera Real. J’avais acheté la bouffe, les cartes… Bon décidemment, ça ne sera pas pour cette fois. 

Le bus repasse la misère architecturale de la capitale pour rejoindre le lac Titicaca à l’ouest. Après tant de désolation, l’arrivée sur cette vaste étendue bleue est un choc qui fait du bien. Véritable mer intérieure avec ces 8562 kms carrés (chiffre qui varie selon les sources), c’est le plus haut lac navigable au monde (3810m), et le deuxième d’Amérique du sud en superficie derrière le lac Maracaibo au Vénézuela.  

Copacabana est un autre disneyland au bord de l’eau : hotels et pizzerias sont légions. La frontière péruvienne est toute proche et l’on sent le va-et-vient. C’est aussi un lieu de pèlerinage et l’église cache des tonnes d’or.

Et puis avec ces collines sèches et l’eau bleue, il y a comme un air méditerranéen malgré l’altitude et le froid nocturne.

L’Isla del Sol est la plus grosse île et à 1h30 de bateau. D’énormes eucalyptus nous accueillent avec une entrée à payer. Il faut grimper sec pour atteindre le village de Yumani (4000m) sur la crête, et on passe devant la source (potable) des Incas qui alimente tout le pueblo. Un chemin de pierre qui monte, défoncé par le passage des troupeaux, et des guesthouses tout le long, c’est aussi le Népal, non ? J’aurais bien aimé, on aurait pu enfin bien bouffer.

L’île est toute travaillée en terrasses ou presque. Pas de moteur ici, tout est à pied. 

En haut, passe le très agréable bosquet d’eucalyptus, la vue est incroyable : les terrasses qui descendent vers cette eau bleue tranquille, les criques où le turquoise n’est pas rare, la presqu’île de Copacabana au loin, et les évasifs sommets de l’Ilampu (6368m) et de l’Ancohuma (6427m) autour desquels je voulais aller promener. La Grèce, j’te dis !

Le Willka Thaki (« la route sacrée de l’éternité du soleil », pour être plus clair) est un chemin inca qui traverse l’île du sud au nord sur les hauteurs pour arriver au site Titikala (« jaguar de pierre », dont le lac tire son nom), une pierre en forme de jaguar donc, posée sur une dalle concave à peine sortie du sol, et autour de laquelle s’organise en double cercle une série de pierres cubiques. Considérée comme l’origine du Soleil, les Incas venaient en pèlerinage. Aujourd’hui, le chemin est parcouru par des touristes que l’on attend pour un autre ticket payant. Oui, parce que faut payer au nord, et faut payer au sud une heure après, et si tu fais un détour par un autre village, faut payer là aussi bien sûr ! Un racket qui enlève du charme de l’île.

Quand ils ont découvert le lac (et l’île), les Incas en ont vite fait l’origine même de leur peuple. Et on peut les comprendre : de toute l’Amérique latine, ou du moins ce que j’ai pu en voir, c’est le seul endroit où il y a une vraie énergie. Enfin. Que ce soit une croisée de deux lignes de Ley, un chakra planétaire ou autre, le fait est que l’on peut clairement ressentir une très belle énergie, (certains diront féminine, bien qu’elle semble harmonisée masculin-féminin) sur le nord de l’île. Il vaut mieux partir tôt le matin pour éviter le troupeau. En continuant, on passe par des ruines (Chincana), et une belle plage. Il y a plus au nord encore une superbe plage de rochers et une paix absolue.

Une paix de quelques jours où seuls le bruit des sabots de lamas rompt le silence. La Cordillera Real se noie sous les nuages. Il grêlera ici le premier jour de printemps.

Il faut partir (pourquoi, va savoir) et rien que la pensée de revenir à La Paz est une insulte. Ça sera juste un aller-retour pour aller récupérer ce que j’avais laissé. Bien trop de nuages pour ne serait-ce que tenter une incursion dans les montagnes. On passe au Pérou.

Je ne peux m’empêcher de comparer avec les Himalayas. Un lama dans les Himalayas est un érudit en spiritualité ; ici, c’est une drôle de bestiole que l’on tue pour sa viande et sa laine. Je crois que ça résume bien la situation.

Mise à part l’Isla del Sol, phénomène totalement indépendant de l’humain, c’est plutôt vide, et je m’y ennuie ferme pour être honnête. Je passe par des chaos humains sur différentes latitudes et altitudes sans réelle profondeur. Juste des images qui passent et je me demande si je ne perds pas mon temps.

Allez, dessines-moi un mouton en attendant.

« Somehow we lost the unity of openness and what we are. Openness became a separate thing, and then we began to play games. It is obvious that we cannot say that we have lost the openness. « I used to have it, but I have lost it. » We cannot say that, because that will destroy our status as an accomplished person. So the part of self-deception is to retell stories. We would rather tell stories than actually experience openness, because stories are very vivid and enjoyable. »

Chögyam Trungpa – Cutting Through
 Spiritual Materialism, pp. 67-68.

Le grand détournement

Les pieds dans l’eau, je remonte un ruisseau qui tombe en cascades, avec juste le chant des oiseaux et le bruit du vent dans les feuilles. Il y a même des orangers en fleurs. La Bolivie. Ce n’est pas encore l’Altiplano, mais les petites montagnes d’à peine 2000 m font quand même du bien.
Depuis Cali (Colombie), il y a eu du chemin. Un vol au milieu de la nuit via Bogota vers Leticia, au bord d’un des rios qui alimentent l’Amazone, tout au sud-est où on a étiré la carte jusqu’à rattraper le rio, perdu au milieu de la forêt tropicale. Ici, la Colombie touche le Brésil et de l’autre côté de la rivière, c’est le Pérou. Le village est agréable mais l’air y est épais, chaud et moite. On propose timidement des tours dans la jungle juste à côté : les possibilités sont immenses dépendant évidemment du porte-feuille. Probablement bien mieux que du côté brésilien. On peut d’ailleurs se promener entre les deux pays sans contrôle : on dirait en fait une ville coupée en deux.
Du côté péruvien, les bateaux viennent d’Iquitos où les gringos redescendent d’un pèlerinage Ayurhuasca, ce puissant mélange hallucinogène de deux plantes indigènes. C’est d’ailleurs devenu là-bas une attraction touristique où on brade la tradition chamanique pour des dollars.
Il est difficile de savoir en avance les horaires des bateaux en partance pour Manaus. Le Diamante est, parait-il, la meilleure option mais il est parti la veille de mon arrivée (mercedi). Il revient lundi. Vendredi, un plus petit devrait partir mais samedi, il y a une meilleure option : el Coraçon de Jesus. Et puis j’achète le billet le jour de mon anniversaire : on va me faire une réduction spéciale.
Le tampon d’entrée brésilien fait suite au tampon de sortie colombien de la veille. Vers midi, on embarque avec des flics brésiliens en mode commando, les chiens et les fouilles. Et puis on part.
Trois ponts quasi-ouverts : le premier est pour les petites distances, avec une cuisine à l’arrière où l’on prépare les repas pour tout le bateau, et les deux monstres de moteurs ; le deuxième niveau est réservé pour les voyageurs jusqu’à Manaus, quelques cabines à l’avant, et une autre petite cuisine où l’on sert les ponts supérieurs. Entre la cuisine et les cabines, on va remplir l’espace de hammacs comme des sardines dans une boîte ; enfin le troisième, qui consiste en fait en une zone de relaxation (tv, chaises, snacks et musique la nuit), et le reste des cabines à l’avant, dont celle de pilotage.
Le voyage se fait en douceur. On fait parfois des haltes au milieu de nulle part pour prendre des passagers. La routine hammac-cantine-hammac fait vite place à l’excitation du départ : les heures s’égrainent lentement. Le soleil se lève et se couche dans des incroyables orange-rouges. Et entre deux, il y a comme paysage cet invariable mur vert dont on ne s’approche guère. Pas vraiment la meilleure option pour observer la faune.
On a presque toujours une petite brise qui vient nous soulager de la chaleur. On se douche avec l’eau du fleuve : il faut juste oublier tout ce que peuvent charier ces eaux depuis des centaines de kilomètres.
La bouffe fut un sérieux problème : pour les végétariens, il n’y a que riz blanc ou pâtes trop cuites. Je vais remuer le monde pour pouvoir enfin bouffer le deuxième jour…et seulement le deuxième jour.
Il y avait toujours une baraque au bord du fleuve mais là, on a maintenant des fils électriques. La forêt recule et les habitations se font plus présentes. Le fleuve est immense. L’arrivée à Manaus, c’est l’arrivée de Mad Max dans une ville post-apocalyptique : de grandes tours crachent des flammes au-dessus d’énormes réservoirs et autres strutures métalliques qui occupent tout l’horizon. Devant, des navires de guerre.
Même le rio devient noir : c’est la fameuse rencontre des deux fleuves dont les eaux ne se mélangent pas sur des kilomètres, deux eaux à des températures et vitesses différentes. À partir d’ici, le fleuve porte le nom d’Amazone. Si ce n’est pas le plus long, ce fleuve est à lui seul l’équivalent en volume d’eau des 7 plus grands fleuves mondiaux. Autant dire beaucoup de flotte.
Manaus l’hideuse. Il y règne une chaleur épouvantable. On peut continuer en bateau jusqu’à Belem et l’Atlantique si l’on veut mais je vais prendre un avion : descendre le fleuve, ça va, j’ai eu ma dose.
Pas mal de vénézuéliens ici qui fuient la crise économique.
Encore une nuit à l’aéroport, et un vol via Fortaleza, connu pour ses belles plages. Et puis Cayenne, où les nuages commencent à la frontière. Déluge à l’arrivée: ça tombe bien, je voulais faire du stop vu les tarifs exhorbitants des taxis.
Une chose que j’avais oublié, le week-end du 15 août : trois jours à attendre pour rien que La Poste ouvre. En attendant, avec la coloc de la location Airbnb, on va faire un tour jusqu’à St Laurent du Maroni et la frontière du Suriname en face de l’autre côté du fleuve. Le village a conservé son passé du 19ième avec son bagne et de belles baraques coloniales.
La population de la Guyane est en fait étrangement repartie sur les frontières : le long du fleuve Maroni, frontière avec le Suriname, le long du fleuve frontière avec le Brésil et le long de la côte Atlantique avec les 3 villes principales. Au milieu, du vert et peut-être des chercheurs d’or.
Cayenne est un guetto aussi moche que dangereux. Le nouveau Cayenne en fait se reforme plus à l’est vers les plages, pas extraordinaires par ailleurs. La chaleur est à la hauteur de sa réputation, et je dois dire honnêtement que je n’en peux plus de ce climat chaud et humide.
Officiellement (internet) les 2 colis envoyés de France sont arrivés dont un retenu à la douane. Sur place, ils ne savent même pas où ils sont. À savoir quand même que le dédouanement se fait dans le même bureau : ah c’est beau La Poste. Bref je les remues un peu : on est mardi, j’ai un avion jeudi, y a au moins un colis qui est arrivé, merci de le retrouver, etc… En attendant, je leur écris une lettre pour l’autre colis déclarant le contenu usagé et donc sans facture. Sur tout colis neuf, il y a 20% de taxes et compter une semaine pour le dédouanement.
On continue avec 2h de queue pour pouvoir retirer un peu de tunes. Aucune organisation, il y a bien une file exprès mais on passe devant sans vergogne. Les bureaux sont en fait submergés d’immigrants venant ouvrir un compte pour toucher le RSA et autres aides.
Milieu d’après-midi, ça y est, ils l’ont retrouvé et devines quoi ? Ben oui, il est retenu par les douanes. Retour express juste avant la fermeture pour leur écrire la même lettre que le premier. Normalement ça devrait aller vite maintenant.
Deux heures d’attente pour rien le lendemain dans un autre bureau en ville sur de mauvaises infos comme quoi on pouvait retirer plus. Là, c’est trop, le bordel et le foutage de gueule, ils auront droit à quelques noms d’oiseaux. Retour au premier bureau, où tout colis arrive, pour apprendre que le con de douanier, celui-là même que j’avais vu et bien fait comprendre qu’il me les faut rapido les colis, il n’est là aujourd’hui, donc revenir demain. Oublies le vol de jeudi, prochain tarif dimanche : cool…. Entre temps, le plan gratuit d’hébergement tombe à l’eau et je dois trouver une place pour demain sur Airbnb qui est pris d’assaut en ces vacances d’août.
Jeudi matin, un autre petit tour et ô miracle ! Les colis. Comme quoi quand ils veulent. Maintenant refaire le sac et un autre colis : penser montagne et froid avec 36 degrés et 300% d’humidité.
Retour vendredi devant les mêmes ébahis pour cette fois envoyer un colis.
Dans la foulée du n’importe quoi, je tarde à prendre le billet d’avion pour retraverser le Brésil. Reste un vol avec 11h suivi de 6h d’attente : quelques 27h en tout.
Je quitte sans regret la Guyane pour Belem et son aéroport sans climatisation avec le soleil sur les vitres : juste 11h à attendre. Au milieu de la nuit, un vol vers Campinas au nord de Sao Paulo avec une halte avant, quelque part. Là, la clim est à fond et on se les gèle. Et enfin Cuiaba tant attendue. La région abrite le fameux Pantanal, la plus grande région marécageuse du monde, où on peut voir une flaure incroyable dont le jaguar. Le Pantanal s’étend jusqu’à loin en Bolivie. Mais vu d’avion, ça m’a l’air bien sec.
Après les nuits passées à l’aéroport, j’avais réservé un hotel au buffet monstrueux. Évidemment, je m’étais planté dans les dates : ils ont été assez aimables pour bouger la réservation pour le lendemain sans rien demander. La bouffe me remonte le moral. En attendant le bus de nuit, je fais un tour dans le parc central pour découvrir de tous petits singes.
Une autre bonne idée fut de partir de nuit pour Caceres et continuer vers la frontière tôt le lendemain dans la foulée. C’était sans compter sur le tampon de sortie au bureau de la police fédérale brésilienne : le seul bureau est ici à Caceres et non à la frontière comme j’espérais, et ouvre à 7h30 du mat. Ça tombe bien, il est 3h du mat. La station de bus est un truc miniature où il est dur de trouver ne serait-ce qu’une bouteille d’eau en temps normal, alors au milieu de la nuit…
Plus tard en route vers la frontière à travers une zone desséchée où l’on fait pousser du bétail. On passe devant une zone de contrôle concernant l’entrée au Brésil seulement pour arriver devant une barrière et quelques soldats boliviens dans un décor poussiéreux. On a laissé l’asphalte à la frontière pour faire place à une piste de terre. Un taxi jusqu’au village et le tampon d’entrée : bienvenido a Bolivia. De là, il faut bien choisir son bus : quelques 14h minimum sur une route défoncée t’attendent pour rejoindre Santa Cruz, et le luxueux air conditionné ne semble pas être une mauvaise idée. Six heures sur de la tôle ondulée, trous et caillasses qui font trembler le bus à tel point qu’il en devient alarmant, sans parler de la poussière qui rentre même dans le système d’air conditionné. Changement de bus pour de l’asphalte cette fois, et une nuit paisible. Il y a pas mal de ménonites à bord, cette communauté extra-terrestre de grands blancs parlant un genre de hollandais et vêtus à la mode cow-boy 19ième.
Arrivée sans peine à Santa Cruz le lendemain où la chaleur sèche est bien plus supportable.
Tout ça pour juste quelques fringues. Qu’est-ce qu’on ferait pas pour s’occuper.

Colombia

Medellin de nuit s’étale à perte de vue, encerclée de montagnes. L’air est frais et ça fait du bien. Bien content d’être arrivé. Et comme pour le Mexique, la douane te souhaite la bienvenue sans demander quoi que ce soit : le fameux billet retour est une belle arnaque.

L’énergie est différente ici, qui tranche avec la sieste d’Amérique centrale. Et les locaux sont tout simplement incroyables de gentillesse. On a de la peine à croire à la violence du passé : Pablo est bel et bien enterré. Pour info, « Narco » est une série tv qui relate plutôt bien l’histoire du célèbre trafficant devenu très vite un des plus riches personnages de la planète. Quand on fait 60 millions de $ par jour de bénef, ça va vite. Il voulait même racheter la dette du pays.

Le côté latin a repris le dessus et on peut désormais faire la fête toute la nuit sans aucun problème. Si en Amérique centrale, c’était la musique des années 80 (le meilleur du pire des slows, des titres que tu voudrais voir disparaître), ici, ce sont les jeans déchirés voire déchiquetés des années 90. Mais ils n’ont pas encore remplacé la salsa par du grunge.

Et puis c’est aussi un musée vivant pour les Renault : 4L, R6, 9, 11, 12, 14… elles sont presque toutes là.

Il y a toujours quelques vieux buildings à voir, mais j’ai la tête ailleurs. Le pays est immense, plus vaste que les 5 pays d’Amérique centrale réunis, avec le début de la cordillère des Andes qui court nord-sud et partage le pays. Au nord, on revient dans une épouvantable chaleur au bord de la mer Caraïbe, avec la fameuse Cartagène, et des plages. Encore des plages. Après 3 mois de tropiques, j’ai envie d’autre chose : la montagne. Les transports étant devenus chers, il faut trouver une boucle sans revenir en arrière. À savoir que l’avion peut être moitié prix que le bus.

Faire le bon choix, c’est ça en fait l’enfer.

Ou alors acheter une 4L et roule ma poule jusqu’à la Terre de Feu. Parce que là, j’en ai ras la casquette des toutous que l’on est obligé de se farcir dans les hostels.

La Colombie et le Chili sont apparemment les deux seuls pays où acheter un véhicule est plutôt simple, avec l’obtention des papiers officiels en poche, qui permettent de traverser les pays tranquille. Compter 800-1000 € pour une bonne 4L, avec jusqu’à 100 € de papiers, assurances et contrôle technique. Si rouler ne coûte pas cher (l’essence est à 0.70 €/L), il y a en revanche des péages partout, parfois à la queue-leu-leu, difficilement contournables : ça fait vite cher au final. En revanche, les motos ne payent pas : acheter une 125 AKT, la moto de Colombie, revient à 300 €.

Et puis il y a ce fameux billet de bus pris à l’arrache au Panama qui va me réserver encore quelques surprises. Payé 100$, alors qu’il ne vaut finalement que 70$, je contacte la compagnie de bus (équatorienne ?) en espérant vaguement un remboursement, pour apprendre qu’ils n’ont en fait aucune réservation à mon nom. Bon, cette fois c’est sûr, je me suis fait enflé. Une adresse mail bizarre pour cette agence ricaine qui m’a vendue le billet, et qui semble ne pas aboutir : relance cette fois avec un mail énervé (pas de réservation ?!) en désespoir de cause. Sur le billet, il y avait quand même marqué « aucun remboursement ». Réponse finalement quelques jours plus tard, m’annonçant le remboursement intégral du billet. Ouf. Je pars plus léger. Bon, il faudra quand même les relancer encore pour que ce soit fait.

Tout en cherchant une bonne occaz’ sur le site olx.com, le « bon coin » colombien, je décide de partir vers l’est, dans les montagnes au-dessus de Bogota. Le lever du jour révèle une belle campagne de collines verdoyantes, où l’élevage est largement majoritaire. Conséquence de quoi, il y a du barbelé partout : on est au paradis du camping mais on est coincé devant la grille. Le bon côté, c’est la cuisine ou plutôt la boulangerie qui utilise le fromage local pour de belles découvertes.

Villa de Leyva est une autre vieille ville coloniale, entourée de petites montagnes au climat sec, située au bord d’un sanctuaire de faune et flore. On dirait la Provence sans les oliviers. Et il pleut, enfin de rapides pluies fines. Des rues grossièrement pavées, de belles baraques cossues peintes en blanc avec des boiseries vernies : touristique mais un certain charme. Je passe une nuit fraîche dans le hammac, de quoi regretter la tente. Le hammac en lui même est confortable, mais la moustiquaire te colle à la face, et le moindre courant d’air te glace le dos.

Il y a une célébration dans le village très prochainement mais je décide de partir précipitamment pour de vraies montagnes plus à l’est, le parc national El Cocuy, même si la saison est au froid. Il y avait bien eu un barrage routier sur les hauteurs de Tunja, le chef-lieu de la région, mais je n’y avais pas vraiment accordé plus d’attention : on était passé, et puis ça avait l’air une affaire d’un ou deux jours. Je décide de prendre la route plus au sud et contourner le barrage. Encore une bien belle décision. Retour donc à Tunja à travers une nature décidément très belle, pour découvrir que TOUTE la région est maintenant bloquée après des affrontements entre camionneurs et forces de l’ordre qui auraient tourné au vinaigre. Personne ne passe et ça va durer un moment. 

J’en étais sorti de justesse et il a fallu que j’y retourne. Il n’y a plus qu’un bus pour Bogota que je voulais éviter, et qui va nous faire une longue promenade bucolique à travers des chemins de terre pour contourner un des barrages.

Tu voulais voir la montagne et on a vu la ville. Tu voulais voir la nature et on est retourné en ville. Comme toujours.

Direction dans la foulée à Salento, au ras du parc Los Nevados, plus au sud (adieu le nord) : une belle tâche verte sur la carte qui promet. Le village a un charme indéniable et le paysage est superbe. Des montagnes, des plantations de café et des prairies à bétail : c’est la Suisse colombienne. C’est vert et pour une bonne raison, il pleut beaucoup. Encore la pluie. Comme toujours. 

Du village, on a accès (enfin à 10 bornes) à la vallée de Cocora, célèbre pour ces palmiers à cire (?), la variété la plus haute du monde jusqu’à 60m de haut soit-disant : enfin si ceux qu’on voit atteignent 35m, c’est le bout du monde. Il en pousse ailleurs également. Plusieurs balades à faire le long de chemins empruntés par le bétail, donc à patauger dans la boue (entre autres) et en se faisant copieusement arrosé. Une éclaircie et la beauté du lieu peut enfin se faire apprécier. Jusqu’à la prochaine averse. De la forêt humide aux fougères arborescentes et puis les épineux, pour finir à ces étranges plantes comme un petit aloe-vera sur un tronc, et qui pousse à plus de 3000m.

Qui dit bétail, dit barbelé, et là encore, la nature en est quadrillée.

On peut avoir accès de ce côté au parc national et quelques jours de treks (à la bonne saison) et profiter des lacs d’altitude et cette flore bien spéciale. À noter que ce soit-disant parc national Los Nevados est en fait une entreprise privée pour faire des tunes : pas vraiment l’esprit nature-protection-faune-flore ouvert à tout le monde.

Alors le café colombien ? Franchement bon et doux, sans aucune acidité et un bel arôme. Les fincas à café sont d’ailleurs une destination touristique à part entière.

Tout près, les montagnes en moins, Filandia est un petit pueblo bien sympa, et moins touristique. Peut-être plus de café. Enfin y a encore des français partout. Le 20 juillet, ce fut la fête de l’Indépendance et la commémoration multicentenaire de la région, bref un bon prétexte pour un défilé haut en couleur mais silencieux, ce qui fait plutôt drôle. Il y a eu un clin d’oeil pour toutes les époques, des indiens et des espagnols aux jeeps « contemporaines » couvertes de café. Par contemporaine, on parle ici de la jeep Willys, toute rutilante, qui fait office de taxi collectif pour rejoindre les coins perdus ou pour promener le touriste.

Le temps de choper un rhume et on continue vers le sud et le désert de la Tatacoa. J’espérais du chaud et sec : j’arrive sous les gouttes. En raison de ces deux chaînes de montagnes parallèles de part et d’autre, bloquant la majeure partie des nuages (enfin en principe), ce désert est le rendez-vous des astronomes. À la bonne saison. Quand j’y passe, le ciel est couvert. Comme toujours.

Restent les attractions diurnes, ces superbes formations dûes au ruissellement des pluies sur différentes couches sédimentaires. On a comme résultat de beaux drapés très photogéniques parmi les cactus géants. Des drapés rouges, et plus loin, la version grise et des pierres qui semblent léviter.

Et là encore, le pays est sous barbelé. À se demander quand même ce que peut bouffer le bétail. Le ciel se dégage et on le regrette déjà. Le vent finit de te dessécher.

Plus au sud, San Agustin est un pueblo dans un paysage de petites montagnes très arrosées (encore de la pluie) et de superbes gorges où l’on ne compte plus les cascades. Ici aussi café, bétail et barbelés. On construit en bambou, des murs en colombage jusqu’au toit où l’on fait tenir les tuiles sans litaux ni volige, uniquement sur du bambou.

L’attraction locale est la collection de sculptures funéraires laissées par une ancienne civilisation (poteries jusqu’à 6000 ans) dont on ne sait absolument rien, même pas leur nom. Aucune écriture n’est venue renseigner les archéologues. On visite les quelques tombes qui rappellent la culture des celtes : de grandes dalles de pierre levées couvertes par d’autres dalles en guise de toit. On y trouve parfois d’étranges motifs de couleur. Il y a parfois des sarcophages taillés dans une seule pierre. Des statues anthropomorphes gardent l’entrée ou se dressent comme pour signaler quelques sites sacrés. Les visages sont clairement négroïdes, et rappellent les énormes têtes laissées par les Olmèques au Mexique. D’autres détails révèlent les piercings habituels (nez, oreilles) et des symboles clairement shamaniques.

Des jours à se casser la tête à essayer de planifier pour la suite. Des heures sur le web.

La bonne saison pour le trek au Pérou et en Bolivie va de juin à septembre, voire octobre, ce qui semble être la saison sèche pour l’Amazonie. La Guyanne est le seul pays où je peux récupérer mes affaires de trek envoyées de France sans avoir à payer une fortune en taxes, sans règlement absolument aberrant et une certitude que le colis ne « s’égare » pas (encore que). Les distances sont gigantesques et les connections aériennes ridicules. Quant tu regardes la carte de Colombie, plus de la moitié ouest est une zone verte que seuls traversent les fleuves : un peu la terra incognita pour les durs où la vie ne tient qu’à un fil.

Pour traverser le poumon de la planète, il n’y a donc que les fleuves, des milliers de kms de flotte. L’avion ou le bateau en Amazonie, c’est d’ailleurs le même prix, les emmerdes en moins. Juste une question de temps.

Tout d’abord il y a le rio Putumayo qui forme la frontière naturelle avec l’Equateur pour aller se fondre dans l’Amazone au Brésil. Aventures garanties en terre guérilleros et narcos, tribus indigènes et autres bestioles.

Le rio Napo quand à lui, part un peu plus au sud de l’Equateur pour rejoindre Iquitos au Pérou, d’où on repart vers le Brésil. Une succession de bateaux irréguliers où on attend le blanc qui aime à passer par là. Long et coûteux.

On peut évidemment partir directement d’Iquitos, Pérou, accessible uniquement par air ou eau, mais le billet n’est pas donné. Ou descendre la rivière jusqu’à Iquitos depuis Yurimangas, et continuer. Là encore y en a pour un mois à voir défiler lentement le même paysage.

Ou un billet d’avion jusqu’à la triple frontière Colombie Pérou Brésil, par où tous les bateaux passent, et commencer à descendre sur des ferries réguliers et confortables. La solution rapide et raisonnable. 

J’ai laissé tombé l’option voiture : soyons honnête, faire la route en bagnole, c’est se promener tranquille sans vraiment quitter le cockpit. Ça sera donc pour plus tard.

Un petit tour dans la ville blanche de Popayan, un nom de plus sur la longue liste des vieilles cités coloniales. Des murs blancs, des églises et des gouttières qui disparaissent dans les murs. La cuisine locale y est savoureuse avec, tenez-vous bien, trois restos végétarien ! On peut enfin découvrir des saveurs locales. 

La grosse ville Cali, la capitale de la salsa, que je voulais éviter également (comme toujours…) pour un avion au bout du bout de la carte.

« A la horde ».

Panama

Le passage de la frontière est encore un mélange glauque d’arnaques légales. Le Costa Rica demande 8$ comme taxe de sortie (plus élevée si payée en monnaie locale), le Panama demande 3$. Disons plutôt qu’on te force à passer par un bureau perdu pour payer cette taxe dont personne ne vérifiera plus tard sur la route. Le pueblo quant à lui, respire bon les embrouilles. De chaque côté du pont, ce sont les chinois qui tiennent les supermarchés, comme partout ailleurs au Panama. Il semble d’ailleurs y avoir ici une incroyable mixité raciale.

Les bus deviennent des minibus coréens d’une vingtaine de place, où tu n’as qu’un micro-coffre pour les bagages, et dont le prix grimpe fortement (équivalent à une nuit d’hotel au Nicaragua).

Bocas del Toro, ce sont ces îles au nord du Panama, sur la côte Caraïbes, où se déverse la majorité du flot touristique. On vient ici pour la fête, éventuellement les plages. Il y a même un peu de surf.

D’Almirante, où les cargos font le plein de bananes, on a le choix entre un ferry lent et une panga rapide pour rejoindre la grande Isla Colon et le plus gros « village ». Les hotels ont construit sur la mer et on a l’impression d’arriver à Venise version Caraïbes. Avant de sauter à l’eau, se rappeler que toutes les eaux usées y finissent…

Pendant que le monde fait la fête, je fais connaissance avec la colonie de bed bugs.

Plus haut vers le nord, on a Wizard beach et le spot de surf. Pour nager, il faut prendre un taxi collectif pour traverser l’île et arriver à playa Estrellas (la plage aux étoiles de mer). La baie intérieure bénéficie d’une eau calme et limpide idéale pour la nage. Seulement voilà, les étoiles de mer sont toutes proches du rivage et les bateaux de touristes venus exprès n’ont pas envie de contourner un pauvre nageur qui aurait eu l’audace de s’aventurer plus de 10m du rivage, c’est-à-dire au delà des bouées. On a seulement le droit de barboter. Se poser ici est traduit en dollars : on parle d’une bande de sable avec quelques cocotiers d’une quinzaine de mètres de large, lardée de shacks et de transats, où beaucoup viennent en fait soigner leur gueule de bois.

La petite Isla Caranero, à un jet de pierre en face des docks, est plus tranquille : pas de traffic mais pas mal d’hotels. Les plages sont pas trop mal mais beaucoup de reef. Un autre spot de surf au large.

Isla Bastimientos plus loin est beaucoup plus grande. Deux plages dont la baignade reste dangereuse et où on se fait braquer les sacs sur la plage. Le village est un vrai guetto.

C’est drôle : je cherchais un endroit pour me poser tranquille, à regarder les nuages, tai chi en face de l’eau, à tellement ralentir que les cryptages de la matrice deviennent visibles. La réalité en est bien loin : je continue à accélérer, et à passer par ces trappes à touristes qui me lassent. C’est une bonne leçon pour le sud : objectif nature.

En face de Bocas, on peut voir les sommets du gigantesque parc Amistad, qui abriterait entre autres 3 groupes indigènes, et un accès extrêmement limité : le paradis de l’aventure. La pluie semble y être plus que quotidienne.

Les deux frontières terrestres du Panama sont d’ailleurs toutes les deux délimitées par de vastes parcs impénétrables ou presque : Amistad au nord, le Darien au sud. Bien que la nature doit y être incroyable, ce dernier est toujours le paradis des narcos, guérilleros (FARC), immigrants illégaux, avec bien sûr malaria et dengue. 

Une longue journée en passant par un bout du parc, pour rejoindre la côte Pacifique et des plages de sable noir. Au passage, on croise des femmes indigènes habillées d’une longue robe de couleur unie, décorée à la taille et sur le large col de motifs géometriques.

Pedasi est un petit village sympathique en voie d’explosion touristique, comme à playa Venao, une superbe baie idéale pour le surf. Mais dans 5 ans, le béton aura remplacé le vert. Il pleut à seau.

On entre à Panama la ciudad par le pont des Amériques qui enjambe le fameux canal. La ville est un mélange chaotique de vieux bâtiments en proie aux promoteurs (Casca Viejo), au ras du béton funky-cages-à-poule des années 70 et de tours modernes en verre un peu plus loin, avec quelques exemples d’architecture intéressante.

Le canal connecte l’Atlantique au Pacifique, de Colon, un véritable coupe-gorge, à Panama city. On trouve entre ces deux villes, le parc national Soberania, considéré comme un des meilleurs endroits au monde pour observer des oiseaux : plus de 500 espèces sur le même spot, le fameux Pipeline trek.

À défaut, il y a le Metropolitan park en pleine ville et avec de la chance, on peut voir quelques singes comme le mono titi, une petite peluche, ou des paresseux à trois doigts.

Une surprise m’attend à l’aéroport : on me demande maintenant un billet de continuation pour la Colombie, sinon je n’embarque pas. Une arnaque comme pour le Mexique. Aucune infos évidemment sur leur site quand tu prends le billet. Panique coléreuse, il faut trouver quelque chose et j’oublie les sites où tu peux imprimer un faux billet d’avion, dont on m’avais parlé au Costa Rica. Au lieu de cela, j’essaye de trouver un billet de bus. Et la seule option, un billet cher, équivalent à mon billet d’avion, et sur un site américain (?). Ça sent l’embrouille à plein nez.

Ça sera le dernier cadeau du Panama.

Costa Rica

Le paysage ne change guère : on passe des belles prairies à bovins à d’autres ranchs cette fois à l’américaine, vastes domaines dont l’entrée est gardé par des effigies en pied de l’animal bossu. L’économie est ici très clairement en bonne santé. Fini les chicken bus, ce sont maintenant des bus neufs air-conditionnés. Un sérieux effort a été fait sur l’écologie : on ne voit pas un plastique qui traîne, et une eau claire coule dans les rivières. C’est l’exception d’Amérique centrale, et ça fait bien plaisir.
Une large communauté black squatte à la frontière : le Nicaragua n’en veut pas.
On monte légèrement et on laisse la fournaise du Guanacaste. Un air de Malaisie : une nature luxuriante, l’architecture, un je-ne-sais-quoi dans l’air qui me donne envie de changer mes plans. Enfin presque.
Le Costa Rica demande à tous les voyageurs un billet retour ou de sortie. Même chose pour le Panama. De là, pour continuer vers la Colombie, c’est soit un billet d’avion direct (137 $), soit le fameux bateau, « l’aventure » touristique vendue à tour de bras : plusieurs jours sur un voilier avec un capitaine que tu n’as jamais vu et dont tu ne sais rien, avec d’autres touristes hystériques bien souvent trop jeunes que tu évites de fréquenter en temps normal, le tout coincé dans 8 mètres carré au mieux, et en plus, pour 600 $… Tout dépend des objectifs de chacun.
Devoir prévoir à l’avance un billet d’avion est une chose pénible : tu poses un cadre sur le flot naturel du voyage.
Ça sera donc deux semaines pour deux pays. Cher, c’est le premier mot pour décrire le Costa Rica. Cher, trop cher, à tel point que les voyageurs racourcissent leur séjour, et vont voir ailleurs. D’autres ne font que traverser, comme moi. Et ce qui en sort des routards rencontrés : alors oui, la nature est belle, mais payer apparemment à tout bout de champ 10 ou 15 $ pour tout, une entrée de parc (15 fois le prix local), ou même pour une plage, c’est prendre le blanc pour une vache à lait. Les prix américains pour la bouffe. Encore une fois, comment vivent les locaux avec en moyenne 600$/mois ?
Passage obligé par San José, la capitale, glauque et moche malgré un coucher de soleil grandiose. Il pleut beaucoup la nuit, et il fait presque froid.
Le lendemain, la route grimpe et zigzague à travers une superbe forêt humide, le parc national Braulio Carrillo, jusqu’à former de véritables murs végétaux, et cette brume qui reste accrochée sur les crêtes des montagnes, comme dans mes souvenirs du film Greystoke. Redescente vers la chaleur humide des plaines, les plantations de bananes Chiquita, et finalement Puerto Viejo, au bord de la mer des Caraïbes. Un petit village touristique mais tranquillo où le reggae diffuse des vapeurs de joint. On n’a pas construit ici directement sur la plage : on a su laisser l’ombre de ces beaux ficus et autres « amandiers » pour une belle balade en nature à deux pas du supermarché. Du petit parc Cabaito (un des rares gratuits plus au nord) à Manzanillo tout au bout de la route, il s’agit d’une succession de plages sur une trentaine de kilomètres. Mais la saison des pluies a défiguré les plages : l’eau a perdu de sa transparence et les vagues dangereuses. Il pleut souvent et beaucoup.
D’ici, le flot touristique se rue vers les îles Bocas Del Toro, de l’autre côté de la frontière, et je vais les suivre.

Nicaragua

Tranquilo. C’est en fait le pays le plus sûr d’Amérique centrale. Vraiment peinard.
Le quatrièmeme pays sur le même visa depuis le Guate, bref pas grand-chose ne change : volcans, café et riz-frijoles appelé ici guallo pinto. Du beau surf également…
La première chose que je remarque en arrivant, c’est la dimension du porte-bagage dans les bus : ce sont toujours les mêmes bus mais cette fois, je peux enfin mettre mon gros sac au dessus de ma tête. Ça fait parti des trucs qui te change la vie.
Leon, une autre ville sympa au passé colonial. J’arrive de nuit : l’imposante cathédrale illuminée domine la ville. Tout le monde est dehors pour profiter de la tiédeur nocturne. Leon est en fait la ville la plus chaude du Nicaragua, et je vais très vite m’en rendre compte. C’est la canicule : on doit se rapprocher des 50 degrés en journée. On étouffe et le mot est faible. C’est le début de la saison des pluies, où on passe du four à la douche. Sauf qu’on attend toujours les gouttes.
Ambiance village ici : rares sont les maisons avec un étage. Toits de tuile, rues pavées, et bien sûr, plusieurs exemples d’églises d’un style colonial pompeux.
Les maisons familiales quand à elles sont construites autour d’un jardin carré, qui aide à maintenir un semblant de fraîcheur, et à préserver une certaine quiétude la nuit. Les vieux toits étaient couverts de tuile, avec un espace prévu pour la ventilation entre le toit et les habitations, elles-mêmes très hautes de plafond. Mais elles sont remplacées maintenant par des plaques de tôle, collées directement au-dessus des pièces à vivre : idéal pour la cuisson à l’étouffer.
Plusieurs marchés où on mélange courges, patates et brocolis avec les fruits exotiques, et où on peut trouver les fritangas, ces boui-bouis aux saveurs locales : economico. Voir page végétarienne. Et puis se faire appeler « mi amor » de bon matin, c’est pas mal aussi. J’avais déjà remarqué cela sur les marchés au Salvador : ici aussi, c’est la ponctuation pour tout échange verbal entre les deux sexes. Y a quand même une limite d’âge.
Comme auparavant, l’euro est toujours aussi pénible à changer : ils passent d’abord par le dollar. Les prix (des chambres notamment) sont aussi en dollars, mais la monnaie reste le cordoba : le taux de change varie selon l’humeur.
Surprise, le téléphone me lâche au bout de trois mois seulement : impossible de redémarrer, le machin tourne en rond et surchauffe. C’est mon seul objet électronique et la machine à tout faire : caméra, interface internet, musique, films,… Après de grosses sueurs et de recherches sur internet, la seule solution est le « reboot » : une simple manipulation pour réinitialiser, et donc perdre toutes les données (adieu photos…). Le problème a été reconnu par LG : deux composants qui se toucheraient sous certaines conditions, sur les modèles G4 d’avant septembre 2015. Ils remplaceraient le téléphone sous la condition d’avoir acheter chez LG directement, évidemment…
Pour l’instant, ça a l’air de tenir.
On étouffe : c’est limite supportable. On annonce plusieurs décès à la capitale.
Il est temps de découvrir la côte Pacifique. Et plutôt que ces plages populaires à une heure de Leon, je vais rejoindre la bourgade de Jiliquillo, plus au nord sur la côte. Perdu au bout de la route, en remontant cette presqu’île qui fait face au Honduras, juste avant de tomber sur ce vaste estuaire Padre Ramos, on vient aussi ici pour surfer (enfin apprendre). A deux pas, il y a également un des lieux de ponte pour les tortues de mer.
Un sable gris-noir, des débris de construction un peu partout, avec certaines maisons littéralement mangées par l’océan, et du barbelé entre ton hammac et la plage, on est plus dans un décor post-apocalyptique qu’au paradis. Néanmoins, l’endroit reste paisible.
Les seules options pour se poser sont ces quelques surf-camps où la note finale est plutôt salée. J’y croise un couple allemand pour enfin des infos fraîches sur les fameuses Corn Islands, deux îles dans la mer Caraïbes à plusieurs dizaines de kilomètres des côtes, dont on parle beaucoup. Accessibles par air et par mer, y aller vaut son pesant de cacahuettes. Par mer, c’est l’expérience boat-people assurée. Mais par air, en payant cash à l’aéroport, on économiserait un quart du prix. Retour express à Leon pour remplir le portefeuille de gros billets rouges (500 cordobas), et le lendemain, la chance m’attend à l’aéroport : tous les avions sont complets, reviens demain. Je decide donc de passer le week-end à Granada, et revenir lundi.
Au bord du lac Managua, dominé par le volcan Mombacho, Granada est la version restaurée de Leon, et destinée au tourisme : certainement plus prospère autrefois, les maisons sont plus belles, plus de couleurs, on a même les carrosses pour des promenades « à la bourgeoise ». C’est beau, presque un peu trop. La cathédrale reste moins impressionnante. Fantasies gothiques au cimetierre.
Ici aussi, la nuit tombée, les maisons s’ouvrent pour pouvoir respirer : on peut alors découvrir des trésors d’intérieur. Colonnades en bois verni, meubles somptueux, splendides jardins intérieurs…
Une autre rue s’anime le soir, derrière la cathédrale : les uns à côté des autres, restos et bars étalent leurs terrasses et crachent leurs appâts musicaux à qui veut bien entendre.

Le téléphone me lâche une fois de plus : est-ce dû à la chaleur ?

Pas très loin, on a le volcan Masaya (635m) encore actif : la route arriverait tout près de la lave pour des photos de nuit.

Retour à l’aéroport de la capitale, pour retrouver mon amie la chance : le vol est retardé de 2 h pour mauvais temps. Est-ce un signe ? Évidemment le billet est non-remboursable : on a un an pour l’utiliser. Puis 3 h et pour finalement décoller 5 h plus tard.

Dire que c’est un aéroport est un bien grand mot, mais on s’efforce pour avoir un semblant d’organisation. L’avion quand à lui, c’est un coucou de 12 places. Yihaa !
Après 1h de vol, on aperçoit les fonds sous-marins et Big Corn. Bienvenue aux Caraïbes : ici, c’est créole anglais et reggae, sous une humidité record.
Entre les deux îles, il y a un service de pangas (barque avec un gros moteur et quelques gilets de sauvetage pour faire bonne figure) : leurs horaires correspondent à celui des avions. Au lieu de courir vers Little Corn, je vais passer une nuit ici et je vais amèrement le regretter. Mimundo est certes un hostel les pieds dans l’eau mais avec des dortoirs beaucoup trop chers où règnent une chaleur impossible, avec en plus des moustiques et des bed-bugs (punaises de lit : un cauchemar). En gros n’y allez pas : tout le monde se fait bouffer. C’est simple, je n’ai pas pu dormir de la nuit. Bienvenido.
Little Corn, une petite île sans aucun traffic (enfin pas de voitures ni motos, pour le reste on verra plus tard) et où on transporte tout avec des brouettes. On arrive côté ouest, où les eaux sont calmes, mais c’est le côté pueblo et le gros de la population. Côté est, sous le vent, on a des bungalows très basiques pour relativement pas cher et une paix tout aussi relative : les mouches des sables sont terribles. Meilleure plage (et de loin) au nord autour de l’hotel de luxe Yemaha. La chance continue puisqu’il se met maintenant à pleuvoir, et l’eau maintenant trouble ne fait pas franchement envie.
Il y a par contre sur l’île des puits d’eau douce de très bonne qualité mais on se garde bien d’en avertir le touriste. Avec ça, en choisissant bien les tiendas locales, on peut s’en tirer très honorablement côté budget. Et c’est la saison des mangues : il n’y a plus qu’à se baisser.
La star locale ici, c’est la langouste, que l’on peut déguster pour trois fois rien en saison. Ce n’est évidemment plus la saison : mai et juin sont les deux seuls mois de pause imposée sur la pêche. La suerte…
On peut admirer les montagnes de caisses en bois qui attendent avec impatience la chasse au crustacé : on a du mal à évaluer le tonnage annuel de cette pêche providentielle.
Le lot de consolation,  le « pan de coco », à base d’eau de coco, ou encore le gâteau à la banane ou gingembre.
Les jours passent : se promener à moitié à poil doit certainement aider à la détente. Reggae à toute heure de la journée. On est loin de la fournaise des villes : il y a presque toujours une petite brise (côté est seulement) qui rafraichit et chasse les mouches des sables.
Le téléphone me lâche une fois de plus.
Et puis, quand il n’y a pas de touristes à amener faire un tour, les mecs vont pêcher. Et c’est là où la chance va enfin se réveiller. Livraison à domicile : je suis le premier à choisir. Grunt, un poisson argenté rayé de bleu, yellow tail snapper, poisson perroquet…
Juste à côté, il y a trois pouilleux qui campent à l’arrache dans le bush : cuisiner au feu de bois avec eux va réveiller de bons souvenirs martiniquais. Je vais répéter l’expérience avec plus de classe et pour plus de monde : curry de poisson à l’huile de coco avec riz cuit uniquement dans l’eau de coco. Ils en parlent encore.
La Colombie possède étrangement deux îles (San Andres et Providencia) à quelques encablures de là. Les Corn comme les Cays un peu plus haut sont depuis longtemps sur la route des narcos en direction du nord  : stockage ou de passage, la cocaïne est partout ici. Il arrive également que l’on soit obligé de se débarrasser à la hâte de quelques paquets qui vont s’échouer sur les plages, faisant un ou plusieurs heureux : à partir d’un kilog de pâte, on fabriquerait jusqu’à 50 kilogs. Même ici au Nicaragua, ça fait beaucoup de pognon. Et on voit parfois passer de beaux bateaux ou de beaux 4×4.
La pluie n’a fait qu’amplifier les bestioles : je me fais désormais bouffer la nuit. Retour 2 jours sur Big Corn en attendant le vol retour. Long beach est une belle plage au sud de l’île, côté vent donc pas vraiment pour nager. Ambiance ghetto autour du port. Les chevaux se baignent au crépuscule.
D’une île à une autre, je vais voir l’île d’Ometepe sur le lac Managua, où dominent deux volcans, le Conception (1610m), et le Maderas (1394m). Par temps clair, leur ascencion est récompensée par une vue incroyable. Mais les pluies nous font passer la journée à écouter la musique des trombes d’eau tombant sur les toits de tôle. Les rues se couvrent de cette boue noire, le ciel est lourd et la nature luxuriante. Le moment beauté aux couchers de soleil.
On trouve des pétroglyphes sur l’île ainsi que des statues d’influence clairement maya. Le Conception serait le frère de la Lune et le Maderas, le soleil.
Le Nicaragua, c’est aussi le pays du cheval : y en avait même sur Corn Islands. On les voit montés pour garder les troupeaux de vache, ou en liberté comme au bord du lac Managua, ou en parade, la crinière tressée. Ah c’est quand même beau comme animal.
Phénomène récurant : dans n’importe quel bus, où que tu ailles, il y aura toujours au moins un type qui va se mettre à hurler en brandissant la Bible : que ce soit pour des stylos ou pour la pilule miracle, il vaut apparemment mieux commencer par citer un passage du bouquin. Jusqu’au jour ou un type montre des photos d’un gamin (mort) avec d’énormes vers blancs sortant des orifices : le ver grossirait jusqu’à tuer l’hôte. Et bonne journée.
Quant à passer du temps sous la pluie, en fait il s’agit plutôt d’une alternance de chaleur étouffante et de pluie, autant aller sur une plage : le ciel est plus vaste. San Juan del Sur est la destination gringo du pays, et c’est la première fois qu’on essaye de m’arnaquer sur le prix du bus.
Ancien petit village de pêcheurs aux abords d’une jolie baie, c’est devenu un peu comme à Bali : bars-palapa (toits de palme) en front de mer, restos ou guesthouses offrant toutes la même chose et locations de surf. Ah j’oubliais : il y a aussi les tattoo shops pour vous aider à choisir le dauphin de vos rêves.
Le bon côté des choses, on peut manger autre chose que le gallo pinto. Et puis c’est la saison basse : le pueblo semble déserté et c’est bien agréable.
La plage principale est une belle demi-lune farcie de bateaux : chaque vague éclate sur toute la baie en même temps et remue beaucoup de sable. Le coucher de soleil est presqu’en face, un de ces moments que tu apprécies après la fournaise de la journée.
Le surf peut être solide aux alentours et les transports privés vers les différentes vagues coûtent un bras : gringo prices, un avant-goût du Costa-Rica. Plus au nord, on a playa Marsellas, une belle plage de sable avec deux pics droite gauche côte à côte, qui, de la plage, donne cette illusion de face à face.
Suivi de Maderas : du reef et du sérieux surf. En remontant cette même plage rocheuse vers le nord, on a des monstres de vagues. Suivi de Majagual. Plus loin encore et difficile d’accès, on trouve ce qui semble être les meilleures vagues du pays à playa Gigante et Popoyo. D’autres plages plus au sud de San Juan également, jusqu’à toucher le Costa Rica.

El Salvador

Six heures du mat, je monte dans un des premiers minivans pour le terminal Minerva de Xela, puis un chicken bus attrapé au vol pour Mazate (Mazatenango). Qu’est-ce qu’un chicken bus ? La meilleure façon de mourir ! À faire la course sur une route de montagne farcie de dos d’âne et de trous, pour essayer d’arriver le premier tout en s’arrêtant pour prendre le max de monde, avec, en face, des monstres de trucks américain. Sympa au p’tit déj !
On passe des virages à la plaine tropicale : les petites parcelles à flanc de montagne deviennent de vastes plantations de canne à sucre. La température remonte en flèche.
On enchaîne avec un autre bus qui tente de battre tous les records de capacité, le sac sur les genoux donc, et jusqu’à Escuitlan, une ville de mauvaise réputation, puis un autre jusqu’à la frontière. Même pas le temps de pisser. Obligé de changer de bus en route, le premier n’y va plus. La chaleur est étouffante et la nature agonise. On a désormais sous les yeux de vastes zones déboisées implorant la pluie, où l’on voit quelques bovins qui promènent leur squelette à la recherche de l’ombre.

Passage de douane en douceur.

Bienvenido a El Salvador. Rien ne change, sauf les flics qui passent du noir au gris après le pont. Les même tiendas, les mêmes trucks, les même compagnies de téléphone… Et d’autres volcans. On passe au dollar, et oh soulagement, ce sont de belles routes sans ces horreurs de dos d’âne. On a droit cette fois à une version plus ancienne pour les bus, et un prix dérisoire. La canne à sucre continue mais le paysage devient vite beaucoup plus vert. 
Le vrai changement est en fait dans le coeur des locaux : on a laissé l’agressivité au Guate. Ici, les gens sont aimables, chaleureux, et accessibles. C’est la deuxième fois que je passe par là et à chaque fois, la différence est un soulagement. On a enfin l’impression d’être en Amérique centrale.
On a également laissé le mètre cube guatémaltèque pour des formes qui redeviennent féminines, mise à part les proprios des pupuserias (voir page végétarienne).
Il y a malgré tout de sérieux problèmes comme ces statistiques qui annoncent un 15 assassinats par jour en avril. On est encore dans le triangle de la poudrière entre Guate, Honduras et Salvador. La nuit, vaut mieux pas trainer quand même. Comme au Guate, on voit la majorité des magasins protégés par un garde et son fusil à pompe. Ils sont évidemment plus nombreux dans les banques.
Mais le voyage n’est pas encore fini. Après le bain de transpiration, le bus s’arrête à Sonsonate, pour sauter dans un autre jusqu’à Juawua, un petit village au nom imprononçable sur la fameuse route des fleurs, el final. Le service s’arrête à la nuit, ce qui explique un départ aussi matinal. Au total, ça sera onze heures de route sans pose et 7 bus.

« La ruta de las flores », c’est un voyage dans le temps le long de plantations de café. Au nord-est, autour du volcan Santa Ana (2381m), on y trouve le meilleur café du pays, où les planteurs ont laissé de charmants petits villages coloniaux : églises, rues pavées et maisons de plein pied aux toits de tuile. On a regagné de l’altitude et l’air y est moindrement plus frais. La vie y est tranquille, peu de touristes font le détour jusqu’ici. On pourrait se croire à Antigua il y a 20 ou 30 ans, le chapelet de ruines ecclésiastiques en moins.
Aux premières pluies, le café fleurit et ce sont des hectares de fleurs blanches. On en fait du thé, du thé de fleurs de café…
Le gros de l’affluence est en fait le week-end, lorsque pendant trois jours, chaque village se recouvre de stands de toutes sortes, avec en vedette les spécialités culinaires locales. Le reste de la semaine, c’est le village fantôme comme à Apaneca.
Pour le meilleur hébergement, ça reste Juawua. Il y a également ces belles chutes d’eau toutes proches : la rivière sort littéralement de la roche verticale en plusieurs endroits, au beau milieu d’une forêt tropicale. Des bassins ont été aménagés pour la baignade et plus loin, il y a une usine hydroélectrique.
Ataco est connu pour ses peintures murales et l’on sent bien le potentiel touristique du village qui est prêt à exploser si jamais il venait à y avoir plus de monde.
Le côté glauque, ce sont le lot de burrachos dans la rue qui mendient. Ambiance garantie la nuit tombée.
Santa Ana est la grosse ville où l’on peut contempler les vestiges de la grande époque.
Si l’envie vous tente, il y a bien sûr le volcan Santa Ana à escalader, situé dans un parc comptant d’autres volcans comme l’Izalco (1952m) ou encore des pics comme le Cerro Verde (2000m). Et puis il y a Ban-Ban et la dernière pâtisserie pour un bout de temps. Je ne resterai pas : l’objectif est le Nicaragua.
Demain je vais traverser le pays, passer au Honduras et le traverser, pour arriver à Leon, Nicaragua. Après le 11h de chicken bus précédent, pourquoi ne pas tenter un 15h ?

Cinq heures du mat passées, je monte dans le premier bus urbain pour attraper le bus « espresso » air conditionné en direction de la capitale. « Espresso » parce que plus rapide que le « directo »… Chaque minute compte. Une fois dans le charme très relatif de la capitale, un autre chicken bus d’un terminal à un autre (le plus lent, puisque le 7C est en réparation..) et je chope le 306 air conditionné soit-disant direct à la frontière. En fait, il ne fait que rejoindre la dernière ville, mais le voyage se fait en tout confort : une bien meilleure option plutôt que se vider de son énergie entassé sur un siège de chicken bus. Mais on perd presque une heure à attendre.
Un paysage plutôt plat sauf à l’abord des volcans avant San Miguel dont El Tigre (1640m). On passe de la culture de la canne à celle de la vache, où l’on s’entête à défricher pour laisser crever de soif ensuite.
Changement de bus pour le dernier bout, qui tarde à venir.
Le passage des douanes se fait en douceur : on doit payer 3 dollars pour entrer au Honduras.
Il y a en principe un minivan qui relie les deux frontières pour les pressés comme moi n’ayant aucune envie de trainer dans ce pays. Mais il est tard (on perd du temps dans les changements) et il semble qu’il n’y aura pas grand monde avant longtemps. Bref encore une fois il reste l’option la plus lente : un bus pour Choluteca. Il se fait tard. La route est plate et monotone, et il fait chaud. Arrivé au terminal, il y a un minivan pour la frontière: c’est le dernier et on va s’entasser comme des sardines pour une heure de plaisir. Les abords de la frontière est décidément le territoire des cow-boys sur des chevaux un peu minces.
L’éternelle file de camions arrive en vue et un chauffeur d’un tricycle me chope au vol pour m’annoncer la nouvelle : le dernier bus pour Leon part à 18h et on a 40 minutes pour traverser les deux douanes, en tricycle bien sûr. Honduras, merci au revoir, pas de problème. Remonte dans le tricycle, avance au mieux sur une route en piteux état entre la file des trucks immobiles à droite et ceux qui ont enfin réussi à passer en sens inverse. Entre temps, le gars téléphone au chauffeur du bus côté Nicaragua pour qu’il m’attende. Arrive à l’autre douane : une file d’attente incroyable aux 2 seules fenêtres « entrée ». On a à peine une demi-heure. Le chauffeur attend à une des fenêtres et je tente mon coup à une fenêtre « sortie ». Tombe sur un hippopodame aussi vive qu’intelligente, et elle commence à me poser des questions ahurissantes sur les tampons. Je lui répète que le bus part dans 25 minutes mais elle n’en a rien à foutre : elle tapotte sur l’ordi. Je commence à sentir l’ébullition toute proche. Faut maintenant payer 12 $ pour l’entrée dans le pays. Évidemment pas de change, elle lève et disparaît dans un local. De loooongues minutes s’écoulent et je commence à égrener les noms d’oiseaux rares dans différentes langues. Plus de dix minutes pour faire la monnaie ? Mais qu’est-ce que tu fous ma grosse ?
J’apprendrai plus tard qu’il leur faut en fait taper 2 fois les mêmes infos sur deux ordis différents : si si, realmente stupido…. Bon ben il reste de quoi prier pour que le bus ne parte pas, malgré les coups de fil répétés de mon tricycle. Je monte enfin dans le bus pour y trouver d’autres spécimens d’hippopodames ruisselants, avant de partir illico, au milieu de caballeros et des chevaux qui se battent.

Bienvenido a Nicaragua.

Guatemala

L’Amérique Centrale commence ici, au Guatemala. Dictatures, traffics de drogue et violence au quotidien, c’est un peu l’image que l’on a de ces régions du monde, du Guatemala au Panama.
Mais c’est aussi une chaine de volcans dont le plus haut est au Guatemala, le Tajumulco à 4220m, des parcs nationaux – paradis pour les ornithologues, protégeant une faune et une flore endémique comme le jaguar ou le Quetzal, l’oiseau mythique.
C’est aussi les chromes rutilants des chicken bus (bus publics américains), crachant une fumée noire, avec l’omniprésence d’au moins un Jésus en technicolor, de beaux restes d’un passé colonial, dont bien sûr, des églises, ou encore des quartiers mêlant pierre sculptée et peinture sérieusement décrépie pour des photos incroyables, et puis des prêcheurs de « bonne parole » qui ratissent tous les lieux publics, au milieu des chapeaux de cowboys.
Et puis des vagues de catégorie mondiale sur la côte pacifique, rendues célèbres par nombre de films épiques. La côte Caraïbes, c’est plus mangrove et reggae, et quelques îles pour tout oublier. Mais ça, c’est beaucoup plus au sud.
Revenons au début, plus au nord, au Guatemala, où on peut d’ailleurs oublier l’option plage. Des montagnes difficiles d’accès à l’ouest, fief d’une culture indigène très diverse où chaque village a son dialecte et ses couleurs de guipil, à la jungle et ses ruines Maya au nord, c’est un pays pauvre dans tous les sens du terme, chargé d’une histoire sanglante. On peut remonter à la lointaine civilisation Maya, qui par trois fois ont alterné âge d’or et oblivion, célèbre notamment pour ces siècles de sacrifices humains et de magie noire, et qui finira d’ailleurs brutalement massacrée par les nouveaux arrivants espagnols. Avec eux, arriva la nouvelle religion castratrice, et il semble que personne ne s’en soit relevé depuis. Et puis l’indépendance a eu son lot d’horreurs, avec entre autres, le massacre des derniers rebelles retranchés dans les montagnes. Suivit par une dictature qui n’avait que peu à faire du désenclavement et de l’éducation des villages.
Bref la culture de la violence est passée dans les gènes, malgré cette apparente amabilité des locaux : les réguliers cambriolages de baraques de touristes, tout comme les braquages à main armée ou agressions à la machette en sont quelques exemples. L’alcool ici est un fléau, qui entretient évidemment la misère.

San Marcos la laguna, au bord du lac Atitlan, un pueblo qui attire depuis longtemps une foule de pseudo hippies en mal de spiritualité. C’est un peu le Rishikesh du lac, avec moins d’authenticité (disons plutôt aucune) mais plus de fric et au moins autant de drogues. L’endroit dispose, il est vrai, du meilleur emplacement sur le lac, avec cette vue incroyable sur les 3 volcans (San Pedro 3020m, Toliman 3158m et Atitlan 3537m), un climat agréable, avec des nuits fraîches pour bien dormir, et un traffic qui était quasi inexistant.
Les choses ont bien changé et évoluent rapidement. De riches gringos ont commencé il y a 20 ans à acheter des terrains pour une bouchée de pain et à revendre 100 fois le prix une fois construit.
Ce fût l’escalade et maintenant le béton remplace presque le vert, avec les prix qui ont flambé et les locaux désarmés et dépassés. Heureusement qu’il y a encore des jardins ou des zones inaccessibles, le relief montagneux grimpant très vite à la verticale. Quant au traffic, les tuk-tuks ont fait leur entrée et désormais pululent.
L’autrefois petit pueblo paisible dispose maintenant d’une variété de tiendas où l’on vend des produits occidentaux pour les occidentaux, des restos « occidental oriented » où on sert de la bouffe à l’occidentale comme les prix d’ailleurs, quand on paye ceux qui y bossent 1.5 $/heure : un pauvre sandwich vaut quand même l’équivalent de 4 h de boulot ! On propose toutes sortes d’initiations comme par exemple, un mois de yoga à 1800 $, quelques 1200 fois le salaire de base ! L’huile de coco en vaut l’équivalent de 15 h : qui paierait en France 135 € pour un litre d’huile de coco ? Mais encore une fois, on peut faire comme si de rien n’était. L’endroit serait devenu le plus cher du pays, après Antigua bien sûr.
On y voit en saison une faune à moitié à poil et à plume, avec la palme pour le micro-short israélien où on peut « admirer » désormais leur gros cul en marmelade. S’il est vrai que Bardot se promenait avec le même short dans les années 50 à St Tropez, les guatémaltèques quant à elles, sont bel et bien recouvertes jusqu’aux chevilles, et on peut comprendre les locaux qui, décidemment écoeurés, font maintenant payer sans vergogne tous les blancs 2 ou 3 fois le prix sur tout.
Curieusement dans les marchés, les prix sont également très haut à comparer avec la piètre qualité qu’ils proposent.
On le savait : le Guatemala n’a ni le charme asiatique, ni la culture, ni le raffinement, ni la bouffe. Ici c’est du brut, avec cette calamité d’alcool et ses cadavres en place publique, que parfois leurs propres gamins essayent de ranimer pour les trainer à la maison, sans parler des violences conjugales que les familles subissent sans avoir le choix.
Le plat national du Guaté au Panama, c’est le « rice and beans » (riz et haricots), avec des tortillas de maïs, très certainement ogm, vu l’ignorance générale ou tout simplement la trop forte présence ricaine.
C’est curieusement dans ce contexte que le temple tai-chi Seven Stars est venu s’implanter. La plateforme dispose certes de la plus belle vue mais le bruit du pueblo congestionné se fait bien ressentir. Chaque jour vers les 6h-6h30 du mat, la municipalidad nous passe un morceau musical choisi parmi les populaires « zim-boum-boum », quand ce n’est pas de la « musica sagrada » (à savoir quel est le pire…), suivi d’une annonce au micro pour le programme de la journée.
Et puis il y a eu ces 2 semaines de ferias : il y avait de tout, de la grande roue dont le seul regard à l’installation fait froid dans le dos, aux multiples stands proposant TOUS le même biscuit sec, alternant avec, bien sûr, des tacos. Jusque là, tout allait bien jusqu’à ce que débarquent les groupes de musiciens, qui vont jouer fort, très fort et surtout très mal. La journée peut désormais commencer à 4h du mat par une annonce au micro et un pauvre défilé où même les participants doivent se demander ce qu’ils foutent là, suivi par un concert à 6h30 du mat, où José au micro se la donne comme en plein samedi soir. Il a dû sûrement confondre la troupe de soulons éternellement présents pour un vrai public. Un autre « concert » et à 8h du mat, c’est le silence total… Et oui, une autre culture.
On a également droit à ces bombes que l’on fait péter à 25 m du sol et qui doivent secouer toute la chaine de montagnes tellement c’est violent. Ah j’oubliais : ça pète à n’importe quelle heure du jour comme de nuit. Entre l’horreur auditive désaccordée que l’on doit subir et les bombes arrêt-cardiaque, plus personne ne dort. Et puis arrive le jour où tu crois que c’est fini, où tu crois que ca y est, le jour de la St Marcos est bel et bien derrière, mais non, y a toujours une nouvelle excuse pour repartir de plus belle avec le même bouquet, pour le plus grand plaisir des bourrachos.
Malgré cela, on continue de pratiquer, même quand les bombes te secouent les entrailles. Deux heures (plus ou moins), 2 fois par jour à 5h30 du mat et à 5h du soir, où l’on suit en silence les mouvements du leader. La suite complète (la forme longue) se décompose en 120 formes, dont on ne répète que certaines, encore et encore jusqu’à les maîtriser complètement. On n’a malheureusement droit qu’à une très brève introduction seulement à l’inscription ; le reste du temps, tu dois deviner. Heureusement qu’il y a eu ma pote Sonia pour plus de détails. Il y a bien sûr la possibilité de poser des questions à la fin, mais c’est pourtant durant certains mouvements que l’on voudrait avoir plus de détails, et non pas après, quand tout est fini. On nous dit que c’est à l’ancienne, qu’avec le temps, tu comprendras tes défauts de pratique. Attendre minimum 3 ans pour les enseignements ésotériques…à 200 $/mois.
Quand on pense à la disponibilité du boudhisme Theravada, qui donne sans condition une sagesse qui n’a pas de prix.
Néanmoins la technique est intéressante : bouger en accord esprit-corps-souffle en essayant de sentir le « flow », et le suivre bien sûr.
Volcans oblige, on subirait dans les 130 tremblements de terre par jour. Le plus mémorable fut celui qui a secoué la plateforme pendant que l’on pratiquait : un double va-et-vient gauche droite comme un pauvre château de cartes.

Il reste quand même ici le chant des oiseaux la journée et les lucioles la nuit, qui n’ont pas de prix comparé au vacarme urbain habituel. Il faut évidemment savoir choisir sa piaule : la nuit, les chiens qui s’étripent peuvent vite devenir un enfer.
Mon balcon donne sur un superbe jardin privatif, avec, pas très loin, une montagne où s’accrochent les nuages : une vue sauvage bien appréciable.
Côté installation, ils sont allé percer l’évier en plein milieu, juste à côté de l’évacuation, pour faire passer l’arrivée d’eau : oui, un trou dans l’évier. Résultat, dès que tu t’en sers, la moitié finit par terre. Une autre culture, on vous dit.
La pluie est arrivée : tous les jours ou presque, en fin d’après-midi, on a droit à une averse ou carrément l’orage de montagne. Les tou-tous se dispersent, avec les stands de biscuits secs. Le panorama s’embrume.
http://www.soniaontheroadagain.blogspot.com : année 2014, pour un commentaire de Sonia qui vit là-bas, et qui a subi le gros de la saison touristique.
L’eau est un sérieux problème ici, et les coupures sont fréquentes. Ailleurs, de grands projets hydrologiques ont détourné pas mal de ruisseaux et ainsi privé plusieurs villages indigènes de cet accès vital à l’eau. Et puis personne ne traite les eaux usées, ce qui amenuise à grande vitesse l’eau potable. Le lac Atitlan n’échappe pas à la règle et l’on voit remonter à la surface en certaines périodes de l’année une algue jaune irritante pour la peau. Les guatémaltèques semblent se réveiller mais trop doucement.

Le Guatemala, c’est aussi le meilleur endroit pour apprendre l’espagnol. Les écoles sont légions, offrant toutes un hébergement chez une famille locale avec 25 h de cours par semaine en moyenne, voire plus. Xela (Quetzaltenango) reste la mecque tout en restant abordable. À 2300m d’altitude, ayant les meilleures universités du pays, la deuxième ville guatémaltèque n’a l’apparence que d’une petite ville de campagne, et c’est plutôt agréable : je retrouve avec plaisir le Guatemala.
Inepas (inepas.org) est affiliée à l’Unesco et aussi l’école que j’ai choisie. La famille est celle de Dona Mariana de Villatoro, avec ces quinze d’expérience et ses 4 chambres.
Le plus grand souci pour les étudiants reste apparemment la bouffe : certaines familles font ceinture sur les repas pour proposer tout naturellement aux étudiants la formule « goulag ». Il peut y avoir aussi le bruit, entre télé et rue passante, le contact avec la famille… Il semble en tout cas que j’ai eu du bol : même si les portions sont juste minuscules, les repas restent plutôt équilibrés. Et puis je me suis vite mis à cuisiner, pour le p’tit déj en tout cas, sous les yeux ébahis des hôtes. La rue est tranquille, à deux pas de tout, et la famille est muy amable. Je regrette quand même les heures de tai-chi le matin.
L’école quand elle tourne au ralenti : on est 2, dont 2 français. La formule un prof un élève met l’accent sur la communication : et curieusement, je me suis rendu compte que mon niveau n’était pas si mal que ça au final.
Pas mal de jeunes expats américains ici aussi, qui tiennent du journal « Xela now », jusqu’aux divers bars ou restos, pour apprécier ce que peut offrir une telle ville. La perle bien connue reste the Bake Shop, tenu par une communauté ménonite (genre mormon) d’origine allemande et qui propose toute une gamme de produits naturels comme divers pains intégraux, granolas, fromage de chèvre, miel,… , et bien sûr, des donuts maison fourrés avec diverses confitures. Pas étonnant d’y croiser la majorité d’étudiants occidentaux.
Il y a aussi « San Martin » et ses pâtisseries dont l’incroyable mille-feuille. Pour plus de détails, voire la page « végétarienne ».
Les mayas l’appreciaient déjà, le cacao est toujours aussi populaire et on peut le trouver partout, sous différentes formes : fèves de cacao brutes, cacao local (minimum 50% de sucre !) ou importé.
Plusieurs marchés intéressants, où l’on peut prendre la température du pays : l’énorme Minerva, où l’on y voit de tout, des fruits aux « ropas americana », des fringues de deuxième main en provenance directe de Big Brother ; même chose pour les chaussures. Les fruits exotiques sont plutôt limités dans les montagnes.
Et puis il y a l’incroyable cimetière général, à côté du « Parque Calvario », où l’on peut y admirer toutes sortes de caveaux, à l’ombre de vieux arbres : de la mini-cathédrale à la pyramide, avec des archanges en veille permanente et décapités pour la plupart, ou encore ces murs de tombes littéralement superposées les unes sur les autres, et fleuries sur des centaines de mètres.
Le dimanche, c’est aussi la journée chien sur la 4 calle, dont un bout est fermé à la circulation : on peut y voir toute taille de chien avec leurs maîtres de classe aisée.
Mais une ville reste une ville, avec sa pollution record : je ne sais pas si c’est la pauvre qualité de l’essence, mais chaque véhicule nous baigne dans un nuage noir toxique. Ça ne sera donc qu’une semaine au final avant le saut vers une plage plus au sud.

La comida con sabor

Un bien curieux vol : au décollage, une très belle vue sur toute la neige des Pyrénées. On passe ensuite au dessus des Alpes enneigées elles-aussi, et dans les nuages, dont quelques éclaircies nous permettent d’admirer les vallées suisses. On survole l’Islande, une vaste beauté glacée, pour continuer sur le Groenland, avec ses glaciers et ses pics éclatant de blanc sous le soleil. On ne lâche toujours pas la glace : on est maintenant au-dessus du Labrador, une immensité plate ou quelques fleuves glacés viennent rompre cette monotonie aveuglante qu’est la neige vue d’en haut. Pour un aller simple vers les tropiques, ca fait beaucoup de glace.
On finira même par revenir un peu à l’est pour rejoindre Cancun, étouffante d’humidité.
Le Yucatan est une destination (très) touristique ouverte à l’année longue, où l’on vient autant pour les plages de sable clair et l’eau turquoise que pour la vie nocturne, enfin surtout pour la vie nocturne. À tel point que parfois la plage disparait pour mettre les hotels littéralement les pieds dans l’eau.
Playa del Carmen a bien changé elle-aussi et on ne finit pas de construire. Il faut aller loin pour trouver un semblant de plage.
Pour éviter les hotels miteux, j’ai pris une chambre chez l’habitant via Airbnb. Donnant sur une petite rue, à côté de tout mais à l’ecart, je pensais être peinard. Ah le beau rêve… En plein soleil quasi toute la journée, et un pauvre ventilateur pour tenter désespérément d’aérer la pièce, un traffic incessant juste en dessous (en passant par cette rue, on évite ainsi tous les feux de la grande avenue juste à côté…et oui fallait le savoir avant), bref je n’arrive ni à dormir ni à me faire à la chaleur suffocante. Beaucoup de vagues, la nage tant espérée devient du barbotage.
On se venge sur les jus de fruits frais. Et on a beau dire, les meilleurs avocats sont ici au Mexique. De la viande, beaucoup de viande, qui grille au soleil ou sur le barbeuk.
En face il y a l’île de Cozumel, connue pour ses sites de plongée, et les méga-bateaux croisières qui y font escale. L’aller-retour vaut un bras, les plages ne sont pas extraordinaires, avec en plus l’obligation de louer un scooter si tu ne veux pas passer la journée à marcher.
Malgré un mauvais souvenir, je décide de quitter l’étuve urbaine pour Tulum, un village plus au sud qui lui-aussi, n’a de cesse de grossir. Touristique mais bien plus paisible, avec la plage à quelques kilomètres. La côte alterne entre plage de sable et rochers, et surtout farcie d’hotels qui ne laissent personne rentrer : les accès sont très limités. Néanmoins je peux enfin nager tranquille. Mais ca ne durera pas évidemment : la pluie s’y mêle le lendemain et c’est bientôt le déluge. Et merde.

La solution la moins chère pour rejoindre le Guatemala, ça reste Cancun. De là, on peut prendre un autre vol, ou prendre un bus direct jusqu’à la frontière guatémaltèque (quelques 27h pour contourner le pays…), ou encore passer par le Belize (qui fait maintenant payer le passage une fortune, mais le plus court). On m’avait bassiner sur un billet de retour obligatoire (ou de continuation) en arrivant au Mexique : en fait personne ne demande jamais rien. Même chose au Guate.
Non, la chose que je redoutais le plus, c’est le passage aux douanes, ou après avoir coché toutes les cases « non » (non pas d’importation, non pas de cadeaux…) ils découvrent le lot d’huiles essentielles et autres produits que je rapporte à ma pote Sonia.
Mais je passe comme si de rien n’était.

Je ne m’attarde pas à la capitale guatémaltèque : Antigua juste à côté est une bien meilleure destination. Ancienne capitale, un charme colonial et des rues pavées, on y voit pas mal de jeunes ricains qui travaillent pour ces éternelles NGO : trois lettres dont les grandes idées n’ont pas fait que du bien. C’est la première fois que je pars avec des réservations d’hotel : après le « succès » de Playa del Carmen, vient la blague Antigua. Les photos avaient l’air grandioses, la réalité bien moins.
Les surprises s’enchainent. D’abord les prix qui ont explosé : juste un exemple, l’huile de noix de coco (qui pousse partout ou presque) vaut 2 fois le prix qu’en France. Sans parler de la qualité des fruits légumes après le Mexique. Et puis l’euro que personne ne veut ou a des taux de change ridicules : ici, on change l’euro d’abord en dollar puis du dollar en quetzal.
Je rejoins San Marcos avec un van rempli israéliennes short-ras-la-fouffe et aussi moches qu’arrogantes : décidément leur déjà mauvaise réputation a un bel avenir.
Lago de Atitlan (1562m d’altitude) est un autre spot touristique et depuis longtemps. Plusieurs villages se repartissent autour d’un lac avec trois volcans en surplomb : Panajachel est la Mecque du touriste, San Pedro le centre israelien, San Marcos, celle des neo hippies à plume qui alternent yoga et dope. Non-non je ne fais pas tous les spots touristiques d’Amérique centrale, je suis ici pour du tai-chi : le centre a l’air sérieux, au beau milieu de ce grand merd..r.
(www.taotemple.org)
Le village n’est pas vraiment propice mais j’ai réussi à avoir une petite chambre tranquille. Au pire, le sac a dos est toujours prêt. Et puis on peut enfin respirer la nuit.