Colombia

Medellin de nuit s’étale à perte de vue, encerclée de montagnes. L’air est frais et ça fait du bien. Bien content d’être arrivé. Et comme pour le Mexique, la douane te souhaite la bienvenue sans demander quoi que ce soit : le fameux billet retour est une belle arnaque.

L’énergie est différente ici, qui tranche avec la sieste d’Amérique centrale. Et les locaux sont tout simplement incroyables de gentillesse. On a de la peine à croire à la violence du passé : Pablo est bel et bien enterré. Pour info, « Narco » est une série tv qui relate plutôt bien l’histoire du célèbre trafficant devenu très vite un des plus riches personnages de la planète. Quand on fait 60 millions de $ par jour de bénef, ça va vite. Il voulait même racheter la dette du pays.

Le côté latin a repris le dessus et on peut désormais faire la fête toute la nuit sans aucun problème. Si en Amérique centrale, c’était la musique des années 80 (le meilleur du pire des slows, des titres que tu voudrais voir disparaître), ici, ce sont les jeans déchirés voire déchiquetés des années 90. Mais ils n’ont pas encore remplacé la salsa par du grunge.

Et puis c’est aussi un musée vivant pour les Renault : 4L, R6, 9, 11, 12, 14… elles sont presque toutes là.

Il y a toujours quelques vieux buildings à voir, mais j’ai la tête ailleurs. Le pays est immense, plus vaste que les 5 pays d’Amérique centrale réunis, avec le début de la cordillère des Andes qui court nord-sud et partage le pays. Au nord, on revient dans une épouvantable chaleur au bord de la mer Caraïbe, avec la fameuse Cartagène, et des plages. Encore des plages. Après 3 mois de tropiques, j’ai envie d’autre chose : la montagne. Les transports étant devenus chers, il faut trouver une boucle sans revenir en arrière. À savoir que l’avion peut être moitié prix que le bus.

Faire le bon choix, c’est ça en fait l’enfer.

Ou alors acheter une 4L et roule ma poule jusqu’à la Terre de Feu. Parce que là, j’en ai ras la casquette des toutous que l’on est obligé de se farcir dans les hostels.

La Colombie et le Chili sont apparemment les deux seuls pays où acheter un véhicule est plutôt simple, avec l’obtention des papiers officiels en poche, qui permettent de traverser les pays tranquille. Compter 800-1000 € pour une bonne 4L, avec jusqu’à 100 € de papiers, assurances et contrôle technique. Si rouler ne coûte pas cher (l’essence est à 0.70 €/L), il y a en revanche des péages partout, parfois à la queue-leu-leu, difficilement contournables : ça fait vite cher au final. En revanche, les motos ne payent pas : acheter une 125 AKT, la moto de Colombie, revient à 300 €.

Et puis il y a ce fameux billet de bus pris à l’arrache au Panama qui va me réserver encore quelques surprises. Payé 100$, alors qu’il ne vaut finalement que 70$, je contacte la compagnie de bus (équatorienne ?) en espérant vaguement un remboursement, pour apprendre qu’ils n’ont en fait aucune réservation à mon nom. Bon, cette fois c’est sûr, je me suis fait enflé. Une adresse mail bizarre pour cette agence ricaine qui m’a vendue le billet, et qui semble ne pas aboutir : relance cette fois avec un mail énervé (pas de réservation ?!) en désespoir de cause. Sur le billet, il y avait quand même marqué « aucun remboursement ». Réponse finalement quelques jours plus tard, m’annonçant le remboursement intégral du billet. Ouf. Je pars plus léger. Bon, il faudra quand même les relancer encore pour que ce soit fait.

Tout en cherchant une bonne occaz’ sur le site olx.com, le « bon coin » colombien, je décide de partir vers l’est, dans les montagnes au-dessus de Bogota. Le lever du jour révèle une belle campagne de collines verdoyantes, où l’élevage est largement majoritaire. Conséquence de quoi, il y a du barbelé partout : on est au paradis du camping mais on est coincé devant la grille. Le bon côté, c’est la cuisine ou plutôt la boulangerie qui utilise le fromage local pour de belles découvertes.

Villa de Leyva est une autre vieille ville coloniale, entourée de petites montagnes au climat sec, située au bord d’un sanctuaire de faune et flore. On dirait la Provence sans les oliviers. Et il pleut, enfin de rapides pluies fines. Des rues grossièrement pavées, de belles baraques cossues peintes en blanc avec des boiseries vernies : touristique mais un certain charme. Je passe une nuit fraîche dans le hammac, de quoi regretter la tente. Le hammac en lui même est confortable, mais la moustiquaire te colle à la face, et le moindre courant d’air te glace le dos.

Il y a une célébration dans le village très prochainement mais je décide de partir précipitamment pour de vraies montagnes plus à l’est, le parc national El Cocuy, même si la saison est au froid. Il y avait bien eu un barrage routier sur les hauteurs de Tunja, le chef-lieu de la région, mais je n’y avais pas vraiment accordé plus d’attention : on était passé, et puis ça avait l’air une affaire d’un ou deux jours. Je décide de prendre la route plus au sud et contourner le barrage. Encore une bien belle décision. Retour donc à Tunja à travers une nature décidément très belle, pour découvrir que TOUTE la région est maintenant bloquée après des affrontements entre camionneurs et forces de l’ordre qui auraient tourné au vinaigre. Personne ne passe et ça va durer un moment. 

J’en étais sorti de justesse et il a fallu que j’y retourne. Il n’y a plus qu’un bus pour Bogota que je voulais éviter, et qui va nous faire une longue promenade bucolique à travers des chemins de terre pour contourner un des barrages.

Tu voulais voir la montagne et on a vu la ville. Tu voulais voir la nature et on est retourné en ville. Comme toujours.

Direction dans la foulée à Salento, au ras du parc Los Nevados, plus au sud (adieu le nord) : une belle tâche verte sur la carte qui promet. Le village a un charme indéniable et le paysage est superbe. Des montagnes, des plantations de café et des prairies à bétail : c’est la Suisse colombienne. C’est vert et pour une bonne raison, il pleut beaucoup. Encore la pluie. Comme toujours. 

Du village, on a accès (enfin à 10 bornes) à la vallée de Cocora, célèbre pour ces palmiers à cire (?), la variété la plus haute du monde jusqu’à 60m de haut soit-disant : enfin si ceux qu’on voit atteignent 35m, c’est le bout du monde. Il en pousse ailleurs également. Plusieurs balades à faire le long de chemins empruntés par le bétail, donc à patauger dans la boue (entre autres) et en se faisant copieusement arrosé. Une éclaircie et la beauté du lieu peut enfin se faire apprécier. Jusqu’à la prochaine averse. De la forêt humide aux fougères arborescentes et puis les épineux, pour finir à ces étranges plantes comme un petit aloe-vera sur un tronc, et qui pousse à plus de 3000m.

Qui dit bétail, dit barbelé, et là encore, la nature en est quadrillée.

On peut avoir accès de ce côté au parc national et quelques jours de treks (à la bonne saison) et profiter des lacs d’altitude et cette flore bien spéciale. À noter que ce soit-disant parc national Los Nevados est en fait une entreprise privée pour faire des tunes : pas vraiment l’esprit nature-protection-faune-flore ouvert à tout le monde.

Alors le café colombien ? Franchement bon et doux, sans aucune acidité et un bel arôme. Les fincas à café sont d’ailleurs une destination touristique à part entière.

Tout près, les montagnes en moins, Filandia est un petit pueblo bien sympa, et moins touristique. Peut-être plus de café. Enfin y a encore des français partout. Le 20 juillet, ce fut la fête de l’Indépendance et la commémoration multicentenaire de la région, bref un bon prétexte pour un défilé haut en couleur mais silencieux, ce qui fait plutôt drôle. Il y a eu un clin d’oeil pour toutes les époques, des indiens et des espagnols aux jeeps « contemporaines » couvertes de café. Par contemporaine, on parle ici de la jeep Willys, toute rutilante, qui fait office de taxi collectif pour rejoindre les coins perdus ou pour promener le touriste.

Le temps de choper un rhume et on continue vers le sud et le désert de la Tatacoa. J’espérais du chaud et sec : j’arrive sous les gouttes. En raison de ces deux chaînes de montagnes parallèles de part et d’autre, bloquant la majeure partie des nuages (enfin en principe), ce désert est le rendez-vous des astronomes. À la bonne saison. Quand j’y passe, le ciel est couvert. Comme toujours.

Restent les attractions diurnes, ces superbes formations dûes au ruissellement des pluies sur différentes couches sédimentaires. On a comme résultat de beaux drapés très photogéniques parmi les cactus géants. Des drapés rouges, et plus loin, la version grise et des pierres qui semblent léviter.

Et là encore, le pays est sous barbelé. À se demander quand même ce que peut bouffer le bétail. Le ciel se dégage et on le regrette déjà. Le vent finit de te dessécher.

Plus au sud, San Agustin est un pueblo dans un paysage de petites montagnes très arrosées (encore de la pluie) et de superbes gorges où l’on ne compte plus les cascades. Ici aussi café, bétail et barbelés. On construit en bambou, des murs en colombage jusqu’au toit où l’on fait tenir les tuiles sans litaux ni volige, uniquement sur du bambou.

L’attraction locale est la collection de sculptures funéraires laissées par une ancienne civilisation (poteries jusqu’à 6000 ans) dont on ne sait absolument rien, même pas leur nom. Aucune écriture n’est venue renseigner les archéologues. On visite les quelques tombes qui rappellent la culture des celtes : de grandes dalles de pierre levées couvertes par d’autres dalles en guise de toit. On y trouve parfois d’étranges motifs de couleur. Il y a parfois des sarcophages taillés dans une seule pierre. Des statues anthropomorphes gardent l’entrée ou se dressent comme pour signaler quelques sites sacrés. Les visages sont clairement négroïdes, et rappellent les énormes têtes laissées par les Olmèques au Mexique. D’autres détails révèlent les piercings habituels (nez, oreilles) et des symboles clairement shamaniques.

Des jours à se casser la tête à essayer de planifier pour la suite. Des heures sur le web.

La bonne saison pour le trek au Pérou et en Bolivie va de juin à septembre, voire octobre, ce qui semble être la saison sèche pour l’Amazonie. La Guyanne est le seul pays où je peux récupérer mes affaires de trek envoyées de France sans avoir à payer une fortune en taxes, sans règlement absolument aberrant et une certitude que le colis ne « s’égare » pas (encore que). Les distances sont gigantesques et les connections aériennes ridicules. Quant tu regardes la carte de Colombie, plus de la moitié ouest est une zone verte que seuls traversent les fleuves : un peu la terra incognita pour les durs où la vie ne tient qu’à un fil.

Pour traverser le poumon de la planète, il n’y a donc que les fleuves, des milliers de kms de flotte. L’avion ou le bateau en Amazonie, c’est d’ailleurs le même prix, les emmerdes en moins. Juste une question de temps.

Tout d’abord il y a le rio Putumayo qui forme la frontière naturelle avec l’Equateur pour aller se fondre dans l’Amazone au Brésil. Aventures garanties en terre guérilleros et narcos, tribus indigènes et autres bestioles.

Le rio Napo quand à lui, part un peu plus au sud de l’Equateur pour rejoindre Iquitos au Pérou, d’où on repart vers le Brésil. Une succession de bateaux irréguliers où on attend le blanc qui aime à passer par là. Long et coûteux.

On peut évidemment partir directement d’Iquitos, Pérou, accessible uniquement par air ou eau, mais le billet n’est pas donné. Ou descendre la rivière jusqu’à Iquitos depuis Yurimangas, et continuer. Là encore y en a pour un mois à voir défiler lentement le même paysage.

Ou un billet d’avion jusqu’à la triple frontière Colombie Pérou Brésil, par où tous les bateaux passent, et commencer à descendre sur des ferries réguliers et confortables. La solution rapide et raisonnable. 

J’ai laissé tombé l’option voiture : soyons honnête, faire la route en bagnole, c’est se promener tranquille sans vraiment quitter le cockpit. Ça sera donc pour plus tard.

Un petit tour dans la ville blanche de Popayan, un nom de plus sur la longue liste des vieilles cités coloniales. Des murs blancs, des églises et des gouttières qui disparaissent dans les murs. La cuisine locale y est savoureuse avec, tenez-vous bien, trois restos végétarien ! On peut enfin découvrir des saveurs locales. 

La grosse ville Cali, la capitale de la salsa, que je voulais éviter également (comme toujours…) pour un avion au bout du bout de la carte.

« A la horde ».

Panama

Le passage de la frontière est encore un mélange glauque d’arnaques légales. Le Costa Rica demande 8$ comme taxe de sortie (plus élevée si payée en monnaie locale), le Panama demande 3$. Disons plutôt qu’on te force à passer par un bureau perdu pour payer cette taxe dont personne ne vérifiera plus tard sur la route. Le pueblo quant à lui, respire bon les embrouilles. De chaque côté du pont, ce sont les chinois qui tiennent les supermarchés, comme partout ailleurs au Panama. Il semble d’ailleurs y avoir ici une incroyable mixité raciale.

Les bus deviennent des minibus coréens d’une vingtaine de place, où tu n’as qu’un micro-coffre pour les bagages, et dont le prix grimpe fortement (équivalent à une nuit d’hotel au Nicaragua).

Bocas del Toro, ce sont ces îles au nord du Panama, sur la côte Caraïbes, où se déverse la majorité du flot touristique. On vient ici pour la fête, éventuellement les plages. Il y a même un peu de surf.

D’Almirante, où les cargos font le plein de bananes, on a le choix entre un ferry lent et une panga rapide pour rejoindre la grande Isla Colon et le plus gros « village ». Les hotels ont construit sur la mer et on a l’impression d’arriver à Venise version Caraïbes. Avant de sauter à l’eau, se rappeler que toutes les eaux usées y finissent…

Pendant que le monde fait la fête, je fais connaissance avec la colonie de bed bugs.

Plus haut vers le nord, on a Wizard beach et le spot de surf. Pour nager, il faut prendre un taxi collectif pour traverser l’île et arriver à playa Estrellas (la plage aux étoiles de mer). La baie intérieure bénéficie d’une eau calme et limpide idéale pour la nage. Seulement voilà, les étoiles de mer sont toutes proches du rivage et les bateaux de touristes venus exprès n’ont pas envie de contourner un pauvre nageur qui aurait eu l’audace de s’aventurer plus de 10m du rivage, c’est-à-dire au delà des bouées. On a seulement le droit de barboter. Se poser ici est traduit en dollars : on parle d’une bande de sable avec quelques cocotiers d’une quinzaine de mètres de large, lardée de shacks et de transats, où beaucoup viennent en fait soigner leur gueule de bois.

La petite Isla Caranero, à un jet de pierre en face des docks, est plus tranquille : pas de traffic mais pas mal d’hotels. Les plages sont pas trop mal mais beaucoup de reef. Un autre spot de surf au large.

Isla Bastimientos plus loin est beaucoup plus grande. Deux plages dont la baignade reste dangereuse et où on se fait braquer les sacs sur la plage. Le village est un vrai guetto.

C’est drôle : je cherchais un endroit pour me poser tranquille, à regarder les nuages, tai chi en face de l’eau, à tellement ralentir que les cryptages de la matrice deviennent visibles. La réalité en est bien loin : je continue à accélérer, et à passer par ces trappes à touristes qui me lassent. C’est une bonne leçon pour le sud : objectif nature.

En face de Bocas, on peut voir les sommets du gigantesque parc Amistad, qui abriterait entre autres 3 groupes indigènes, et un accès extrêmement limité : le paradis de l’aventure. La pluie semble y être plus que quotidienne.

Les deux frontières terrestres du Panama sont d’ailleurs toutes les deux délimitées par de vastes parcs impénétrables ou presque : Amistad au nord, le Darien au sud. Bien que la nature doit y être incroyable, ce dernier est toujours le paradis des narcos, guérilleros (FARC), immigrants illégaux, avec bien sûr malaria et dengue. 

Une longue journée en passant par un bout du parc, pour rejoindre la côte Pacifique et des plages de sable noir. Au passage, on croise des femmes indigènes habillées d’une longue robe de couleur unie, décorée à la taille et sur le large col de motifs géometriques.

Pedasi est un petit village sympathique en voie d’explosion touristique, comme à playa Venao, une superbe baie idéale pour le surf. Mais dans 5 ans, le béton aura remplacé le vert. Il pleut à seau.

On entre à Panama la ciudad par le pont des Amériques qui enjambe le fameux canal. La ville est un mélange chaotique de vieux bâtiments en proie aux promoteurs (Casca Viejo), au ras du béton funky-cages-à-poule des années 70 et de tours modernes en verre un peu plus loin, avec quelques exemples d’architecture intéressante.

Le canal connecte l’Atlantique au Pacifique, de Colon, un véritable coupe-gorge, à Panama city. On trouve entre ces deux villes, le parc national Soberania, considéré comme un des meilleurs endroits au monde pour observer des oiseaux : plus de 500 espèces sur le même spot, le fameux Pipeline trek.

À défaut, il y a le Metropolitan park en pleine ville et avec de la chance, on peut voir quelques singes comme le mono titi, une petite peluche, ou des paresseux à trois doigts.

Une surprise m’attend à l’aéroport : on me demande maintenant un billet de continuation pour la Colombie, sinon je n’embarque pas. Une arnaque comme pour le Mexique. Aucune infos évidemment sur leur site quand tu prends le billet. Panique coléreuse, il faut trouver quelque chose et j’oublie les sites où tu peux imprimer un faux billet d’avion, dont on m’avais parlé au Costa Rica. Au lieu de cela, j’essaye de trouver un billet de bus. Et la seule option, un billet cher, équivalent à mon billet d’avion, et sur un site américain (?). Ça sent l’embrouille à plein nez.

Ça sera le dernier cadeau du Panama.

Costa Rica

Le paysage ne change guère : on passe des belles prairies à bovins à d’autres ranchs cette fois à l’américaine, vastes domaines dont l’entrée est gardé par des effigies en pied de l’animal bossu. L’économie est ici très clairement en bonne santé. Fini les chicken bus, ce sont maintenant des bus neufs air-conditionnés. Un sérieux effort a été fait sur l’écologie : on ne voit pas un plastique qui traîne, et une eau claire coule dans les rivières. C’est l’exception d’Amérique centrale, et ça fait bien plaisir.
Une large communauté black squatte à la frontière : le Nicaragua n’en veut pas.
On monte légèrement et on laisse la fournaise du Guanacaste. Un air de Malaisie : une nature luxuriante, l’architecture, un je-ne-sais-quoi dans l’air qui me donne envie de changer mes plans. Enfin presque.
Le Costa Rica demande à tous les voyageurs un billet retour ou de sortie. Même chose pour le Panama. De là, pour continuer vers la Colombie, c’est soit un billet d’avion direct (137 $), soit le fameux bateau, « l’aventure » touristique vendue à tour de bras : plusieurs jours sur un voilier avec un capitaine que tu n’as jamais vu et dont tu ne sais rien, avec d’autres touristes hystériques bien souvent trop jeunes que tu évites de fréquenter en temps normal, le tout coincé dans 8 mètres carré au mieux, et en plus, pour 600 $… Tout dépend des objectifs de chacun.
Devoir prévoir à l’avance un billet d’avion est une chose pénible : tu poses un cadre sur le flot naturel du voyage.
Ça sera donc deux semaines pour deux pays. Cher, c’est le premier mot pour décrire le Costa Rica. Cher, trop cher, à tel point que les voyageurs racourcissent leur séjour, et vont voir ailleurs. D’autres ne font que traverser, comme moi. Et ce qui en sort des routards rencontrés : alors oui, la nature est belle, mais payer apparemment à tout bout de champ 10 ou 15 $ pour tout, une entrée de parc (15 fois le prix local), ou même pour une plage, c’est prendre le blanc pour une vache à lait. Les prix américains pour la bouffe. Encore une fois, comment vivent les locaux avec en moyenne 600$/mois ?
Passage obligé par San José, la capitale, glauque et moche malgré un coucher de soleil grandiose. Il pleut beaucoup la nuit, et il fait presque froid.
Le lendemain, la route grimpe et zigzague à travers une superbe forêt humide, le parc national Braulio Carrillo, jusqu’à former de véritables murs végétaux, et cette brume qui reste accrochée sur les crêtes des montagnes, comme dans mes souvenirs du film Greystoke. Redescente vers la chaleur humide des plaines, les plantations de bananes Chiquita, et finalement Puerto Viejo, au bord de la mer des Caraïbes. Un petit village touristique mais tranquillo où le reggae diffuse des vapeurs de joint. On n’a pas construit ici directement sur la plage : on a su laisser l’ombre de ces beaux ficus et autres « amandiers » pour une belle balade en nature à deux pas du supermarché. Du petit parc Cabaito (un des rares gratuits plus au nord) à Manzanillo tout au bout de la route, il s’agit d’une succession de plages sur une trentaine de kilomètres. Mais la saison des pluies a défiguré les plages : l’eau a perdu de sa transparence et les vagues dangereuses. Il pleut souvent et beaucoup.
D’ici, le flot touristique se rue vers les îles Bocas Del Toro, de l’autre côté de la frontière, et je vais les suivre.

Nicaragua

Tranquilo. C’est en fait le pays le plus sûr d’Amérique centrale. Vraiment peinard.
Le quatrièmeme pays sur le même visa depuis le Guate, bref pas grand-chose ne change : volcans, café et riz-frijoles appelé ici guallo pinto. Du beau surf également…
La première chose que je remarque en arrivant, c’est la dimension du porte-bagage dans les bus : ce sont toujours les mêmes bus mais cette fois, je peux enfin mettre mon gros sac au dessus de ma tête. Ça fait parti des trucs qui te change la vie.
Leon, une autre ville sympa au passé colonial. J’arrive de nuit : l’imposante cathédrale illuminée domine la ville. Tout le monde est dehors pour profiter de la tiédeur nocturne. Leon est en fait la ville la plus chaude du Nicaragua, et je vais très vite m’en rendre compte. C’est la canicule : on doit se rapprocher des 50 degrés en journée. On étouffe et le mot est faible. C’est le début de la saison des pluies, où on passe du four à la douche. Sauf qu’on attend toujours les gouttes.
Ambiance village ici : rares sont les maisons avec un étage. Toits de tuile, rues pavées, et bien sûr, plusieurs exemples d’églises d’un style colonial pompeux.
Les maisons familiales quand à elles sont construites autour d’un jardin carré, qui aide à maintenir un semblant de fraîcheur, et à préserver une certaine quiétude la nuit. Les vieux toits étaient couverts de tuile, avec un espace prévu pour la ventilation entre le toit et les habitations, elles-mêmes très hautes de plafond. Mais elles sont remplacées maintenant par des plaques de tôle, collées directement au-dessus des pièces à vivre : idéal pour la cuisson à l’étouffer.
Plusieurs marchés où on mélange courges, patates et brocolis avec les fruits exotiques, et où on peut trouver les fritangas, ces boui-bouis aux saveurs locales : economico. Voir page végétarienne. Et puis se faire appeler « mi amor » de bon matin, c’est pas mal aussi. J’avais déjà remarqué cela sur les marchés au Salvador : ici aussi, c’est la ponctuation pour tout échange verbal entre les deux sexes. Y a quand même une limite d’âge.
Comme auparavant, l’euro est toujours aussi pénible à changer : ils passent d’abord par le dollar. Les prix (des chambres notamment) sont aussi en dollars, mais la monnaie reste le cordoba : le taux de change varie selon l’humeur.
Surprise, le téléphone me lâche au bout de trois mois seulement : impossible de redémarrer, le machin tourne en rond et surchauffe. C’est mon seul objet électronique et la machine à tout faire : caméra, interface internet, musique, films,… Après de grosses sueurs et de recherches sur internet, la seule solution est le « reboot » : une simple manipulation pour réinitialiser, et donc perdre toutes les données (adieu photos…). Le problème a été reconnu par LG : deux composants qui se toucheraient sous certaines conditions, sur les modèles G4 d’avant septembre 2015. Ils remplaceraient le téléphone sous la condition d’avoir acheter chez LG directement, évidemment…
Pour l’instant, ça a l’air de tenir.
On étouffe : c’est limite supportable. On annonce plusieurs décès à la capitale.
Il est temps de découvrir la côte Pacifique. Et plutôt que ces plages populaires à une heure de Leon, je vais rejoindre la bourgade de Jiliquillo, plus au nord sur la côte. Perdu au bout de la route, en remontant cette presqu’île qui fait face au Honduras, juste avant de tomber sur ce vaste estuaire Padre Ramos, on vient aussi ici pour surfer (enfin apprendre). A deux pas, il y a également un des lieux de ponte pour les tortues de mer.
Un sable gris-noir, des débris de construction un peu partout, avec certaines maisons littéralement mangées par l’océan, et du barbelé entre ton hammac et la plage, on est plus dans un décor post-apocalyptique qu’au paradis. Néanmoins, l’endroit reste paisible.
Les seules options pour se poser sont ces quelques surf-camps où la note finale est plutôt salée. J’y croise un couple allemand pour enfin des infos fraîches sur les fameuses Corn Islands, deux îles dans la mer Caraïbes à plusieurs dizaines de kilomètres des côtes, dont on parle beaucoup. Accessibles par air et par mer, y aller vaut son pesant de cacahuettes. Par mer, c’est l’expérience boat-people assurée. Mais par air, en payant cash à l’aéroport, on économiserait un quart du prix. Retour express à Leon pour remplir le portefeuille de gros billets rouges (500 cordobas), et le lendemain, la chance m’attend à l’aéroport : tous les avions sont complets, reviens demain. Je decide donc de passer le week-end à Granada, et revenir lundi.
Au bord du lac Managua, dominé par le volcan Mombacho, Granada est la version restaurée de Leon, et destinée au tourisme : certainement plus prospère autrefois, les maisons sont plus belles, plus de couleurs, on a même les carrosses pour des promenades « à la bourgeoise ». C’est beau, presque un peu trop. La cathédrale reste moins impressionnante. Fantasies gothiques au cimetierre.
Ici aussi, la nuit tombée, les maisons s’ouvrent pour pouvoir respirer : on peut alors découvrir des trésors d’intérieur. Colonnades en bois verni, meubles somptueux, splendides jardins intérieurs…
Une autre rue s’anime le soir, derrière la cathédrale : les uns à côté des autres, restos et bars étalent leurs terrasses et crachent leurs appâts musicaux à qui veut bien entendre.

Le téléphone me lâche une fois de plus : est-ce dû à la chaleur ?

Pas très loin, on a le volcan Masaya (635m) encore actif : la route arriverait tout près de la lave pour des photos de nuit.

Retour à l’aéroport de la capitale, pour retrouver mon amie la chance : le vol est retardé de 2 h pour mauvais temps. Est-ce un signe ? Évidemment le billet est non-remboursable : on a un an pour l’utiliser. Puis 3 h et pour finalement décoller 5 h plus tard.

Dire que c’est un aéroport est un bien grand mot, mais on s’efforce pour avoir un semblant d’organisation. L’avion quand à lui, c’est un coucou de 12 places. Yihaa !
Après 1h de vol, on aperçoit les fonds sous-marins et Big Corn. Bienvenue aux Caraïbes : ici, c’est créole anglais et reggae, sous une humidité record.
Entre les deux îles, il y a un service de pangas (barque avec un gros moteur et quelques gilets de sauvetage pour faire bonne figure) : leurs horaires correspondent à celui des avions. Au lieu de courir vers Little Corn, je vais passer une nuit ici et je vais amèrement le regretter. Mimundo est certes un hostel les pieds dans l’eau mais avec des dortoirs beaucoup trop chers où règnent une chaleur impossible, avec en plus des moustiques et des bed-bugs (punaises de lit : un cauchemar). En gros n’y allez pas : tout le monde se fait bouffer. C’est simple, je n’ai pas pu dormir de la nuit. Bienvenido.
Little Corn, une petite île sans aucun traffic (enfin pas de voitures ni motos, pour le reste on verra plus tard) et où on transporte tout avec des brouettes. On arrive côté ouest, où les eaux sont calmes, mais c’est le côté pueblo et le gros de la population. Côté est, sous le vent, on a des bungalows très basiques pour relativement pas cher et une paix tout aussi relative : les mouches des sables sont terribles. Meilleure plage (et de loin) au nord autour de l’hotel de luxe Yemaha. La chance continue puisqu’il se met maintenant à pleuvoir, et l’eau maintenant trouble ne fait pas franchement envie.
Il y a par contre sur l’île des puits d’eau douce de très bonne qualité mais on se garde bien d’en avertir le touriste. Avec ça, en choisissant bien les tiendas locales, on peut s’en tirer très honorablement côté budget. Et c’est la saison des mangues : il n’y a plus qu’à se baisser.
La star locale ici, c’est la langouste, que l’on peut déguster pour trois fois rien en saison. Ce n’est évidemment plus la saison : mai et juin sont les deux seuls mois de pause imposée sur la pêche. La suerte…
On peut admirer les montagnes de caisses en bois qui attendent avec impatience la chasse au crustacé : on a du mal à évaluer le tonnage annuel de cette pêche providentielle.
Le lot de consolation,  le « pan de coco », à base d’eau de coco, ou encore le gâteau à la banane ou gingembre.
Les jours passent : se promener à moitié à poil doit certainement aider à la détente. Reggae à toute heure de la journée. On est loin de la fournaise des villes : il y a presque toujours une petite brise (côté est seulement) qui rafraichit et chasse les mouches des sables.
Le téléphone me lâche une fois de plus.
Et puis, quand il n’y a pas de touristes à amener faire un tour, les mecs vont pêcher. Et c’est là où la chance va enfin se réveiller. Livraison à domicile : je suis le premier à choisir. Grunt, un poisson argenté rayé de bleu, yellow tail snapper, poisson perroquet…
Juste à côté, il y a trois pouilleux qui campent à l’arrache dans le bush : cuisiner au feu de bois avec eux va réveiller de bons souvenirs martiniquais. Je vais répéter l’expérience avec plus de classe et pour plus de monde : curry de poisson à l’huile de coco avec riz cuit uniquement dans l’eau de coco. Ils en parlent encore.
La Colombie possède étrangement deux îles (San Andres et Providencia) à quelques encablures de là. Les Corn comme les Cays un peu plus haut sont depuis longtemps sur la route des narcos en direction du nord  : stockage ou de passage, la cocaïne est partout ici. Il arrive également que l’on soit obligé de se débarrasser à la hâte de quelques paquets qui vont s’échouer sur les plages, faisant un ou plusieurs heureux : à partir d’un kilog de pâte, on fabriquerait jusqu’à 50 kilogs. Même ici au Nicaragua, ça fait beaucoup de pognon. Et on voit parfois passer de beaux bateaux ou de beaux 4×4.
La pluie n’a fait qu’amplifier les bestioles : je me fais désormais bouffer la nuit. Retour 2 jours sur Big Corn en attendant le vol retour. Long beach est une belle plage au sud de l’île, côté vent donc pas vraiment pour nager. Ambiance ghetto autour du port. Les chevaux se baignent au crépuscule.
D’une île à une autre, je vais voir l’île d’Ometepe sur le lac Managua, où dominent deux volcans, le Conception (1610m), et le Maderas (1394m). Par temps clair, leur ascencion est récompensée par une vue incroyable. Mais les pluies nous font passer la journée à écouter la musique des trombes d’eau tombant sur les toits de tôle. Les rues se couvrent de cette boue noire, le ciel est lourd et la nature luxuriante. Le moment beauté aux couchers de soleil.
On trouve des pétroglyphes sur l’île ainsi que des statues d’influence clairement maya. Le Conception serait le frère de la Lune et le Maderas, le soleil.
Le Nicaragua, c’est aussi le pays du cheval : y en avait même sur Corn Islands. On les voit montés pour garder les troupeaux de vache, ou en liberté comme au bord du lac Managua, ou en parade, la crinière tressée. Ah c’est quand même beau comme animal.
Phénomène récurant : dans n’importe quel bus, où que tu ailles, il y aura toujours au moins un type qui va se mettre à hurler en brandissant la Bible : que ce soit pour des stylos ou pour la pilule miracle, il vaut apparemment mieux commencer par citer un passage du bouquin. Jusqu’au jour ou un type montre des photos d’un gamin (mort) avec d’énormes vers blancs sortant des orifices : le ver grossirait jusqu’à tuer l’hôte. Et bonne journée.
Quant à passer du temps sous la pluie, en fait il s’agit plutôt d’une alternance de chaleur étouffante et de pluie, autant aller sur une plage : le ciel est plus vaste. San Juan del Sur est la destination gringo du pays, et c’est la première fois qu’on essaye de m’arnaquer sur le prix du bus.
Ancien petit village de pêcheurs aux abords d’une jolie baie, c’est devenu un peu comme à Bali : bars-palapa (toits de palme) en front de mer, restos ou guesthouses offrant toutes la même chose et locations de surf. Ah j’oubliais : il y a aussi les tattoo shops pour vous aider à choisir le dauphin de vos rêves.
Le bon côté des choses, on peut manger autre chose que le gallo pinto. Et puis c’est la saison basse : le pueblo semble déserté et c’est bien agréable.
La plage principale est une belle demi-lune farcie de bateaux : chaque vague éclate sur toute la baie en même temps et remue beaucoup de sable. Le coucher de soleil est presqu’en face, un de ces moments que tu apprécies après la fournaise de la journée.
Le surf peut être solide aux alentours et les transports privés vers les différentes vagues coûtent un bras : gringo prices, un avant-goût du Costa-Rica. Plus au nord, on a playa Marsellas, une belle plage de sable avec deux pics droite gauche côte à côte, qui, de la plage, donne cette illusion de face à face.
Suivi de Maderas : du reef et du sérieux surf. En remontant cette même plage rocheuse vers le nord, on a des monstres de vagues. Suivi de Majagual. Plus loin encore et difficile d’accès, on trouve ce qui semble être les meilleures vagues du pays à playa Gigante et Popoyo. D’autres plages plus au sud de San Juan également, jusqu’à toucher le Costa Rica.

El Salvador

Six heures du mat, je monte dans un des premiers minivans pour le terminal Minerva de Xela, puis un chicken bus attrapé au vol pour Mazate (Mazatenango). Qu’est-ce qu’un chicken bus ? La meilleure façon de mourir ! À faire la course sur une route de montagne farcie de dos d’âne et de trous, pour essayer d’arriver le premier tout en s’arrêtant pour prendre le max de monde, avec, en face, des monstres de trucks américain. Sympa au p’tit déj !
On passe des virages à la plaine tropicale : les petites parcelles à flanc de montagne deviennent de vastes plantations de canne à sucre. La température remonte en flèche.
On enchaîne avec un autre bus qui tente de battre tous les records de capacité, le sac sur les genoux donc, et jusqu’à Escuitlan, une ville de mauvaise réputation, puis un autre jusqu’à la frontière. Même pas le temps de pisser. Obligé de changer de bus en route, le premier n’y va plus. La chaleur est étouffante et la nature agonise. On a désormais sous les yeux de vastes zones déboisées implorant la pluie, où l’on voit quelques bovins qui promènent leur squelette à la recherche de l’ombre.

Passage de douane en douceur.

Bienvenido a El Salvador. Rien ne change, sauf les flics qui passent du noir au gris après le pont. Les même tiendas, les mêmes trucks, les même compagnies de téléphone… Et d’autres volcans. On passe au dollar, et oh soulagement, ce sont de belles routes sans ces horreurs de dos d’âne. On a droit cette fois à une version plus ancienne pour les bus, et un prix dérisoire. La canne à sucre continue mais le paysage devient vite beaucoup plus vert. 
Le vrai changement est en fait dans le coeur des locaux : on a laissé l’agressivité au Guate. Ici, les gens sont aimables, chaleureux, et accessibles. C’est la deuxième fois que je passe par là et à chaque fois, la différence est un soulagement. On a enfin l’impression d’être en Amérique centrale.
On a également laissé le mètre cube guatémaltèque pour des formes qui redeviennent féminines, mise à part les proprios des pupuserias (voir page végétarienne).
Il y a malgré tout de sérieux problèmes comme ces statistiques qui annoncent un 15 assassinats par jour en avril. On est encore dans le triangle de la poudrière entre Guate, Honduras et Salvador. La nuit, vaut mieux pas trainer quand même. Comme au Guate, on voit la majorité des magasins protégés par un garde et son fusil à pompe. Ils sont évidemment plus nombreux dans les banques.
Mais le voyage n’est pas encore fini. Après le bain de transpiration, le bus s’arrête à Sonsonate, pour sauter dans un autre jusqu’à Juawua, un petit village au nom imprononçable sur la fameuse route des fleurs, el final. Le service s’arrête à la nuit, ce qui explique un départ aussi matinal. Au total, ça sera onze heures de route sans pose et 7 bus.

« La ruta de las flores », c’est un voyage dans le temps le long de plantations de café. Au nord-est, autour du volcan Santa Ana (2381m), on y trouve le meilleur café du pays, où les planteurs ont laissé de charmants petits villages coloniaux : églises, rues pavées et maisons de plein pied aux toits de tuile. On a regagné de l’altitude et l’air y est moindrement plus frais. La vie y est tranquille, peu de touristes font le détour jusqu’ici. On pourrait se croire à Antigua il y a 20 ou 30 ans, le chapelet de ruines ecclésiastiques en moins.
Aux premières pluies, le café fleurit et ce sont des hectares de fleurs blanches. On en fait du thé, du thé de fleurs de café…
Le gros de l’affluence est en fait le week-end, lorsque pendant trois jours, chaque village se recouvre de stands de toutes sortes, avec en vedette les spécialités culinaires locales. Le reste de la semaine, c’est le village fantôme comme à Apaneca.
Pour le meilleur hébergement, ça reste Juawua. Il y a également ces belles chutes d’eau toutes proches : la rivière sort littéralement de la roche verticale en plusieurs endroits, au beau milieu d’une forêt tropicale. Des bassins ont été aménagés pour la baignade et plus loin, il y a une usine hydroélectrique.
Ataco est connu pour ses peintures murales et l’on sent bien le potentiel touristique du village qui est prêt à exploser si jamais il venait à y avoir plus de monde.
Le côté glauque, ce sont le lot de burrachos dans la rue qui mendient. Ambiance garantie la nuit tombée.
Santa Ana est la grosse ville où l’on peut contempler les vestiges de la grande époque.
Si l’envie vous tente, il y a bien sûr le volcan Santa Ana à escalader, situé dans un parc comptant d’autres volcans comme l’Izalco (1952m) ou encore des pics comme le Cerro Verde (2000m). Et puis il y a Ban-Ban et la dernière pâtisserie pour un bout de temps. Je ne resterai pas : l’objectif est le Nicaragua.
Demain je vais traverser le pays, passer au Honduras et le traverser, pour arriver à Leon, Nicaragua. Après le 11h de chicken bus précédent, pourquoi ne pas tenter un 15h ?

Cinq heures du mat passées, je monte dans le premier bus urbain pour attraper le bus « espresso » air conditionné en direction de la capitale. « Espresso » parce que plus rapide que le « directo »… Chaque minute compte. Une fois dans le charme très relatif de la capitale, un autre chicken bus d’un terminal à un autre (le plus lent, puisque le 7C est en réparation..) et je chope le 306 air conditionné soit-disant direct à la frontière. En fait, il ne fait que rejoindre la dernière ville, mais le voyage se fait en tout confort : une bien meilleure option plutôt que se vider de son énergie entassé sur un siège de chicken bus. Mais on perd presque une heure à attendre.
Un paysage plutôt plat sauf à l’abord des volcans avant San Miguel dont El Tigre (1640m). On passe de la culture de la canne à celle de la vache, où l’on s’entête à défricher pour laisser crever de soif ensuite.
Changement de bus pour le dernier bout, qui tarde à venir.
Le passage des douanes se fait en douceur : on doit payer 3 dollars pour entrer au Honduras.
Il y a en principe un minivan qui relie les deux frontières pour les pressés comme moi n’ayant aucune envie de trainer dans ce pays. Mais il est tard (on perd du temps dans les changements) et il semble qu’il n’y aura pas grand monde avant longtemps. Bref encore une fois il reste l’option la plus lente : un bus pour Choluteca. Il se fait tard. La route est plate et monotone, et il fait chaud. Arrivé au terminal, il y a un minivan pour la frontière: c’est le dernier et on va s’entasser comme des sardines pour une heure de plaisir. Les abords de la frontière est décidément le territoire des cow-boys sur des chevaux un peu minces.
L’éternelle file de camions arrive en vue et un chauffeur d’un tricycle me chope au vol pour m’annoncer la nouvelle : le dernier bus pour Leon part à 18h et on a 40 minutes pour traverser les deux douanes, en tricycle bien sûr. Honduras, merci au revoir, pas de problème. Remonte dans le tricycle, avance au mieux sur une route en piteux état entre la file des trucks immobiles à droite et ceux qui ont enfin réussi à passer en sens inverse. Entre temps, le gars téléphone au chauffeur du bus côté Nicaragua pour qu’il m’attende. Arrive à l’autre douane : une file d’attente incroyable aux 2 seules fenêtres « entrée ». On a à peine une demi-heure. Le chauffeur attend à une des fenêtres et je tente mon coup à une fenêtre « sortie ». Tombe sur un hippopodame aussi vive qu’intelligente, et elle commence à me poser des questions ahurissantes sur les tampons. Je lui répète que le bus part dans 25 minutes mais elle n’en a rien à foutre : elle tapotte sur l’ordi. Je commence à sentir l’ébullition toute proche. Faut maintenant payer 12 $ pour l’entrée dans le pays. Évidemment pas de change, elle lève et disparaît dans un local. De loooongues minutes s’écoulent et je commence à égrener les noms d’oiseaux rares dans différentes langues. Plus de dix minutes pour faire la monnaie ? Mais qu’est-ce que tu fous ma grosse ?
J’apprendrai plus tard qu’il leur faut en fait taper 2 fois les mêmes infos sur deux ordis différents : si si, realmente stupido…. Bon ben il reste de quoi prier pour que le bus ne parte pas, malgré les coups de fil répétés de mon tricycle. Je monte enfin dans le bus pour y trouver d’autres spécimens d’hippopodames ruisselants, avant de partir illico, au milieu de caballeros et des chevaux qui se battent.

Bienvenido a Nicaragua.

Guatemala

L’Amérique Centrale commence ici, au Guatemala. Dictatures, traffics de drogue et violence au quotidien, c’est un peu l’image que l’on a de ces régions du monde, du Guatemala au Panama.
Mais c’est aussi une chaine de volcans dont le plus haut est au Guatemala, le Tajumulco à 4220m, des parcs nationaux – paradis pour les ornithologues, protégeant une faune et une flore endémique comme le jaguar ou le Quetzal, l’oiseau mythique.
C’est aussi les chromes rutilants des chicken bus (bus publics américains), crachant une fumée noire, avec l’omniprésence d’au moins un Jésus en technicolor, de beaux restes d’un passé colonial, dont bien sûr, des églises, ou encore des quartiers mêlant pierre sculptée et peinture sérieusement décrépie pour des photos incroyables, et puis des prêcheurs de « bonne parole » qui ratissent tous les lieux publics, au milieu des chapeaux de cowboys.
Et puis des vagues de catégorie mondiale sur la côte pacifique, rendues célèbres par nombre de films épiques. La côte Caraïbes, c’est plus mangrove et reggae, et quelques îles pour tout oublier. Mais ça, c’est beaucoup plus au sud.
Revenons au début, plus au nord, au Guatemala, où on peut d’ailleurs oublier l’option plage. Des montagnes difficiles d’accès à l’ouest, fief d’une culture indigène très diverse où chaque village a son dialecte et ses couleurs de guipil, à la jungle et ses ruines Maya au nord, c’est un pays pauvre dans tous les sens du terme, chargé d’une histoire sanglante. On peut remonter à la lointaine civilisation Maya, qui par trois fois ont alterné âge d’or et oblivion, célèbre notamment pour ces siècles de sacrifices humains et de magie noire, et qui finira d’ailleurs brutalement massacrée par les nouveaux arrivants espagnols. Avec eux, arriva la nouvelle religion castratrice, et il semble que personne ne s’en soit relevé depuis. Et puis l’indépendance a eu son lot d’horreurs, avec entre autres, le massacre des derniers rebelles retranchés dans les montagnes. Suivit par une dictature qui n’avait que peu à faire du désenclavement et de l’éducation des villages.
Bref la culture de la violence est passée dans les gènes, malgré cette apparente amabilité des locaux : les réguliers cambriolages de baraques de touristes, tout comme les braquages à main armée ou agressions à la machette en sont quelques exemples. L’alcool ici est un fléau, qui entretient évidemment la misère.

San Marcos la laguna, au bord du lac Atitlan, un pueblo qui attire depuis longtemps une foule de pseudo hippies en mal de spiritualité. C’est un peu le Rishikesh du lac, avec moins d’authenticité (disons plutôt aucune) mais plus de fric et au moins autant de drogues. L’endroit dispose, il est vrai, du meilleur emplacement sur le lac, avec cette vue incroyable sur les 3 volcans (San Pedro 3020m, Toliman 3158m et Atitlan 3537m), un climat agréable, avec des nuits fraîches pour bien dormir, et un traffic qui était quasi inexistant.
Les choses ont bien changé et évoluent rapidement. De riches gringos ont commencé il y a 20 ans à acheter des terrains pour une bouchée de pain et à revendre 100 fois le prix une fois construit.
Ce fût l’escalade et maintenant le béton remplace presque le vert, avec les prix qui ont flambé et les locaux désarmés et dépassés. Heureusement qu’il y a encore des jardins ou des zones inaccessibles, le relief montagneux grimpant très vite à la verticale. Quant au traffic, les tuk-tuks ont fait leur entrée et désormais pululent.
L’autrefois petit pueblo paisible dispose maintenant d’une variété de tiendas où l’on vend des produits occidentaux pour les occidentaux, des restos « occidental oriented » où on sert de la bouffe à l’occidentale comme les prix d’ailleurs, quand on paye ceux qui y bossent 1.5 $/heure : un pauvre sandwich vaut quand même l’équivalent de 4 h de boulot ! On propose toutes sortes d’initiations comme par exemple, un mois de yoga à 1800 $, quelques 1200 fois le salaire de base ! L’huile de coco en vaut l’équivalent de 15 h : qui paierait en France 135 € pour un litre d’huile de coco ? Mais encore une fois, on peut faire comme si de rien n’était. L’endroit serait devenu le plus cher du pays, après Antigua bien sûr.
On y voit en saison une faune à moitié à poil et à plume, avec la palme pour le micro-short israélien où on peut « admirer » désormais leur gros cul en marmelade. S’il est vrai que Bardot se promenait avec le même short dans les années 50 à St Tropez, les guatémaltèques quant à elles, sont bel et bien recouvertes jusqu’aux chevilles, et on peut comprendre les locaux qui, décidemment écoeurés, font maintenant payer sans vergogne tous les blancs 2 ou 3 fois le prix sur tout.
Curieusement dans les marchés, les prix sont également très haut à comparer avec la piètre qualité qu’ils proposent.
On le savait : le Guatemala n’a ni le charme asiatique, ni la culture, ni le raffinement, ni la bouffe. Ici c’est du brut, avec cette calamité d’alcool et ses cadavres en place publique, que parfois leurs propres gamins essayent de ranimer pour les trainer à la maison, sans parler des violences conjugales que les familles subissent sans avoir le choix.
Le plat national du Guaté au Panama, c’est le « rice and beans » (riz et haricots), avec des tortillas de maïs, très certainement ogm, vu l’ignorance générale ou tout simplement la trop forte présence ricaine.
C’est curieusement dans ce contexte que le temple tai-chi Seven Stars est venu s’implanter. La plateforme dispose certes de la plus belle vue mais le bruit du pueblo congestionné se fait bien ressentir. Chaque jour vers les 6h-6h30 du mat, la municipalidad nous passe un morceau musical choisi parmi les populaires « zim-boum-boum », quand ce n’est pas de la « musica sagrada » (à savoir quel est le pire…), suivi d’une annonce au micro pour le programme de la journée.
Et puis il y a eu ces 2 semaines de ferias : il y avait de tout, de la grande roue dont le seul regard à l’installation fait froid dans le dos, aux multiples stands proposant TOUS le même biscuit sec, alternant avec, bien sûr, des tacos. Jusque là, tout allait bien jusqu’à ce que débarquent les groupes de musiciens, qui vont jouer fort, très fort et surtout très mal. La journée peut désormais commencer à 4h du mat par une annonce au micro et un pauvre défilé où même les participants doivent se demander ce qu’ils foutent là, suivi par un concert à 6h30 du mat, où José au micro se la donne comme en plein samedi soir. Il a dû sûrement confondre la troupe de soulons éternellement présents pour un vrai public. Un autre « concert » et à 8h du mat, c’est le silence total… Et oui, une autre culture.
On a également droit à ces bombes que l’on fait péter à 25 m du sol et qui doivent secouer toute la chaine de montagnes tellement c’est violent. Ah j’oubliais : ça pète à n’importe quelle heure du jour comme de nuit. Entre l’horreur auditive désaccordée que l’on doit subir et les bombes arrêt-cardiaque, plus personne ne dort. Et puis arrive le jour où tu crois que c’est fini, où tu crois que ca y est, le jour de la St Marcos est bel et bien derrière, mais non, y a toujours une nouvelle excuse pour repartir de plus belle avec le même bouquet, pour le plus grand plaisir des bourrachos.
Malgré cela, on continue de pratiquer, même quand les bombes te secouent les entrailles. Deux heures (plus ou moins), 2 fois par jour à 5h30 du mat et à 5h du soir, où l’on suit en silence les mouvements du leader. La suite complète (la forme longue) se décompose en 120 formes, dont on ne répète que certaines, encore et encore jusqu’à les maîtriser complètement. On n’a malheureusement droit qu’à une très brève introduction seulement à l’inscription ; le reste du temps, tu dois deviner. Heureusement qu’il y a eu ma pote Sonia pour plus de détails. Il y a bien sûr la possibilité de poser des questions à la fin, mais c’est pourtant durant certains mouvements que l’on voudrait avoir plus de détails, et non pas après, quand tout est fini. On nous dit que c’est à l’ancienne, qu’avec le temps, tu comprendras tes défauts de pratique. Attendre minimum 3 ans pour les enseignements ésotériques…à 200 $/mois.
Quand on pense à la disponibilité du boudhisme Theravada, qui donne sans condition une sagesse qui n’a pas de prix.
Néanmoins la technique est intéressante : bouger en accord esprit-corps-souffle en essayant de sentir le « flow », et le suivre bien sûr.
Volcans oblige, on subirait dans les 130 tremblements de terre par jour. Le plus mémorable fut celui qui a secoué la plateforme pendant que l’on pratiquait : un double va-et-vient gauche droite comme un pauvre château de cartes.

Il reste quand même ici le chant des oiseaux la journée et les lucioles la nuit, qui n’ont pas de prix comparé au vacarme urbain habituel. Il faut évidemment savoir choisir sa piaule : la nuit, les chiens qui s’étripent peuvent vite devenir un enfer.
Mon balcon donne sur un superbe jardin privatif, avec, pas très loin, une montagne où s’accrochent les nuages : une vue sauvage bien appréciable.
Côté installation, ils sont allé percer l’évier en plein milieu, juste à côté de l’évacuation, pour faire passer l’arrivée d’eau : oui, un trou dans l’évier. Résultat, dès que tu t’en sers, la moitié finit par terre. Une autre culture, on vous dit.
La pluie est arrivée : tous les jours ou presque, en fin d’après-midi, on a droit à une averse ou carrément l’orage de montagne. Les tou-tous se dispersent, avec les stands de biscuits secs. Le panorama s’embrume.
http://www.soniaontheroadagain.blogspot.com : année 2014, pour un commentaire de Sonia qui vit là-bas, et qui a subi le gros de la saison touristique.
L’eau est un sérieux problème ici, et les coupures sont fréquentes. Ailleurs, de grands projets hydrologiques ont détourné pas mal de ruisseaux et ainsi privé plusieurs villages indigènes de cet accès vital à l’eau. Et puis personne ne traite les eaux usées, ce qui amenuise à grande vitesse l’eau potable. Le lac Atitlan n’échappe pas à la règle et l’on voit remonter à la surface en certaines périodes de l’année une algue jaune irritante pour la peau. Les guatémaltèques semblent se réveiller mais trop doucement.

Le Guatemala, c’est aussi le meilleur endroit pour apprendre l’espagnol. Les écoles sont légions, offrant toutes un hébergement chez une famille locale avec 25 h de cours par semaine en moyenne, voire plus. Xela (Quetzaltenango) reste la mecque tout en restant abordable. À 2300m d’altitude, ayant les meilleures universités du pays, la deuxième ville guatémaltèque n’a l’apparence que d’une petite ville de campagne, et c’est plutôt agréable : je retrouve avec plaisir le Guatemala.
Inepas (inepas.org) est affiliée à l’Unesco et aussi l’école que j’ai choisie. La famille est celle de Dona Mariana de Villatoro, avec ces quinze d’expérience et ses 4 chambres.
Le plus grand souci pour les étudiants reste apparemment la bouffe : certaines familles font ceinture sur les repas pour proposer tout naturellement aux étudiants la formule « goulag ». Il peut y avoir aussi le bruit, entre télé et rue passante, le contact avec la famille… Il semble en tout cas que j’ai eu du bol : même si les portions sont juste minuscules, les repas restent plutôt équilibrés. Et puis je me suis vite mis à cuisiner, pour le p’tit déj en tout cas, sous les yeux ébahis des hôtes. La rue est tranquille, à deux pas de tout, et la famille est muy amable. Je regrette quand même les heures de tai-chi le matin.
L’école quand elle tourne au ralenti : on est 2, dont 2 français. La formule un prof un élève met l’accent sur la communication : et curieusement, je me suis rendu compte que mon niveau n’était pas si mal que ça au final.
Pas mal de jeunes expats américains ici aussi, qui tiennent du journal « Xela now », jusqu’aux divers bars ou restos, pour apprécier ce que peut offrir une telle ville. La perle bien connue reste the Bake Shop, tenu par une communauté ménonite (genre mormon) d’origine allemande et qui propose toute une gamme de produits naturels comme divers pains intégraux, granolas, fromage de chèvre, miel,… , et bien sûr, des donuts maison fourrés avec diverses confitures. Pas étonnant d’y croiser la majorité d’étudiants occidentaux.
Il y a aussi « San Martin » et ses pâtisseries dont l’incroyable mille-feuille. Pour plus de détails, voire la page « végétarienne ».
Les mayas l’appreciaient déjà, le cacao est toujours aussi populaire et on peut le trouver partout, sous différentes formes : fèves de cacao brutes, cacao local (minimum 50% de sucre !) ou importé.
Plusieurs marchés intéressants, où l’on peut prendre la température du pays : l’énorme Minerva, où l’on y voit de tout, des fruits aux « ropas americana », des fringues de deuxième main en provenance directe de Big Brother ; même chose pour les chaussures. Les fruits exotiques sont plutôt limités dans les montagnes.
Et puis il y a l’incroyable cimetière général, à côté du « Parque Calvario », où l’on peut y admirer toutes sortes de caveaux, à l’ombre de vieux arbres : de la mini-cathédrale à la pyramide, avec des archanges en veille permanente et décapités pour la plupart, ou encore ces murs de tombes littéralement superposées les unes sur les autres, et fleuries sur des centaines de mètres.
Le dimanche, c’est aussi la journée chien sur la 4 calle, dont un bout est fermé à la circulation : on peut y voir toute taille de chien avec leurs maîtres de classe aisée.
Mais une ville reste une ville, avec sa pollution record : je ne sais pas si c’est la pauvre qualité de l’essence, mais chaque véhicule nous baigne dans un nuage noir toxique. Ça ne sera donc qu’une semaine au final avant le saut vers une plage plus au sud.

La comida con sabor

Un bien curieux vol : au décollage, une très belle vue sur toute la neige des Pyrénées. On passe ensuite au dessus des Alpes enneigées elles-aussi, et dans les nuages, dont quelques éclaircies nous permettent d’admirer les vallées suisses. On survole l’Islande, une vaste beauté glacée, pour continuer sur le Groenland, avec ses glaciers et ses pics éclatant de blanc sous le soleil. On ne lâche toujours pas la glace : on est maintenant au-dessus du Labrador, une immensité plate ou quelques fleuves glacés viennent rompre cette monotonie aveuglante qu’est la neige vue d’en haut. Pour un aller simple vers les tropiques, ca fait beaucoup de glace.
On finira même par revenir un peu à l’est pour rejoindre Cancun, étouffante d’humidité.
Le Yucatan est une destination (très) touristique ouverte à l’année longue, où l’on vient autant pour les plages de sable clair et l’eau turquoise que pour la vie nocturne, enfin surtout pour la vie nocturne. À tel point que parfois la plage disparait pour mettre les hotels littéralement les pieds dans l’eau.
Playa del Carmen a bien changé elle-aussi et on ne finit pas de construire. Il faut aller loin pour trouver un semblant de plage.
Pour éviter les hotels miteux, j’ai pris une chambre chez l’habitant via Airbnb. Donnant sur une petite rue, à côté de tout mais à l’ecart, je pensais être peinard. Ah le beau rêve… En plein soleil quasi toute la journée, et un pauvre ventilateur pour tenter désespérément d’aérer la pièce, un traffic incessant juste en dessous (en passant par cette rue, on évite ainsi tous les feux de la grande avenue juste à côté…et oui fallait le savoir avant), bref je n’arrive ni à dormir ni à me faire à la chaleur suffocante. Beaucoup de vagues, la nage tant espérée devient du barbotage.
On se venge sur les jus de fruits frais. Et on a beau dire, les meilleurs avocats sont ici au Mexique. De la viande, beaucoup de viande, qui grille au soleil ou sur le barbeuk.
En face il y a l’île de Cozumel, connue pour ses sites de plongée, et les méga-bateaux croisières qui y font escale. L’aller-retour vaut un bras, les plages ne sont pas extraordinaires, avec en plus l’obligation de louer un scooter si tu ne veux pas passer la journée à marcher.
Malgré un mauvais souvenir, je décide de quitter l’étuve urbaine pour Tulum, un village plus au sud qui lui-aussi, n’a de cesse de grossir. Touristique mais bien plus paisible, avec la plage à quelques kilomètres. La côte alterne entre plage de sable et rochers, et surtout farcie d’hotels qui ne laissent personne rentrer : les accès sont très limités. Néanmoins je peux enfin nager tranquille. Mais ca ne durera pas évidemment : la pluie s’y mêle le lendemain et c’est bientôt le déluge. Et merde.

La solution la moins chère pour rejoindre le Guatemala, ça reste Cancun. De là, on peut prendre un autre vol, ou prendre un bus direct jusqu’à la frontière guatémaltèque (quelques 27h pour contourner le pays…), ou encore passer par le Belize (qui fait maintenant payer le passage une fortune, mais le plus court). On m’avait bassiner sur un billet de retour obligatoire (ou de continuation) en arrivant au Mexique : en fait personne ne demande jamais rien. Même chose au Guate.
Non, la chose que je redoutais le plus, c’est le passage aux douanes, ou après avoir coché toutes les cases « non » (non pas d’importation, non pas de cadeaux…) ils découvrent le lot d’huiles essentielles et autres produits que je rapporte à ma pote Sonia.
Mais je passe comme si de rien n’était.

Je ne m’attarde pas à la capitale guatémaltèque : Antigua juste à côté est une bien meilleure destination. Ancienne capitale, un charme colonial et des rues pavées, on y voit pas mal de jeunes ricains qui travaillent pour ces éternelles NGO : trois lettres dont les grandes idées n’ont pas fait que du bien. C’est la première fois que je pars avec des réservations d’hotel : après le « succès » de Playa del Carmen, vient la blague Antigua. Les photos avaient l’air grandioses, la réalité bien moins.
Les surprises s’enchainent. D’abord les prix qui ont explosé : juste un exemple, l’huile de noix de coco (qui pousse partout ou presque) vaut 2 fois le prix qu’en France. Sans parler de la qualité des fruits légumes après le Mexique. Et puis l’euro que personne ne veut ou a des taux de change ridicules : ici, on change l’euro d’abord en dollar puis du dollar en quetzal.
Je rejoins San Marcos avec un van rempli israéliennes short-ras-la-fouffe et aussi moches qu’arrogantes : décidément leur déjà mauvaise réputation a un bel avenir.
Lago de Atitlan (1562m d’altitude) est un autre spot touristique et depuis longtemps. Plusieurs villages se repartissent autour d’un lac avec trois volcans en surplomb : Panajachel est la Mecque du touriste, San Pedro le centre israelien, San Marcos, celle des neo hippies à plume qui alternent yoga et dope. Non-non je ne fais pas tous les spots touristiques d’Amérique centrale, je suis ici pour du tai-chi : le centre a l’air sérieux, au beau milieu de ce grand merd..r.
(www.taotemple.org)
Le village n’est pas vraiment propice mais j’ai réussi à avoir une petite chambre tranquille. Au pire, le sac a dos est toujours prêt. Et puis on peut enfin respirer la nuit.

Chogyam Trungpa

« Cutting through spiritual materialism »

When the basic, absolute, ultimate hypocrisy has been unmasked, then one really begins to see the jewel shining in its brightness: the energetic, living quality of openness, the living quality of surrender, the living quality of renunciation.

Passion has an hysterical quality, a neurotic quality which ignores the real state of being united and instead wants to possess in order to become united.

Meditation is not purely sitting alone in a particular posture attending to simple processes, but is also an openness to the environment in which these processes take place. The environment becomes a reminder to us, continually giving us messages, teachings, insights.

The whole approach of Buddhism is to develop transcendental common sense, seeing things as they are, without magnifying what is or dreaming about what we would like to be.

It is very disappointing to realize that we must work on ourselves and our suffering rather than depend upon a savior or the magical power of yogic techniques. It is disappointing to realize that we have to give up our expectations rather than build on the basis of our preconceptions.

We must allow ourselves to be disappointed, which means the surren-
dering of me-ness, my achievement. We would like to watch ourselves attain enlightenment, watch our disciples celebrating, worshiping, throwing flowers at us, with miracles and earthquakes occurring and gods and angels singing and so forth. This never happens. The attainment of enlightenment from ego’s point of view is extreme death, the death of self, the death of me and mine, the death of the watcher. It is the ultimate and final disappointment. Treading the spiritual path is painful. It is a constant unmasking, peeling off of layer after layer of masks.
It involves insult after insult.

Our whole approach to life becomes more simple and direct, and any teach-
ings we might hear or books we might read become workable. They become confirmations, encouragements to work as a grain of sand, as we are, without expectations, without dreams.

Tente ou hammac ?

Que ce soit pour un tour du monde ou pour un long sejour en ultra-leger, bref pour une large palette de conditions climatiques, choisir ce qui sera ta maison ou tu pourras recuperer en toute quietude, n’est justement pas de tout repos.

Dans les options proposees, il y a evidemment les tentes : alors mono-paroie ou double ?
Simple et ultra legere (500 g max), facile a poser, l’abri mono-paroie est une simple bache plus ou moins etanche que l’on tient avec ses batons de marche pour pouvoir passer ses nuits estivales un peu plus a l’abri, enfin si tu aimes voir defiler les differents insectes locaux, quand ce n’est pas un serpent. Et attention a la condensation qui pourrait bien ruiner ton sejour.
Confort extremement limite, reduit au temps de sommeil : tu ne passeras pas de longues heures tranquilles sous un deluge d’eau. Mais ultra-leger.

Un peu plus lourde, bien que l’on arrive parfois au dessous du simple kilog, la tente double-paroie est un choix plus judicieux pour les longs periples. Une toile pour la pluie et la condensation, une autre pour les insectes, ton sac a l’abri egalement, tu peux dormir tranquille.
Et puis les constructeurs l’ont bien compris, il est facile aujourd’hui sur pas mal de tentes de convertir une double paroie en mono.
Seulement voila, quand on a devant les yeux des dizaines de tentes de 100 a 900 euros, il est tres difficile de choisir.

Tout d’abord comme on le pretend trop souvent, la tente 4 saisons N’EXISTE PAS. C’est soit tu restes au chaud et au sec l’hiver et tu etouffes l’ete, donc une tente 3 saisons hiver : le double toit descend jusqu’a terre pour une meilleure isolation, le bac (sol) remontes plus haut pour les eclaboussures ou pour les poussieres levees par le vent. Meilleure etancheite, plus solide mais plus lourde.
Soit tu bouffes eau et poussieres quand le temps se degrade avec ta superbe moustiquaire et tu respires l’ete, donc une tente 3 saisons ete. Et sous les tropiques, tu etoufferas quand meme. Le double toit ne descend pas jusqu’au sol, mais laisse un espace pour une meilleure aeration. Le bac est dans la plupart des cas au minimum, et une large moustiquaire fait office de toile interieure. Sous une bonne averse, l’eau rebondit vers l’interieur : pas terrible avec un duvet. Sous un bon vent, on retrouvera les diverses particules, qui peuvent venir sabler le sol de la tente, ou le matelas.

Tout depend evidemment du type de voyage. La tente parfaite n’existe pas non plus : il s’agit de compromis.
Emporter par exemple une Big Agnes en Patagonie, c’est un peu comme monter l’Everest en maillot : tu vas avoir quelques problemes.
Faire le tour des tropiques avec une Vaude Power Lizard, c’est comment tester la temperature du four.

On ne retiendra ici que les tentes qui offrent un ratio poids/confort/etancheite/resistance aux elements interessant.
Et oui, la legerete, pour des raisons evidentes : je prefere porter 1 kg que 2,5 kgs.
Et puis rester au sec, c’est LA priorite quand on voyage : dormir trempe, c’est pas dormir, donc pas de recup, pas d’hygiene egalement, et ca finit en catastrophe. Une etancheite sol de 1500mm me fait bien rire : a part les plages et les deserts, elle est totalement inutile. Je ne parle meme pas de la duree de vie.
Une tente qui part en vrille au moindre coup de vent, c’est pareil : inutile.
Et puis, bien qu’il y ait des tentes 1 place, il ne faut pas oublier le confort : on n’est pas en configuration competition mais voyage, avec donc un point incontournable, la securite du sac. A l’interieur, il reste a l’abri de tout type de predateurs ou visiteurs incongrus, et reste au sec.
3 saisons ete, le tour des plages ou pays/environnements garantis secs et uniquement.
3 saisons hiver, de quoi aller s’amuser partout en montagne et autre milieu extreme type Patagonie ou Islande ; a proscrire sous les tropiques.

3 saisons ete : les marques americaines sont incontournables : Big Agnes, Tarptent (bientot importee ?). Legerete, confort, pratique. Moustiquaire quasi complete pour des nuits etoilees. Etancheite forcement toute relative : une colonne d’eau de 1200, en gros une averse. Une tempete et adieu la tente avec tout le reste. On voit chez certains modele de Tarptent le bac qui remonte bien haut : un bon point. Une petite marque de passionnes comme on aime.
Un petit mot sur le gros Msr, chez qui les nouvelles series ont l’air pas mal mais etancheite ridicule pour le poids. Je ne comprend d’ailleurs pas le vieux campeur qui note mieux une Msr avec une toile de 15 deniers plus fragile et moins etanche (1200mm), qu’une toile 40 deniers beaucoup plus etanche (3000mm) chez Vaude : favoritisme ou des bureaucrates en serieux manque d’air ?

3 saisons hiver : Vaude, (Allemagne), incontournable. Teste sur tout et partout et longtemps : on reste au sec. Ca ne bronche sous les tempetes. Etanche, resistante, confort, facile a monter meme sous le vent. La toile exterieure se detend avec l’humidite : il faut tout simplement rajuster les tendeurs. LE gros avantage, un traitement anti-fourmie sur le tapis de sol : 7 ans apres, pas un trou. Ils ont renouvelle leur gamme cette annee : les prix a la hausse, mais le poids aussi comme pour la Taurus UL.
Taurus UL (1.850 kg, maintenant 1.940 kg, 490 €), Taurus UL XP (1.750 kg, 550 €), Power Lizard 1-2 (1.150 kg, 540 €) : etancheite sol 10000mm, toit 3000mm.

L’autre incontournable mais rare parce que plus cher, Hilleberg (Suede). Une reputation solide pour des tentes solides, avec aussi un porte-monnaie solide. Tres bien sous la neige.
Enan (1.100 kg, 1 place), Akto (1.700 kg, 1 place), Anjan 2 (1.800 kg) : etancheite sol 5000mm, toit 1500 mm. Et 600-800 € !

Terra Nova (Angleterre) a egalement de nombreux adeptes et a fait leurs preuves, mais leurs coutures ne sont pas garantie etanches : plutot decevant vu le prix (600 € et + !).
Laser Competition 2 (1.250 kg), Laser Photon 2 (0.935 kg), Solar Photon 2 (0.975 kg, auto-portante) : etancheite sol 5000mm, toit 3000mm.
Super Lite Voyager (1.53 kg) : sol 6000mm, toit 5000mm.

A noter aussi les tentes Nordisk, meme si la resistance au vent me parait un peu faible (les seuls courageux a annoncer la resistance au vent : certaines vont jusqu’a 144 km/h ) : 17m/s pour la Telemark 2 LW, ca fait du 63 km/h !
Mais 0.950 kg, avec une etancheite sol 8000mm, toit 2000mm.
Halland 2 LW (1.500 kg) : sol 8000mm, toit 2000mm. Resistance au vent annoncee : 25m/s soit 90 km/h. (500 € ?)

Avantage tente : espace prive, confort, a l’abri, securite et pratique. Parfait en montagne.
Inconvenient : besoin d’une certaine surface relativement plane, qui peut s’averer complique, empreinte sur le sol, montage selon l’orientation du vent, sechage obligatoire avant de ranger pour ne pas dormir la nuit suivante dans de la flotte croupie.
Fragilite du zip de la tente interieure : personne n’a la recette miracle, c’est le talon d’Achille.

C’est pour remedier a ces inconvenients que l’on voit de plus en plus de « hangers » : les adeptes du hammac.
On ne parle pas vraiment ici de la version edulcoree entre 2 cocotiers. On propose aujourd’hui de serieux hammacs confortables, ete comme hiver, a utiliser presque partout, enfin tant qu’il y a des arbres. Reserves plutot a un public tres averti, bien plus chez les ricains qu’en Europe, on commence desormais a en voir sur les rayons.
Pour en finir avec les cliches :
– non, ce n’est pas plus leger qu’une tente : il y a le hammac, la moustiquaire, les sangles et la bache que l’on tend au dessus pour la pluie. On arrive donc a l’equivalent des tentes pre-citees. Quand on n’ajoute pas en plus une couverture sous le hammac pour proteger du froid.
– plus pratique que la tente ? Pas vraiment non plus : c’est juste l’habitude qui fera la difference. Il faut choisir ses supports, tendre correctement son hamac (30 degres et pas moins) et organiser son campement pour la nuit. Juste different, c’est tout.
– utilisation la ou on ne peut pas utiliser la tente ? Oui, mais l’inverse est vrai aussi. Alors ?
– position banane pour dormir ? Non, il s’agit de vrais hammacs ou l’on dort quasi allonge, en biais, avec cette sensation bien differente d’etre soutenu. Sur des hammacs de moindre qualite et donc moins bien concus, il a des risques d’elongation excessive des jambes, plis de tissu inconfortables, ecrasement des epaules… Donc bien choisir !
– privilegier le hammac fabrique d’un seul panneau : plus de confort, pas de coutures desagreables.
– beaucoup proposent de la toile de parachute qui a naturellement tendance a s’etirer : le nylon est par contre beaucoup moins elastique.
Ce qui est egalement vrai : plus d’empreinte au sol, mais l’utilisation de sangles est fortement recommandee, a l’instar des cordes qui lascerent le tronc de votre hote, et forcement plus de contact avec l’humidite du sol, ou la faune qui y grouille. La toile etanche qui sera tendue au dessus du hammac peut etre repliee humide : aucune incidence sur le confort, mise a part l’odeur de l’eau croupie.
Beaucoup plus aere, donc plus sensible au froid. Et peut-etre moins cher au final. Parfait pour la jungle ou forets de toutes sortes.
Mais espace restreint, donc le sac reste a terre ou suspendu. Quand aux escapades amoureuses…

La plupart des constructeurs proposent differentes epaisseurs de tissus, simple ou double toile, qui, dans cette derniere option, permet d’y glisser un tapis de sol et augmenter la rigidite, le confort thermique, mais aussi le poids maximum.

Pour bien choisir, http://www.theultimatehang.com : toutes les marques testees, avec les liens associes. En anglais.

A retenir, la Cadillac du hammac, Warbonnet avec son Blackbird XLC : tres confortable, serieux et bien concu, ete comme hiver, et tres peu importe comme d’hab. Tissu simple/double 1.1 ou 1.7 oz : 0.723 kg/0.908 kg ou 1.020 kg/1.100 kg. Poids max 113 kgs ou 181 kgs. Options sangles et bien d’autres.
Voici les 2 seuls distributeurs europeens :
– Trailground AB
Prosten Phils Gränd 1, Nyköping, Södermanland 61134 Sweden
– Bushcraft Danmark
Skolevej 16, Morkov, 4440 DK
Pour le double 1.7oz, comptez 1799 Dkk, plus la bache Mamajamba 0.397 kg (40d, 2000mm) 1099 Dkk : en gros 390 € + 34 € frais de port.

Dream Hammock et son incroyable site web pour un hammac sur mesure.

En Europe (haut les coeurs), UK Hammock avec le Woodsman Expedition. Pour une estimation du poids/prix/tissu, voir le site.

Moins cher et plus ludique, le confortable Thermarest Slacker : 0.570 kg, poids max 181 kgs, 60 €. Avec la moustiquaire Bug shelter 0.490 kg, 69 €. Fourni sans sangle.

Alors, tente ou hammac ?

Has it been 5 years ?

Has it been five years ? Six ?
It seems like a lifetime, the kind of peak that never comes again.
San Francisco in the middle of the 60’s was a very special time and place to be part of ; but no explanation…
No mix of words or music or memories can touch that sense of knowing that you were there and alive, in that corner of time in the world, whatever it meant.
There were madness in any direction, at any hour. You could strike sparks anywhere.
There were a fantastic universal sense that whatever we were doing was right, that we were winning.
That sense of inevitable victory over the forces of old and evil. Not in any mean or military sense – we didn’t need that.
Our energy would simply prevail. We had all the momentum.
We were riding the crest of a high and beautiful wave.
So now, less than five years later, you can go on a steep hill in Las Vegas and look west, and with the right kind of eyes, you can almost see the high-water mark, that place where the wave finally broke and rolled back.

Hunter S. Thompson
« Fear and loathing in Las Vegas ».